‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 50 sur 115 · THÉORIE PHRÉNOLOGIQUE DO LANGAGE · texte numérisé non relu

THÉORIE PHRÉNOLOGIQUE DO LANGAGE

ce point , puisqu'il avance ailleurs que la faculté du langage ne nous pousse à l'étude de l'étymologie et de Fespi it des langues que par sa combinaison avec d'autres facultés qu'il appelle comparaisoji et causalité (1).

Le docteur Gall avait donc bien fait , ce me semble , de distinguer la faculté du langage d'avec la mémoire verbale, comme elle se distingue de la mémoire des figures ou des gestes. J'ai entendu Spurzheim citer l'exemple d'un artisan irlandais qui avait la passion de lire des dictionnaires de langue étrangère, sans s'informer même de la signification des mots. Le docteur fait probablement allusion à cet exemple lorsqu'il dit dans un de ses ouvrages : a Quelques personnes appren- )) nent beaucoup de signes sans connaître leur significa- )) tion (2). )) Spurzheim n a pas fait attention à cette phrase : il se donnait ici à lui-même la démonstration que la mémoire des mots peut se séparer de la faculté du langage ; car des signes vocaux dont on ne connaît pas la signification, ne sont plus des signes, mais seulement des articulations. Une seconde preuve de cette distinction , c'est que certaines personnes retiennent les noms propres, ordinairement dépourvus de sens ou de rapport avec les individus qu'ils désignent , tandis que d'autres ne peuvent retenir que les articulations dont ils comprennent parfaitement le sens , et qui deviennent alors de véritables signes. Nous nous expliquerions encore, par la distinction entre la mémoire des articulations insignifiantes et la faculté interprétative , ces ruines partielles de la mémoire qui emportent le souvenir des noms

(1) Obs., p. 300.

(t) Obs.,^.'àQi.

THÉORIE PHflÉNOLOGIQUb DU LANGAGE. 103

propres en laissant celui des noms de qualité (1); car les noms propres n'ont ordinairement avec leurs objets qu'un rapport de concomitance , et pour ainsi dire de superposition , tandis que les noms de qualité , tels que les noms communs , les adjectifs ou les verbes , sont les seuls véritablement expressifs ou significatifs, étant, pour la plupart, des harmonies imitatives ou le résultat de la disposition physiologique du corps sous telle ou telle impression.

En résumé , la faculté du langage est une faculté interprétative à laquelle nous devons l'idée spéciale de signe, de traduction, de manifestation. Elle ne peut devenir volontairement significative qu'après avoir été interprétative. Elle nous fait considérer naturellement tel jeu de la physionomie , tel mouvement de la tête , telle attitude du corps , tel geste du bras , tel accent de la voix, telle interjection articulée pour la déclaration de telle pensée ou de tel sentiment; elle nous pousse à comprendre l'articulation comme un signe particulier, et à l'employer comme tel , soit en imitant le son naturel des objets , soit en laissant notre organe vocal produire de lui-même l'articulation qui résulte de l'état du corps sous telle ou telle impression. Au reste , la faculté dinterpréter l'articulation naturelle , n'implique pas la production nécessaire de certains radicaux ; elle laisse place à l'opinion qui suppose que l'homme aurait fait usage de sa liberté dans le choix , non pas de l'articulation , mais de telles ou telles articulations particulières, dont il aurait fixé le sens par le geste , quoique cette opération nous paraisse bien merveilleuse pour des barbares. Dans tous

(I) Spurzheim, obs., p. 307.

104 THÉORIE PHRÉNOLOGlQUE DD LANGAGE,

les cas , la faculté interprétative Se distingue de la mémoire des mots comme de la mémoire des gestes et des figures.

