‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 35 sur 115 · ET DE LA CONCEPTION · texte numérisé non relu

ET DE LA CONCEPTION

distingue l'état de veille d'avec !e rêve on la conception dans le sommeil, que par reiichaîncraent ou rincohéreiice des idées , de sorte, dit-il , que si un inconnu m apparaissait et disparaissait soudain , je ne pourrais distinguer cette idée de celle de mes rêves (i). Il résulterait de cette théorie qu'un rêve bien lié et en rapport avec nos perceptions habituelles serait réputé perception ; qu'un médecin ayant été réveillé une nuit pour porter secours à un malade , et ayant rêvé la nuit suivante- qu'il faisait la même action, réclamerait le prix de deux visites et ne pourrait jamais être détrompé. îl s'ensuivrait encore que toute conception d'accord avec l'ordre actuel de nos perceptions ne s'en distinguerait en aucune sorte , et que si les membres d'une assemblée attendaient je suppose un de leurs collègues encore absent, le voir entrer ou s'imaginer qu'il entre serait absolument la même chose. Cicéron, liariisandii scmi-scepticisjyie delà nouvelle académie, fait la remarque suivante : nous accordons qu'au sortir du sommeil et dun accès de folie chacun reconnaît que le songe et la vision ne sont pas de vraies perceptions , mais commentnous ont-i!s fait illusion pendant leur durée (2)'t^ IS^ous répondrons que c'est justement parce que pendant le rêve la vraie perception est absente , et qu'elle ne peut contraster avec la conception. Quant à la folie , cette redoutable conception, la seule qui supporte la rivalité de la perception et qui se place hardiment à coté d'elle, la folie n'abolit pas cependant les perceptions véritables, et l'on sait maintenant que l'aliéné , en s'attachant par une

(1) Médiiation j/.ivèwc , dernier alinéa.

1,2) Jcad., lib. Il, 27.

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forte attention aux objets de la perception , peut retarder l'accès qui le menace et quelquefois parvenir à le dissiper tout à fait (1). Il nous suffit au surplus que la perception se distingue naturellement des conceptions de létat de veille et même de celles du sommeil ou des songes, et cela sans raisonnement , sans le secours daucun des artifices imaginés par la philosophie , pour que nous la regardions comme un état spécial de Tesprit humain. Remarquons encore que cette distinction naturelle de la perception et de la conception s'opère non-seuiemont à l'égard de Tétendue soit tangible soit visible, mais aussi à Tégard de la couleur, du son , de l'odeur, de la saveur et de la température. De même que vous savez dans quel cas vous percevez l'étendue et dans quel cas vous ne fiiites que la concevoir, de même vous savez si vous percevez ou si vous concevez les autres phénomènes , sans avoir besoin de toucher ni de voir aucune étendue. L'homme sensuel conçoit d'avance la-^aveur des mets qui vont charger sa table , et il sait très-bien qu il ne la perçoit pas encore; tout à l'heure il reconnaîtra que le pur état de conception aura cessé , et ce ne sera pas à cause des étendues tangibles que pressera son palais , car vous ne lui feriez pas illusion par des aliments qui auraient seulement la mollesse ou la fermeté de ceux qu'il préfère : ce n'est pas à la consistance quil distingue et qu'il estime les dèHcatesses de sa table. La saveur est donc pour lui tantôt à l'èiat de conception , tantôt à Télat de perreplion. Sous ce rapport il n'y a pas lieu de maintenir la division que les philosophes font ordinairement des qualités de la matière

ri) Rapport sur la maison de Charenton, par le directeur, M Paliuy.

ET DK 1,4 CONCEPTION. 100

en pferaières et secondes , les premières étant considérées par eux comme objectives ou réelles au dehors de nous , les secondes comme subjectives ou comme de pures modifications de nous-mêmes. Ce n'est pas le lieu d'examiner si cette division peut se justifier par des motifs plus légitimes.

Cette théorie de la perception n'est pas nouvelle, c'est celle qui résulte du chapitre de Reid sur l'explication des mots (1). Il est vrai que cet auteur l'a gâtée lui-même plus tard , en disant que la conception se retrouve dans tous les actes de l'esprit, même dans la perception , et que celle-ci n'est qu'une conception accompagnée de la croyance à l'existence de son objet (2). Cette seconde opinion renverse la première : la perception n'est plus ici un fait sai gcncris , dont la nature est de contraster avec la conception ; la première contient la seconde; on ne peut plus les séparer que d'une manière arbitraire. Dans la première théorie, les deux faits s'excluent et répugnent, pour ainsi dire, l'un à lautre ; elle oppose en propres termes la perception à la conception, et elle conclut par ces mots : « La perception des objets extérieurs par nos sens , est une opération de l'esprit d'une nature particulière , et clic doit avoir un nom qui lui soit propre... Voir, entendre, sentir, goùtor, toucher sont les opérations particulières de chacun de noss^ns : percevoir exprime ce qui est commun à tous.» ïl n y a là aucun embarras de conception et de croyance ; le fait est exposé dans toute sa simplicité, et pour ainsi

dire , dans toute sa naïveté. C'est celte théorie que je viens de développer.

