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)) cheval et le chien sentent une mouche qui se pose )) sur leur poil (1). » Cet exemple se rapporte très-exactement à la perception de rétendue tangente que nous nous sommes efforcés de faire distinguer d'avec l'étendue résistante. Or, n'est-il pas étonnant que Spurzheim n'ait compris au nombre des fonctions tactiles que la perception de la température, de Ihumidité et de la sécheresse, du plaisir et de la peine, et qu il n ait mentionné la perception de letendue qu'en dehors des fonctions du toucher (2). Ce n'est cerîainement pas en vertu de la température ou de rhumidité que les chevaux sentent la mouche qui se pose sur leur épiderme , ou la main qui se place sur leur croupe, sans qu'ils en éprouvent ni plaisir ni pejne. Il faut donc ajouter aux perceptions du toucher mentionnées par Spurzheim celle de l'étendue purement tangible.
Quant au plaisir et à la peine, ce sont des phénomènes affectifs dont je n'ai pas à m'occuper en ce moment; je rappelle seulement que l'attribution du plaisir et de la peine-aux sens extérieurs et aux facultés intellectuelles (3) dérange un peu la division principale des organes en organes des 'facultés intellectuelles et organes des facultés affectives.
D'un autre côté la perception de l'humidité et de la sécheresse n'est qu'une nuance de la perception de la mollesse et de la viscosité, jointe quelquefois à celle d'un certain degré de froid , et je m'étonne que l'auteur qui
(1) Obs., p. 2i3.
(i) Ohs., p. 245.
(3j Ohs., p. 320.
rapporte la perception de îa résistance et de la fluidité à la force motrice (1), attribue aux nerfs tactiles la perception de Ihumidité.
Spurzheim, qui assigne la mémoire musicale et la mémoire verbale à des organes cérébraux distincts , renvoie à Touïe ou aux nerfs auditifs la perception du son, quil paraît regarder comme une perception indivisible ; mais il doit y avoir dans la perception première les mêmes divisions que dans la mémoire ; il y aurait donc lieu de compter à part la perception de lintonation et celle de l'articulation. Indépendamment de ces doux nuances du son, nous eu avons remarqué une troisième que nous avons appelée le timbre; il se pourrait qu'une oreille fût conformée de telle sorte qu elle demeurât fermée à une ou à deux de ces modifications. Les animaux qui se guident à la voix de 1 homme , perçoivent évidemment les articulations. Quelques-uns reconnaissent la voix de leur maître : ils perçoivent le timbre ; quelques autres paraissent sensibles à la musique : ils perçoivent les intonations. Pouvons-nous assurer que tous soient doués des trois espèces de perceptions? Du moins ils ne les possèdent pas en proportion les unes des autres. Il y a donc lieu de compter ici trois perceptions au lieu cl'une. •
Je ferai remarquer enfin que la connaissance de l'étendue et dune partie des limites ne doit pas figurer seulement parmi les conceptions ou mémoires. Les perceptions tactiles et visuelles , au moins, et pour ne pas parler des autres, contiennent nécessairement une per-
(1) Obs.,p. 214.
lis FACDLTÉ INTERPRÉTATIVE.
ception détendue, puisque nul n'a jamais vu ni touché un point indivisible. Elles contiennent aussi des limites. Si elles n'étaient que des impressions sans étendue et sans forme, à propos desquelles les organes internes, sans communication avec les objets extérieurs, conçussent l'étendue et la configuration, ainsi que Spurzbeim le donne à entendre dans plusieurs endroits de ses ouvrages (1), cette étendue conçue ne pourrait être qu'illimitée ou renfermée dans une forme toujours la môme. Il faut donc que les limites et la forme variable des étendues soient fixées dans leurs éléments par les perceptions premières. Les perceptions attribuées par Spurzbeim aux sens extérieurs ne sont donc pas complètes; aux perceptions de la résistance , de la température , de la couleur, du sou, de lodeur et de la saveur , il faut ajouter celle de l'étendue purement tangible. On doit de plus diviser la perception du son en perception de fintonatiou , de Tarticulation et du timbre ; résoudre la perception de Thumidilé en perceptions de la mollesse et de la température ; enfin noter que toutes les perceptions, et surtout celles du tact et de la vue, contiennent une perception d'étendue et de limites.
$11. Faculté intcrprélalive.
La faculté intellectuelle qui s'éloigne le moins des sens extérieurs, c'est la faculté qui nous fait interpréter les
(1) obj., p. 33 et «g.
FACULTÉ INTKRPRÉTATJVE. tit
signes naturels , la faculté en vertu de laquelle certains traits du visage , certains mouvements et certains sons nous apparaissent comine manifestations de sentiments et dépensées. Cette faculté s'applique, en effet, à des phénomènes matériels; mais les figures ne sont pas pour elle de simples positions de ligne dans l'espace; les couleurs, de simples phénomènes visibles; les sons, de purs objets de Touïe. Le pli du front est un signe ; la couleur de la prunelle , une manifestation ; le mouvement de la tête , un indice ; l'inflexion de la voix, une déclaration. Sous le phénomène physique , elle devine un phénomène insaisissable aux sens; en un mot , elle traduit ou interprète. Suivant la remarque de Thomas Reid (1) , l'enfant reconnaît spontanément dans les traits du visage , dans l'accent de la voix, des dispositions internes qui lui sont favorables ou défavorables , et il fait cette interprétation bien avant de remarquer qu'il produit de son côté les mêmes phénomènes , et en conséquence bien avant de les employer sciemment comme signes. C'est faute d'avoir remarqué la priorité de l'interprétation sur la signification intentionnelle , qu'on a mal saisi la nature du langage, et qu'on l'a regardé comme le fruit d'une invention humaine. On a oublié que pour employer volontairement un geste ou une inflexion de voix comme signe , manifestation , indice , il fallait que ce geste ou cette inflexion eût été déjà interprétée involontairement et par nous-mêmes qui l'employons et par ceux à qui nous voulons l'adresser. Comment, en effet, leur en donnerionsnous le sens? Ce ne serait qu'à l'aide d'autres gestes ou
(1) T. a, p. ?i9ÎOO;t. 5, p.its-12;»,
tu FACULTÉ INTERPRÉTATIVB.
d'autres sons qui auraient été compris naturellement ou qu'il eût été impossil)le de faire comprendre.
