‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 38 sur 115 · DES PKKC.KI'TIONS · texte numérisé non relu

DES PKKC.KI'TIONS

l'état do pure <;onccpiioii. 2° Qiioiqu'cn cflet le son n'ait pas une étendue déterminée et figurée, que nous puissions faire coïncider , aussi exactement que l'étendue de couleur, avec l'étendue tangible , nous savons cependant très-bien si le bruit remplit toute une salle , ou s'il se renferme dans un de ses angles ; s'il vient de droite ou de gauche , d'en bas ou d'en haut , de devant ou de derrière; et par conséquent nous le localisons dans tous les points d'une sphère dont nous occupons le centre. Sans doute , nous avons besoin du concours du toucher et de l'ouïe , pour attribuer les sons à des corps tangibles diversement situés ; mais si les sons ne se limitaient pas par eux-mêmes ou les uns par les autres sous le rapport de l'espace , nous ne pourrions pas les attribuer à des corps ayant diverses positions. Nous invoquerons à ce sujet des exemples cités par Spurzheim , dans une autre intention : il parle de deux aveugles dont l'un jugeait, à l'ouïe, de la taille des personnes qui lui parlaient debout , et dont l'autre reconnaissait , au bruit , la place d'une cible ou d'un carré de quilles et ajustait ses coups aussi bien que ses partenaires doués de la vue (1). Le son est également limité pour nous sous le rapport du temps : supposez qu'un son n'eût eu pour nous ni commencement, ni fin , et qu'il fût unique : nous ne nous en apercevrions pas ; il n'y aurait pas de perception auditive. Nous ne percevons donc ici comme ailleurs qu'en distinguant et en limitant.

Lorsque plusieurs sons nous frappent soit simultanément, soit successivement , nous en connaissons la plu-

(1) Obs. sur la phrén., p, 231.

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ralitô et nous les distinguons l'un de l'autre : l^ par lo lieu d'où ils nous viennent ; 2" par l'intonation ; 3° par l'articulation ; 4" par le timbre. L'intonation est le rapport musical des sons ; les articulations sont les phénomènes audibles que produit l'appareil vocal de Tbomme et de quelques oiseaux , et qui se divisent en voyelles et en consonnes ; le timbre est ce caractère qui nous fait distinguer deux voix , lors même qu'elles donnent la même note et la même articulation , avec la même intensité et du même côté de l'espace qui nous entoure. Deux sons simultanés qui viendraient du môme lieu et présenteraient la même articulation , la même intonation et le même timbre , ne formeraient qu^un seul son. La dilTérence des deux intensités ne les constituerait pas à l'état de pluralité ; il en résulterait un total plus élevé , mais indivisible, ainsi que deux flammes, d'intensité'inégale , naais de même couleur, placées l'une derrière l'autre , ne produisent pas deux lumières , ni deux élialeurs , mais une lumière plus vive et une chaleur plus intense.

L'ouïe ne nous fait connaître que les sons et non pas les étendues de couleur et de tangence qui s'y trouvent ordinairement associées ; elle n'est pas la cause des erreurs que ces associations font commettre à l'induction. Quand elle entend le son venir de droite et que le corps résonnant est à gauche , la physique nous montre que le son a été répercuté par un écho et que nous l'avons perçu comme il nous est arrivé.

La perception de la localité du son , de l'intonation , de l'articulation et du timbre est une perception de rapport qui suppose pluralité dans les objets perçus. Il est rare que ces objets soient perçus simultanément; ils le

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sont le plus ordinairement dans un ordre successif, et alors il faut au sens de fouie le secours de la mémoire , de sorte que c'est surtout à cette dernière qu'il faudrait attribuer la facilité de s'orienter à laide du son, et la connaissance relative de l'intonation , de l'articulation et du timbre.

Il ne nous reste plus à parler que des perceptions de l'odorat et du goût.

Lodeur et la saveur sont également limitées dans le temps et l'espace , et perçues par leur opposition , soit avec l'état précédent pendant lequel il n'y avait point de perception semblable , soit avec un autre phénomène de la même espèce , contemporain ou antérieur.