Nous avons vu qu'elle distingue la perception , 1° de l'anectiou ; 2" de la conception , soit de mémoire, soit d'iniaginaliorî. Interrogeons maintenant, sur ce double sujetj la docîrine phrénologique.

$ 1. CriliqueÛC \&f acuité d'indii'idualilé.

Gall avait assez bien saisi ce qu'il y a de primitif, de simple , dans la distinction que tout homme fait de la perception et de la représentation mentale , et il s'était borné à la constater sans vouloir l'expliquer : «L'animal )) et riiomme , disait-il , ont pendant la veille , la faculté )) de distinguer Tidée ( la conception ou représentation » mentale) d'avec l'objet qui la produit. Cette faculté » se perd pendant le sommeil (1). »

C'est le simple énoncé du fait , et sur ce point , la psychologie ne peut aller plus loin. M. Broussais a imité la sagesse de Reid et de Gall : « La conviction de l'exis- » tence des corps établie sur la faculté de les percevoir )) est inhérente à notre nature; c'est un fait primitif, » incontestable , inexpliqué , inexplicable (2). »

Écoulons maintenant Spurzheim. Constatons d'abord que cet observateur n'a pas confondu la perception avec l'aneclion. Je l'ai entendu citer l'exemple d'un enfant, dont la perception musicale était si délicate que sans re-

(1) ^nat., t. l, p. 2i{.

(2) Conr} de phrén., p. 40.

DE r.\ FACULTÉ D'iNDIN IDUALITK. lil

garder l'instrument iî indiquait le ton dans lequel jouait rintrumentiste, et qui cependant n éprouvait aucun plaisir à l'audition de la musique. Nous avons seulement à lui reprocher d'appeler le plaisir , l'amour et le désir des attributs de toute faculté soit intellectuelle, soit affective (1). Premièrement , l'affection n'est ni un mode de qualité, ni un mode de quantité de rintelligence, pas plus que rintelligence n'est un mode ou un degré de l'affection. Ce sont des facultés différentes de nature. Secondement, que devient la classiOcation desfacultésen intellectuelles et affectives, si les unes et les autres sont également susceptibles de plaisir, de désir et d'amour? On nous dit que les facultés affectives sont localisées dans la partie postérieure du cerveau , et que la partie antérieure est réservée aux facultés intellectuelles, et cette division organique correspond dune manière satisfaisante à la division psychologique. Mais voilà que les facultés intellectuelles ont aussi leur plaisir , leur désir et leur amour : ceci dérange un peu Téconomie phrénologique et le bel ordre du cerveau. Il faudrait donc voir si les affections correspondantes aux facultés intellectuelles nauraient pas aussi leur siège dans la partie postérieure du cerveau , ou bien déclarer que certains organes sont à la fois inleîlectuels et affectifs , et que d'autres sont purement affectifs.

Mais voyons comment Spurzheim établit le fait de la perception et comment il le distingue de la conception ou représentation mentale : il divise en trois parties la connaissance sensible ; il admet : i" des impressions sur les

(1) Obs., p. 325-6.

nerfs des sens donnant la notion de température , de lumière, de son, etc.; 2" des impressions sur le cerveau fournissant la notion de l'étendue, de la configuration, de la pesanteur , etc.; 3" enfin l'action d'un organe particulier qui complète la connaissance sensible , en lui apportant son élément essentiel , c'est-à-dire , le caractère d'après lequel nous distinguons les objets extérieurs d'avec nousmêmes.

Nous nous occuperons d'abord de cette troisième partie de la connaissance sensible , parce qu'elle en est le fondement. « La faculté de connaître les objets ex- » ternes , dit Spurzheim , et de les distinguer de soi- )) même ne réside nullement dans les sens extérieurs : » celte facuîlé est intérieure et elle est excitée par les » impressions de tous les sens(l). » Cette faculté est appelée par Spurzheim la faculté perceptive de l'individualilé (2). Que devient maintenant le reproche adressé aux philosophes de n'avoir reconnu qu'une seule faculté perceptive ? Que devient cette prétention que toute faculté intellectuelle est susceptible de perception , comme de mémoire et d'imagination (3) ? C'était bien la peine de faire le procès à la philosophie pour suivre son exemple , et même pour exagérer ses prétentions , car les philosophes de ces derniers temps ont excepté l'étendue du nombre des phénomènes qui sont d'abord à l'état purement subjectif; ils ont enseigné quelle nous apparaît par elle-même comme objective , tandis qu'on soutient ici que l'étendue n'est d'abord pour nous qu'une idée vaine, une apparence , un fait purement subjectif,

(1) Ohs., p. 238.

(2) Obs , p. 278. Manuel, p. 13i.

(3) Obs.,{,. 33i.

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