Notre dissentiment avec Spurzheim, au sujet de la faculté du langage , porte donc sur les points suivants : 1° il n'a pas distingué le langage naturel ou Tinterprôtation spontanée d'avec les autres facultés de l'âme , supposant à tort que par cela seul qu'une faculté existe, elle a l'intelligence des phénomènes extérieurs qui l'expriment ; 2 ' il n'a pas renfermé l'articulation dans la faculté naturelle du langage ; 3" il a supposé une faculté naturelle du langage artificiel ; ce qui est une contradiction dans les termes ; 4-° il a confondu la faculté interprétative avec la mémoire des mots.

Le docteur Fossati, dans ses notes additionnelles à la traduction du manuel de M. Combe , attribue le langage des gestes à \ai faculté mimique de Gall , et l'usage de la parole , à la faculté du langage (1) ; mais il ne distingue pas entre la production et l'interprétation du geste et de la parole. Sous le rapport de l'interprétation, la faculté du langage est indivisible : celui qui comprend le geste comprend également bien l'accent de la voix. Quant à la production des phénomènes expressifs , on peut faire des distinctions, et comme le dit M. Fossati : « 11 y a des » mimes très-habiles qui ne savent pas trouver de mots » pour exprimer leurs idées, et des parleurs infatigables » qui ne savent accompagner leurs discours d'aucun gesic «expressif (2), » Mais il en résulte seulement que la

(1) Nnui'. manuel, p. 200.

(i) /f'id., p. 20r>-7.

THÉORIB PHRÉNOLOGIOOB DD LANGAGE. 105

production du geste est distincte de la mémoire des mots, et non pas que le geste soit produit par un organe de la vmnique , distinct de celui de la faculté motrice.

M. \ iniout a partagé les incertitudes de ses prédécesseurs. 11 établit : 1* « un organe des sons articulés et non » articulés ou faculté du langage (1); 2° un organe du » langage dexpression ou du talent d imitation (2; 3" une M mimique naturelle des facultés fondamentales résultant » de l'action de chaque organe (3). « Voici , par exemple, la mimique du courage chez les militaires : « La portion >) droite du shacko se trouve abaissée vers l'épaule droite , » tandis que la gauche plus élevée laisse à découvert la « région du courage (i). » Les phrénologistes nous enseignent que les organes sont doubles , et symétriquement répétés dans k partie droite et dans la partie gauche de la tète. Le schako mis de côté ne peut donc découvrir 1 un des deux organes du courage qu'en couvrant l'autre, et sur ce pied le conscrit qui porte le schako renversé en arriére, devrait avoir l'airbeaucoup plus courageux. Mais laissons de côté cette nouvelle preuve dune aveugle complaisance pour une doctrine chérie, et relevons le vice fondamental de la théorie de l'auteur. D'après celte théorie un cri expressifcommecelui d'Achille dans Homère, pourrait se rapporter : l%à l'organe des sons articulés ou non articulés ; •2'' à l'organe du langage d'expression , et 3' à la mimique des facultés fondamentales. C'est tiop de trois

(1) Traité de phrén., t. i, p. 332-3**. (2:1 Ihtd., p. 373.

(3) Ibid., p. 570.

(i) Ibid., p. 577.

16G TUKORIE PnnKNOLOGIQOK DD LANGAGE.

causes pour un seul effet. M. Vimont s'efforce en vain de dissimuler ce triple emploi en disant : « Chaque faculté, )) lorsqu'elle entre en action , est accompagnée de signes -» extérieurs ; ces signes peuvent se rencontrer chez toutes les p ersonnes. Il n'en est pas de môme de la faculté de » les reproduire à volonté : celle-ci suppose un organe )) particulier , c'est-à-dire , le grand développement d'un )) organe (1). » On peut reproduire volontairement un mouvement des bras sans avoir l'intention de donner aucun signe : il n'y a là que l'action de la faculté motrice et de la volonté ; et l'on peut interpréter involontairement un geste qu'on a produit également sans volonté. Ce n'est donc pas l'intervention de la volonté dans le mouvement qui le constitue signe , c'est l'action d'une faculté intellectuelle spéciale, de la faculté interprétative dont les phrénologistes n'ont pas saisi le caractère.

(1) Ibid., p. 373.

Page 1