Parmi les odeurs et les saveurs, quelques-unes affectent de préférence telle ou telle partie de l'organe olfactif ou gustatif , quelques autres le couvrent tout entier.

S 9. Organologie des perceptions. — Contradictions des phrénologistes à ce sujet.

C'est ici que nous allons voir se justifier notre assertion que la phrénologie attribue les perceptions et les conceptions ou représentations mentales à des organes dilTérents, et qu'en conséquence la peroeption et la mémoire ne sont pas, pour elle-même^ les degrés d'une seule et même faculté.

Si , laissant à dessein le docteur Gall , pour y revenir tout à l'heure , nous examinons les facultés que Spurzheim et ses successeurs attribuent, sous le nom de facultés perceptives, aux circonvolutions cérébrales, placées comme les pierres d'une voûte autour de l'arcade du

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sourcil, nous verrons que toutes ces facultés sont les dilTérentes espèces de mémoires. Spurzheim désigne sous le nom de faculté perceptive de l'étendue la notion du volume et des dimensions dun objet (1). Or, connaître le volume et les dimensions d'un objet , c'est connaître le rapport de grandeur de ses dilTérentes surfaces. Ce qui est , comme nous lavons vu , une œuvre de mémoire. « Cette notion , dit-il , nest pas en proportion avec celles » que donne la vue ou le toucher (2). » Or, la vue et le toucher ne saisissent pas la couleur et le tangible sans étendue. Si donc l'organe que vous signalez dans le cerveau , ajoute quelque chose aux perceptions des étendues de couleur et de tangence , ce ne peut être que la mémoire des étendues qui , seule , fend possible la connaissance relative du volume et des dimensions^ J'ai entendu Spurzheim citer dans ses cours, au sujet de la faculté qui nous occupe , un habitant de Londres , qui ne pouvait distinguer à la vue , la différence de grandeur de l'église Saint-Paul et des maisons voisines. Cet homme ne percevait cependant pas la couleur comme un point inétendu ; mais il ne gardait pas le souvenir des dimensions des couleurs, et c'est ainsi qu'en allant de l'une à l'autre , il n'en connaissait pas la différence. C'était donc la mémoire et non la perception de l'étendue de couleur qui lui manquait ; le prétendu organe perceptif de l'étendue auquel Spurzheim rattache cet exemple , est donc un organe de mémoire et non un organe de perception.

A côté de la faculté de l'étendue , l'auteur allemand

(1) Ohs., p. 281.

(2) Jb. .

place collo do la configuration et celle de la localité : comment êtaMit-il ces facultés? «11 existe, dit-il, au » sujet de la première , des individus qui ont une facilité » étonnante à reconnaître les personnes qu'ils ont vues précédemment (1). » Pour la seconde , il cite l'exemple de Scheidier que «« Gall avait eu pour compagnon d'en- » fance , et qui reconnaissait tous les buissons où il avait » trouvé des nids d'oiseaux sans recourir à aucun signe » artificiel (2). » Dans ces deux explications il s'agit de mémoire et non de perception première. Nous avons vu, d'ailleurs , que la connaissance de la forme la plus simple nécessite la perception de plusieurs limites* d'un corps , par conséquent le souvenir des limites primitivement perçues, et que la connaissance de la localité nest que celle de la forme sur une plus grande échelle

Vient ensuite , parmi les prétendues facultés perceptives du cerveau, celle de la pesanteur donnant les idées du poids, de la résistance et de la consistance (3). Or, je demande si toutes ces idées ne sont pas des idées relatives, des connaissances de rapports entre différents objets successivement connus , et par conséquent des œuvres de mémoire.

Quant à la faculté du coloris , le docteur allemand dit encore lui-même : « Les yeux font connaître la lumière et )) ses nuances; ils en sont affectés agréablement ou désa- » gréablement, mais ils n'apprécient pas les rapports des )) couleurs entre elles, ni leur harmonie ou désharmo-

(1) Obs., p. 279.

