FACULTÉ INTERPRÉTATIVE. 14T
La partie expressive de la force motrice ne comprend pas seulement les mouvements des muscles du visage , de la tête et des bras : elle s étend aux émissions de voix , aux accents et aux inflexions. On dit ordinairement que le langage naturel ne renferme que les sons inarticulés; mais ce n'est pas assez dire. Les interjections se ressemblent dans toutes les langues ; elles font partie de ce que tout le monde nomme le langage naturel , et les interjections sont déjà des articulations ; elles comprennent les sons voyelles et quelquessons consonnes. Il est inspiré à l'homme d'interpréter la voix comme les gestes , et de se servir, d'abord involontairement et ensuite avec intention, de sa voix comme de ses gestes pour se faire comprendre. On n"a pas assez observé que l'enfant encore au maillot est toutaussi naturellement frappédesaccentsetdes inflexions articulées de la voix de sa mère que de l'expression de sa physionomie ; que quand il commence de son côt^ à signifier involontairement, et sans s'en apercevoir , il emploie autant la voix articulée que le geste. Les sourds-muets eux-mêmes , tout en s'exprimant par gestes , produisent des sons articulés, et c'est en attirant leur attention sur ceux qui leur échappent qu'on les leur fait répéter , qu'on y associe le signe qui les représente dans l'écriture , et qu'on leur enseigne à lire à haute voix.
Ceux des philosophes qui veulent tout expliquer dans lintelligence par un choix raisonné entre les données des sens extérieurs , ont supposé que l'homme avait tâtonné entre différents moyens d'expressions , tels qjie les figures tangibles , les couleurs , les bruits extérieurs , les tons musicaux , les odeurs , les saveurs et les articulations , et