C)3 CONFUSION DE LA VOLONTÉ
logies et similitudes arrivent en foule à tel qui ne les cherche pas, et fuient te! qui les cherche. Or, chercher , voilà un acte volontaire, mais cet acte n'est pas renfermé dans la limite des quatre facultés qui , suivant les phrénologisles , constituent la volonté.
On cherche , tantôt avec une faculté de son esprit , tantôt avec une autre , et l'on cherche aussi avec ses bras. Dans le premier cas , la volonté s'applique à l'intelligence , dans le second, à la force motrice; mais elle n'est pas plus la première que la seconde. Les hautes facultés de l'esprit, comme les hras du corps, vont quelquefois toutes seules , cest-à-dire sans le concours de la volonté.
Je n'ai pas besoin de dire aux phrénologistes que chercher n'est pas se borner à désirer , puisqu'ils ont euxmêmes distingué la volonté d'avec le désir. Aussi , la causalité entendue comme désir de trouver des causes , n'est pas non plus la volonté ; comme talent de les découvrir, elle n'est pas plus synonyme de la volonté que le talent du coloris; comme recherche des causes, elle contient la volonté, mais de la façon dont toute autre faculté intellectuelle , affective ou motrice, peut la contenir.
Quant à la vénération et au sentiment de la justice , vénérer n'est pas vouloir , et l'on peut avoir le sentiment de la justice sans avoir la volonté d'être juste. « Je vois le « bien , je l'approuve , et c'est le mal que je fais* »
Video melioravroboque
Détériora sequor.
AVEC L'i.MELLIGtNCE. C3
S'il y avait un homme d'une organisation si heureuse qu'il fut entraîné par les sentiments désintéressés comme d'autres le sont par les passions égoïstes, et qu'il fît le bien sans avoir la peine de le vouloir , cet homme n'aurait pas le mérite de la volonté. Les sentiments supérieurs sont donc autre chose que la liberté. Que le fer soit soustrait à l'attraction terrestre pour s'unir à r-airaant , ou qu'il soit enlevé à celte influence étroite pour retomber sous la loi de la gravitation universelle , il est toujours esclave, et n'a , de part ni d'autre , plus de droit à décorer son acte du titre do volonté.
En relisant plusieurs des phrases qu'ils ont écrites , les phrénoîogistes auraient dû s'apercevoir qu'il y a une volonté qui n'est ni la comparaison , ni la causalité , ni la vénération, ni la justice. Lorsque Spurzheim nous dit : « La volonté peut faire mouvoir les pieds et les mains, » mais elle ne réside pas dans ces instruments exté- )) rieurs (î) ; » est-ce de la justice qu'il parle, ou de la vénération? de la causalité, ou de la comparaison? laquelle de ces quatre facultés fait mouvoir les pieds et les mains ? Lorsqu'il ajoute : « La volonté suppose l'assenti- » mentdelaréflex!on...(2),la comparaison et la causalité » constituent la raison, et sont indispensables à la vo- )) lonté (3), » il ne veut pas dire , sans doute : « Les fa- )) cultes réllectives supposent lassenSiment de la réflexion; )) la comparaison et la causalité sont indispensables à la » causalité et à la comparaison. «Et lorsque M. Combe nous disait : «Kous ne pouvons évoquer les émotions delà
(1) Ohs. sur la phrcn.,\i. 23i
(2) Ilnd., p. 2'JO.
(3) Mr.nuel, p. Gi.
Oi CONFUSION DE LA VOLONTÉ AVEC L'INTELLIGENCE.
)) peur par la seule volonté de les éprouver , « il voulait donc dire par la seule causalité de les éprouver, ou par la seule comparaison de les éprouver, ou par la seule vénération de les éprouver; ou, enfin, par le seul sentiment de la justice de les éprouver? Comment M. Combe, après avoir, écrit : « Les facultés perceptives et réflectives sont soumises » à la volonté , ou plutôt la constituent elle-mênie (1), » peut-il écrire deux lignes plus bas : « Toutes ces facultés » peuvent être misés en activité par des causes internes , )) et alors les séries d idées qu'elles sont aptes à former, )) se présentent involontairement à l'esprit (2).» C'est dire que ces facultés qui sont la volonté , agissent involonlairement. Et comment ajoulert-il , de l'autre côté de la page : « Ces facultés peuvent entrer en activité par » un acte de la volonté (3) , » ou en d'autres termes : ces facullés qui constituent la volonté , peuvent entrer en activité par untrcte de la volonté. Enfin M. Yimont , qui regarde la volonté comme « la réaction des facultés ré- » flectives et des sentiments supérieurs sur les facultés » animales (V) , » ne l'entendait certainement pas ainsi , lorsqu'il écrivait : « Les muscles sont soumis à linfluence » de la volonté (5); » car, pour mouvoir volontairement votre bras , vous n'avez pas besoin de la réaction des facultés réflectives , et des sentiments supérieurs sur les facultés animales.
Il y a donc une volonté qui n'est ni une faculté aflcc-
(1) Aoui'. Manuel, p. 231.
(2) Ibid.
(3) Ihid., p. 232.
(5; Jb., p. 573,