(2) Obs., p. 285.

(3) Manuel, p. 56.

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» nie (1). » C'est la distinction que Girard établit entre la couleur et le coloris : a La première, dit cet excellent » juge, a ses différences objectives divisées par espèces M et ensuite par nuances. Le second n'a que des diffé- À) rences qualificatives divisées par degrés de beauté ou )) de laideur... Les tableaux du Titien excellent par la » beauté du coloris, et l'on dit qu'ils en sont redevables à » l'art particulier qu'avait ce peintre à employer et préy> parer les couleurs (2). » Puisque les yeux, c'est-à-dire les nerfs optiques , font connaître la couleur et ses nuances, et en sont même agréablement ou désagréablement «affectés , que reste-t-il à l'organe cérébral si ce n'est la mémoire des couleurs , qui permet à l'esprit de saisir des rapports plus nombreux , et entre ainsi comme élément essentiel dans le sentiment du coloris?

La faculté de la mélodie ou des tons attribuée à un organe cérébral , n'est pas plus difficile à ranger parmi les mémoires : « L'oreille , dit Spurzbeim , sert pour » entendre les tous, comme l'œil sert à voir les couleurs ; » mais l'invention , la mémoire et le jugement des tons )) et des couleurs, sont les attributs de deux facultés » internes (2). » Ces deux facultés internes ne sont donc pas des facultés perceptives, puisque l'auteur renvoie ici les perceptions premières à l'oreille et à l'œil , c'est-àdire aux nerfs de ces deux organes extérieurs. Nous faisons quelques progrès, il nous semble, dans la démonstration que les facultés attribuées par Spurzbeim à des organes cérébraux , sont, non pas perceptives , mais mômoratives ou réflectives. Continuons :

01 Obs., p. 283.

(2) Dictionn. des synonymes.

(3) M/mut l, p. 00,

11 ne nous reste plus à passer en revue que les facultés du calcul, du temps, de léventualité , de l'ordre et du langage. Pour établir la faculté du calcul ou de la numération , Spurzheim se fonde sur l'exemple d'un enfant de Vienne qui retenait une grande quantité de cliiHVes, et fiiisail de mémoire avec une extrême promptitude les opérations d'arithmétique les plus compliquées (1) ; il s'agit donc encore ici d'une mémoire. La faculté perceptive de la durée ou du temps est évidemment aussi une mémoire, à moins qu'on ne dise que nous percevons la durée dans un moment indivisible. Il en est de même de la faculté de l'éventualité qui, dit l'auteur,» connaît tout » ce qui se passe, tout ce qui est événement; qui ap- » prend l'histoire et produit la mémoire des faits (2). « La faculté de Tordre telle que Spurzheim la définit est une faculté affective qui figure assez singulièrement parmi les facultés intellectuelles. « Quelques personnes , dit-il , ai- » ment l'ordre en toutes choses; d'autres y sont indiffé- » rentes (3). )> Cette faculté n'a pas de perceptions qui ne lui soient fournies par d'autres facultés qu'elle-même. Quant à la faculté du langage qui est la dernière , Spurzheim l'a réduite à un goûtet à une mémoire pour les signes artificiels adaptés soit à l'ouïe , soit à la vue , soit au toucher (4). En conséquence, les perceptions appartiennent encore ici aux organes des sens extérieurs.

En parcourant toutes les prétendues facultés perceptives attribuées par Spurzheim à des organes cérébraux ,

(1) Ohs., p. 291.

(2) Manuel, p. 59.

(3) Manuel, p. 58.

(4) Obs., p. 303. Manuel, p. 61.

