‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 37 sur 115 · KNOMKRATION · texte numérisé non relu

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tantes, sans les percevoir ni froides ni chaudes, et quelquefois nous percevons la température , sans rien percevoir qui nous louche ou qui nous presse. La perception de température pourra donc se rapporter à une faculté spéciale et à un organe particulier.

Tels sont les éléuîents simples perçus par le toucher : 1° étejidue tangible liraitée ; 2" température. Quant à l'étendue résistante, elle est perçue par notre force motrice.

Si vous ajoutez à rexcrcicc du tact celui de la mémoire, vous aurez les connaissances composées que voici: 1° Toute perception d'un objet tangible nous a donné une partie de ses limites ; si nous posons l'organe tactile sur les limites non encore perçues, et que nous nous souvenions des premières , nous ne pourrons pas ne pas avoir la connaissance de leur relation ou de leur position respective, et par conséquent de la forme du corps ; car la forme n'est autre chose que la position respective des parties limitantes du corps. 2" C'est pjîr la perception des limites tangibles des corps que nous les distinguons les uns des autres et qae nous en connaissons le ncrmbre. Z' En percevant successivement deux étendues tangibles limitées , nous les percevons nécessairement égales ou inégales, et dans ce dernier cas nous obtenons lidée relative de grandeur et de petitesse. On sait (}ue les notions de forme, dénombre, do grandeur égab' ou inégale sont à la portée de l'aveugle et qu'en conséquence il n'est pas besoin de la vue pour les acquérir. V°Enlre la connaissance delà forme ou de la position respective des parties limiîantes d'un corps et la connaissance de la localité ou de la position respective des oî»jets , il n y a d autre diCérence que celle de

la solution de continuité : les rues d'une ville et les routes dune forêt ne sont que les traits divers d'une grande ligure. La notion de position ou de loealité n'est donc que la notion de forme sur une grande échelle. 5" Enfin si vous changez la position des corps, Taveugle, avec le toucher et la mémoire, reconnaîtra ce changement, et il obtiendra ainsi la notion du mouvement, car le mouvement nest autre chose que le changement de position.

La forme , le nombre , la grandeur , l'égalité ou Tinégalité , la position , la distance et le mouvement , telles sont les notions dérivées que nous fournit non pas le toucher, mais la mémoire du toucher.

La mémoire appliquée à la perception de résistance nous donne aussi des notions composées : il y a résistance'lorsque nous agissons volontairement ou involontainmient sur un corps, soit dans la direction de la circonférence au centre, soit dans la direction opposée , soit enfin en le soulevant de terre; ce qui engendre les notions relatives de dureté , de ténacité et de poids.

La dureté , la ténacité et le poids sont trois propriétés différentes des corps, indépendantes lesuucs desautres, et pourtant nous les connaissons toutes trois de la même manière : par le déploiement de notre force motrice , en variant seulement le sens de sa direction. Ici trois propriétés dans l'objet correspondent à une seule perception en nous.

Il n'y a pas autant de sensations ou de perceptions différentes que de propriétés dans les corps. M. Combe a donc eu tort de dire : « La qualité do la pesanteur étant )) distincte de toutes les autres , nous ne pouvons logi- )) quement eu rapporter la connaissance à aucune des fa-

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» cultes de Tesprit qui jugent des autres qualités de la, » matière (1) » • car sur ce pied , il faudrait non-seulement, comme Ta très-bien remarqué M. Fossati, distinguer une faculté de percevoir la résistance et une faculté de percevoir la pesanteur (2), quoique M. Combe lui-même ne reconnaisse ici qu'une seule faculté perceptive , mais il faudrait encore admettre une faculté pour percevoir la malléabilité , une autre pour la ductilité , une troisième pour Télectricité , une multitude d'autres pour les divers affinités, etc.; car chacune de ces qualités est parfaitement distincte de toutes les autres. Mais n'oublions pas que pour faire une psychologie , ce ne sont pas les qualités des corps que nous devons chercher à isoler les unes des autres , mais les phénomènes de lesprit. Or, si deux connaissances ne peuvent- s'isoler l'une de l'autre, en ce sens que quiconque possède celle-ci puisse par îela même posséder celle-là , il n'y a pas lieu à compter deux facultés psychologiques , mais une seule-..