Cette interprétation naturelle , nous la faisons sur les gestes et les accents d'autrui , avant de la faire sur nos propres gestes et nos propres accents. La faculté du langage est donc interprétative avant dêtre volontairement significative, ou expressive. Lorsque le geste ou l'accent expressif est involontaire, il n'est que l'action de la faculté motrice qui nâeut les muscles des membres, de la face, de la poitrine et du gosier, sous l'influence d'une faculté affective ou intellectuelle ; et lorsque l'expression est volontaire, l'esprit a saisi le sens du geste ou de l'accent; il le reproduit sachant , en vertu de la faculté interprétative, ce que signifie ce phénomène, et usant du pouvoir de la volonté sur la faculté motrice. On a supposé que chacun de nous instituait séparément ses propres signes , qu'il choisissait à son gré un certain nombre de phénomènes , qu'il les revêtait volontairement du ca'^actère de signe , qu'il supposait ensuite par induction , que les autres hommes suivaient la même marche , et qu'il n'arrivait à comprendre le langage d'autrui qu'après l'avoir parlé lui-même. D'abord comment s'expliqueraiton que ce choix arbitraire tombât chez tous les hommes sur dos gestes et des sons , et ce qu'il y aurait de plus étonnant , sur les mêmes tons et les mêmes gestes. Secondement, si nos semblables n'étaient pas disposés par leur nature à prendre tels phénomènes physiques pour des déclarations de pensée , notre choix arbitraire ne parviendrait pas à rendre ces phénomènes intelligibles. Nous resterions dans notre solitude , et ne serions pas pius compris que des insectes agitant leurs antennes ou produisant leur bourdonuement. En troisième lieu ^
FACDLTÉ INTERPRÉTATIVE. 145
pour donner même arbitrairement à certains phénomènes le caractère de signe ou de manifestation , il faut que nous ayons nous-mêmes l'idée de signe. Or, le rapport de signification ou de traduction , est tout à fait sui geiieris. Ce n'est pas un rapport de pure concomitance : le geste n'accompagne pas seulement la pensée dans le temps et l'espace , il la décèle. Ce n'est pas un rapport de succession : le jour succède à la nuit , et le jour ne signifie pas la nuit ; ni un rapport de substance et de mode : le geste n'est pas une qualité de la pensée , ni la pensée une qualité du geste ; ce n'est pas un rapport de cause et d'effet ; car si la percussion est une cause de la chaleur , celle-ci n'est pas la traduction de la percussion , comme un regard sombre est la traduction du mécontentement ; enfin ce n'est pas un rapport de ressemblance : qu'y a-t-il de semblable entre un mouvement de tête et le refus , le doute ou le consentement?
Le rapport de traduction qui lie certains phénomènes matériels aux phénomènes externes , est donc un rapport ■ spécial donné par une faculté particulière.
Mais cette faculté ne prend pas pour des signes tous les phénomènes matériels indistinctement; elle n'attache ce caractère qu'à un certain nombre de faits extérieurs qui sont partout les mêmes. Ainsi , sur toute la terre , l'inclinaison de la tête en avant signifie l'assentiment ; son mouvement horizontal de droite à gauche manifeste le refus; son mouvement en arrière traduit l'étonnement ; son balancement oblique exprime le doute; lajoie est signifiée par une bouche qui s'entr'ouvre et dont les coins s'écartent; le souci, par des lèvres qui se collent l'une contre l'autre et qui se portent en avant. En tous lieux,
140 rACULTÉ Il^TERPRftTATlYE.
la prière s'énonce par les mains jointes ; la menace par le poin^^ fermé. Toutes les nuances de la pensée , toutes les émotions du cœur ont leur langage naturel".
Les premiers instituteurs des sourds-muets , dominés sciemment ou à leur insu par une philosophie qui ne reconnaît aucune faculté innée , composaient pour leurs élèves des signes conventionnels. Pour donner à ces phénomènes extérieurs le caractère de signes , il fallait qu'il y eût d'ahord entre le maître et le disciple une manière naturelle de s'entendre, c'est-à-dire , une faculté innée d'interprétation, c'est ce qu'on ne remarquait pas. Mais dans le sein de lécole, à côté du langage artificiel, le langage naturel se développait , et les élèves , au grand étonnement du maître , furent bientôt en possession d'un langage qui n'était de l'invention de personne et qui devenait plus rapide , plus souple et plus riche que le langage d'institution magistrale. Il fallut que le maître apprît la langue des disciples , pour communiquer plus promptement et plus sûrement avec eux. Aujourd'hui , dans chaque institution de sourds-muets, il existe un langage des gestes naturels, que le maître et les élèves parlent de préférence au langage de convention. Ce qaiî faut remarquer, c'est que ce langage est le même dans toutes les écoles , dans celles de la Russie comme de la France , de rAmérique comme de l'Allemagne , bien qu'elles n'aient pas eu ensemble de communication. Deux sourdsmuets qui se rencontrent, des deux extrémités du monde, se comprennent sur-le-champ , et conversent ensemble comme des compatriotes ou des condisciples.
Maintenant, quelle est la limite du langage naturelle