‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 49 sur 115 · THÉORIE PBRÉNOLOGIQUE DD LANGAGE · texte numérisé non relu

THÉORIE PBRÉNOLOGIQUE DD LANGAGE

comme artificielle. Ainsi les condisciples de Gall, auxquels Spurzheim attribue la faculté du langage,, n'étaient remarquables que par la facilité avec laquelle ils retenaient et employaient les mots, et Ton ne dit pas que ces jeunes gens aient inventé le télégraphe, l'algèbre, ou tout autre moyen factice de signification.

Pour donner des exemples du dérangement de la faculté du langage , Spurzheim rapporte l'histoire de quelques idiots qui peuvent prononcer des paroles isolées, mais qui ne les lient pas entre elles (1). Il cite encore des malades frappés dapoplexie qui se rappellent les signes vocaux , mais qui ne peuvent plus les prononcer (2). Tous ces exemples ont trait aux articulations. Pour prouver que la faculté du langage ne dépend pas des organes extérieurs , il rapporte l'exemple de quelques personnes , qui , privées de la langue par un vice originel , « ont senti le besoin de se communi- )) quer aux autres , et ont tâché d%prononcer des signes )) vocaux (3). » Or, si la faculté du langage produisait indifféremment les articulations , lécrilure , la télégraphie , les gestes conventionnels , ces malheureux auraient bien dû choisir quelqu'un de ces derniers moyens , et ils ont eu cependant recours à la parole , à ce procédé qui n'a obtenu , dit-on , la préférence qu'en vertu de sa commodité.

£nfin , le docteur termine par cette observation fort juste, que certains animaux, comme iechien et le cheval, comprennent la signification de quelques mots, même en

(1) Ot«.,p. 30*.

THÉORIE PHP.ÉNOLOGIQUE DD LANGAGE. 161

différentes langues , et c'est ce qu'il appelle comprendre le langage artificiel ; mais alors , pourquoi ces animaux ne comprendraient-ils pas l'écriture , la télégraphie et le langage des fleurs? L'exemple pris des animaux me paraît surtout de nature à faire saisir aux phrénologistes la véritable limite entre le langage naturel et le langage d'invention.

La faculté du langage naturel s'étend à l'articulation ; mais autre chose est d'être porté par sa nature à prendre l'articulation comme signe , autre chose est de retenir un grand nombre d'articulations, et surtout les articulations insignifiantes. La mémoire verbale serait donc un puissant auxiliaire de la faculté du signe ; mais elle s'en distinguerait, ainsi que l'avait pensé le docteur Gall (1). « Gall , dit Spurzheim , avait distingué l'organe des mots )) et l'organe des langues... ; mais il me semble que c'est » la même faculté qui apprend les mots par cœur et )) qui aime à étudier l'esprit des langues... Cette faculté » aime et connaît les signes artificiels , leur rapport et )) leur construction , de même que la faculté des couleurs » aime et connaît les couleurs et leurs combinaisons har- » monieuses (2). »

D'après l'analogie signalée par Spurzheim , la faculté du langage nous porterait à l'étude des langues douces et euphoniques, et nous éloignerait des langues rudes et aspirées. Aimer l'euphonie du langage n'est pas la même chose que chercher à pénétrer les secrets de la grammaire ; cette dernière étude appartient aux facultés les plus hautes de l'esprit , et Spurzheim s'est contredit sur

(1) yJnat.,l i,p. 68 et 79.

(2) Obs.,ç. 300.

Page 1