Passons aux perceptions de la vue. La moindre perception visuelle saisit une étendue de couleur : il ne nous est pas donné de voir un point inétendu. De plus, toute perception de couleur est limitée dans le temps et dans l'espace, comme toute perception détendue tangible ou résistante. Une couleur n'est connue comme telle que par son opposition avec une autre couleur ; si la bille du billard était exactement de la couleur du tapis, sans les nuances qui se produisent sur sa surface sphérique, sans l'ombre qui l'accompagne, on ne la distinguerait pas du plan où elle glisse ; nous serions à son

(1) Nouvtnu manuel, p. 171.

(2) Ibid, note de la p. 172,

égard comme l'aveugle. Si le tapis prêtait sa couleur uniforme , sans ombre , sans nuances , à son encadrement , aux joueurs qui se tiennent à Tentour , .iu sol , aux murs de la chambre , et à toute la nature , nous ne pourrions plus distinguer les objets que par le toucher qui seul en assignerait les limites. Cependant il y aurait encore une perception d'une lumière uniforme comme celle que nous obtenons quand nous levons les yeux vers la voûte bleue du ciel ; mais cette dernière perception est ellemême Hmitée et par le temps oii elle a commencé , et par les bornes du champ de la vision. Si elle ne Tétait pas et que nous fussions plongés de tout temps et de toute part dans une lumière bleue sans nuances et sans limites, nous serions comme dans la nuit, et nous ne nous apercevrions même pas que cette nuit fût bleue ; car le bleu ne nous est connu comme tel que par son opposition avec une autre couleur. Nous ne percevons donc une étendue de couleur qu'en la distinguant d'avec une autre ; et si nous ne percevions qu'une lumière uniforme , encore^ faudrait-il qu'elle ne fût pas sans limites , et qu'elle n'eût pas existé pour nous de tout temps. Ainsi;, pour la vue comme pour le toucher, percevoir , c'est limiter ou distinguer. Percevoir une étendue de couleur , ce n'est pas percevoir une étendue angible ou une étendue résistante. Comme ces trois étendues sont ordinairement associées, quand nous revoyons les couleurs , nous préjugeons , par une faculté naturelle que 3ious constaterons , mais qui n'est pas la vue , nous préjugeons la présence des étendues tangibles. Ce jugement peut être en défaut, comme lorsque l'enfant demande la lune qui brille dans le bassin , ou que les hommes , imitant son exemple , cherchent l'étendue tan-

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gible d'une rame plongée dans l'eau, sous la partie réfractée de l'étendue de couleur. Le toucher n'a aucun privilège sur les autres sens pour la sincérité de son enseignement, et dans l'exemple précédent, il n'empêche pas la vue de voir l'étendue de couleur brisée ; il ferait mal de l'en empêcher , car la couleur ou la lumière est véritablement déviée de la ligne droite. Ainsi , il n'est pas le redresseur des prétendus torts des autres sens (1).

Si toute perception de la vue est une perception de couleur étendue et limitée soit par les bornes du champ de la vision , soit par une autre couleur , dans ce dernier cas , elle contient déjà la notion de nombre , et il sufiit de joindre la mémoire à la vue pour acquérir les notions composées : 1"* de la forme des couleurs ; 2° de leur grandeur; 3° de leur position; 4° de leur mouvement. La forme de la couleur n'ayant pour nous que deux dimensions, longueur et largeur, sans épaisseur ou profondeur, nous ne jugeons de la position ou du mouvement des couleurs que dans les deux sens parallèles à leurs dimensions.

Exposons maintenant les perceptions de l'ouïe. C'est une opinion assez générale en philosophie que le son par lui-même ne nous donnerait pas lidée du non- moi ^ parce qu'il n'est pas étendu. Or : 1° Nous avons vu que l'étendue n'est pas le seul phénomène que le moi distingue d'avec lui-même: nous distinguons très-bien le son que nous percevons du son que nous ne faisons que concevoir mentalement ; et l'étendue peut être comme les autres phénomènes, tantôt à Tétat de perception, tantôt à

(1) Reid. Recherches sur l'entendement humain, ch. IV, I- 2 tlC la traduction des œuvres complètes.

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