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nous avons eu pour but, non d'en faire quant à présent la critique, mais de montrer que, de l'aveu deTauteur, elles ne sont que différentes espèces de mémoires. Complétons cette preuve par l'examen des opérations , qu'il attribue aux nerfs des sens extérieurs. Il assigne le sens du goût aux nerfs de la cinquième paire, dont plusieurs branches , dit-il , s'épanouissent dans les papilles du palais du pharynx et de la langue (1). Le goût , dit-il, est destiné à percevoir les parties savoureuses des corps (2) . Voilà donc une perception qu'il attribue aux nerfs, et avec d'autant plus dévidence qu'il ne rapporte aucune perception analogue à aucune partie du cerveau. Il attribue de même la perception de l'odeur aux nerfs olfactifs (3). Les fonctions immédiates de louïe , dit-il encore, consistent seulement dans la perception du son (4] ; il ne lui refuse que le goût de la mélodie , l'instinct du chant et celui du langage (5). Il établit à Tégard de la vue des distinctions du même genre : « La sphère d'activité immé- » diale des yeux est, dit-il , bornée à la perception de la )) lumière et des couleurs (6). » Il ne laisse en dehors de cette sphère que la faculté d'appnécier l'harmonie des couleurs ou le talent du coloris (7) : « Le loucher, dit-il, )) enfin, est le sens le plus étendu, il occupe toute la sur- » face du corps et se continue même dans le canal intes- )) final. C'est aussi le sens qui fournit à Thomme et aux

(1) Ohi., p. 245.

(2) Obi., p. 250.

(3; <yij.,p. 252.

(4) Ohs., p. 254.

(5) Obs., p. 256.

(6) Obs., p. 205.

(%) Obs:, p. 283.

» animaux les sensations des propriétés les plus générales )) (lu monde extérieur, telles que celle de la température, )) de Ihumidité et de la sécheresse , du plaisir et de la » peine (1). »

Il résulte de l'examen précédent que Spurzheim attribue les perceptions premières à d'autres organes que les conceptions, souvenirs ou jugements comparatifs , et qu'ainsi la perception et la mémoire ne sont pas pour lui, quoi qu'il en dise ailleurs , les degrés d'une seule et même faculté.

M. Vimont est tombé dans les mômes contradictions que Spurzheim. D'un côté , il attribue la perception à un organe cérébral, la refusant aux nerfs des sens quïl regarde comme de simples conducteurs d'impressions (2), et de l'autre, il distingue entre l'appréciation de la mélodie et du coloris et la simple perception du son et de la couleur. Or, comme il réserve au cerveau les deux premiers phénomènes , il faut bien qu'il attribue aux nerfs les deux seconds : « De même qu il n'est pas )) nécessaire , dit-il , d'avoir une i^ue exquise pour être » bon coloriste , de même aussi peut-on rencontrer )) d'excellents musiciens sans une grande finesse de /o/- )) gaiie de l'ouïe. La phrénologie comparée abonde en )) faits propres à démontrer que la finesse de cet organe » n'a aucune influence , si ce n'est comme instrument de » transmission du son (S).» Mais si les organes cérébraux ne servent qu'à l'appréciation du coloris et de la mélodie.

(1) OI,s.,ii.2U.

(2) T. 2, p. 283, et dans presque tous les passages où il traite des sens extérieurs.

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et qne cette appréciation se concilie avec une vue et une ouïe mauvaises, si les nerfs visuels et auditifs ne sont que les conducteurs du son et de la couleur, où se fait donc la perception de la couleur et du son , oîi se trouvent enfin les oBganes de Touïe et de la vue ?

La raison qui empêche les physiologistes d'attribuer aux nerfs les fonctions des sens extérieurs, c'est que la compression de Tencéphale paraît entraver Tusage des sens, alors môme que les nerfs sont encore dans la plus parfaite intégrité. Nous répondrons : 1" cette expérience prouve peut-être tout simplement que l'animal soumis à cette compression a cessé , non pas de connaître , mais de produire les signes , c'est-à-dire , les mouvements par lesquels il témoigne qu'il connaît ; 2" quand même cette expérience devrait faire refuser aux nerfs les fonctions perceptives, ce qui obligerait d'ailleurs les phrénologistes de supprimer toutes celles de leurs phrases où ils attribuent aux nerfs les fonctions d<îs sens , cette expérience ne démontrerait pas que la partie des organes cérébraux, consacrée à la perception, fût la même que la partie consacrée à la mémoire.

Le docteur Gall , malgré les expériences de ce genre, s'était prononcé formellement pour l'opinion qui attribue aux nerfs les fonctions perceptives, et voici sur quels motifs.

« 1° Il existe des animaux , auxquels , sans fermer les » yeux à l'évidence, on ne saurait refuser le mouvement » volontaire, le sens du toucher et le sens du goût, quoi- » qu'on ne découvre rien en eux qui puisse être assimilé » au cerveau.

wS" On a vu la moelle épinière offrir une solution )) de continuité , sans que pour cela les parties qui se

)) trouvaient au-dessous de la lésion , fussent paralysées.

)) 3° Supposer que les fonctions des sens ne s'exercent )) que dans le cerveau , et que les nerfs ne font que rece- » voir les impressions du dehors , c'est donner à un or- )) giuie qui a déjà des fonctions à remplir , une autre des- » tination encore , pour laquelle la nature aurait formé )) en vain des appareils particuliers.

)) 4° La perfection avec laquelle des systèmes nerveux )} différents de l'encéphale remplissent leurs fonctions ne » dépend nullement de la masse plus ou moins grande )) du cerveau , mais de leur propre organisation. Ne se- )) rait-il pas permis de conclure de ces faits que la fonction )) de chaque sens est circonscrite en lui-même, et que le )) cerveau ne fait qu'élaborer pour d'autres fins les im- » pressions et les idées qu'il a reçues par les sens (1) ? »

Mais le docteur Gall se laisse peut-être entraîner luimême trop loin dans sa réaction contre les physiologistes qui l'avaient précédé; car il attribue aux nerfs non-seulement la perception , mais encore la mémoire des phénomènes sensibles. Il ne réserve au cerveau que certaines fonctions supérieures relatives à ces phénomènes, telles queie goût et Timagination, et pour cela il s'appUye sur un nombre considérable de faits, d'où il semble résulter que la perte des nerfs entraîne aussi la perte des souvenirs (2).

Mais s'était -il assuré que , dans ces exemples , la perte des nerfs n'avait pas causé de lésion cérébrale , et que cette lésion ne fût pas la cause de la perte de la mémoire.Il aurait dû au moins ajouter que ce n'était pas la

(1) Annt.,X. 2, p. 231.

(2) Anat., t. 2, p. 233.

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même partie dn nerf qui présidait à la perception et au souvenir, sous peine de contredire cette proposition dont il est l'auteur : « qu il ne faut pas donner à un organe qui )) a déjà des fonctions à remplir , une autre destina- » tion. ))

En effet , il faudrait renoncer à tout espoir de fonder une organologie , si des facultés reconnues distinctes au moyen de la méthode psycliolo^gique , adoptée par Gall lui-même et par tous ses successeurs , appartenaient au même organe. Mais , il faut le dire à la satisfaction des partisans d'une doctrine organologique , les meilleures raisons démontrent qu'il y a ici en effet deux ordres d'organes différents, et que le nerf préside à la perception, et l'organe cérébral , à la mémoire. Ainsi , chez les vieillards qui continuent de percevoir les couleurs, mais qui ne les retiennent plus, l'appareil visuel externe est intact, il faut donc reporter la lésion organique à l'appareil cérébral; et chez les sourds qui continuent de se souvenir des mélodies et même d'en composer , c'est l'appareil cérébral qui doit être intact puisque l'appareil nerveux est lésé.

Au surplus, les perceptions premières, dénuées du secours des souvenirs correspondants, seraient, il faut l'avouer , bien peu instructives : elles pourraient rarement s'élever à l'idée de forme, de grandeur, de nombre , de position , de mouvement , de tons en musique ou en peinture, d'articulation et de timbre. Elles se borneraient à une étendue de tangence , de résistance ou de couleur dont on ne connaîtrait qu'en partie les limites, à une température , un son , une saveur , une odeur instan-

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