‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 70 sur 115 · DE LA PERCEPTION ET DE L\ MÉMOIRE · texte numérisé non relu

DE LA PERCEPTION ET DE L\ MÉMOIRE

paraissent avoir méconnu cette ligne qui sépare l'imaginatioii (le raliéné (Vavoc l'iniaginalion de Thomme sain.

« L'individualité trop active , dit Spurzlieira , nous » fait personnitier les phénomènes, tels que le mou- )) vement, la vie , la fièvre , la folie , etc. (1). » C'est probablement là ce qu'il appelle l'imagination de l'individualité ; mais l'erreur par laquelle nous personnifions la vie , la fièvre , etc. , est due à la mère commune des hypothèses, à cette faculté d'induction ou de croyance par analogie dont nous donneronspîusloin la description. Ce qui sépare linduclion d'avec la véritable imagination , c'est que , comme nous l'avons déjà dit , la première prend ses données dans l'expérience, et ne fait que les changer de place , tandis que la seconde conçoit un objet ou une série d'objets que la mémoire ne lui a pas fournis.

C'est l'imagination de la localité qui suivant lesphré- Boîogistes explique le retour merveilleux des chiens et des pigeons , par des chemins où ces animaux n'ont jamais passé. Nous avons déjà montré comment il est impossible d'attribuer à Timagination des lieux , ces phénomènes encore inexpliqués (2).

(( L'imagination du calcul ou du sens des nombres , )) qui, suivant Galî, crée des problèmes (3), » n'est qu'une combinaison raisonnée des éléments arithmétiques ou géométriques ; et Gall regarde le raisonnement comme une série d'actes de perception et de mémoire , puisqu'il fait, à quelques philosophes, le reproche de l'avoir considéré à tort comme une faculté spéciale.

(1) Manuel, p. 54.

(2) f^oj. 3" partie, cb. II, S 4.

(3) T. IV, p. 325.

814 CniTJOUE DE lA FACULTli

L'imagination de Tordre renlre dans celle de la forme ou du rhyllime. En examinant l'imagination poétique , nous avons insisté sur rimpossibilité d'imaginer des événements dont les principes élémentaires n'aient pas été perçus , ce qui détruit l'imagination de la prétendue faculté iï éventualité. Enfin , que serait-ce que l'imagination de la comparaison et de la causalité ? Nous démontrerons que Spurzheim a eu tort déplacer, sous ces titres , des facultés simples ; mais si elles existaient, il serait, à coup sûr, fort difiicile de distinguer en elles un troisième mode de quantité qu on pût appeler imagination.

S 5- Critique fie la faculté du (aient poétique.

Indépendamment de 1 imagination qui était attribuée comme troisième degré, par Gall , à toutes les facultés sans exception , et par Spurzheim , aux facultés intellectuelles, ils reconnaissaient une faculté qu'ils appelaient : l'un talent poétique , l'autre idéalité , et à laquelle ils attribuaient lesiiiêmes effets. Nous nous sommes déjà expliqués sur l'imagination poétique , et nous avons essayé de montrer qu'elle n'est qu'une combinaison de la perception , de la mémoire et de l'induction ; ajoutons-y le goût pour le merveilleux ou l'inexplicable , goût qui peut bien cire une spécialité comme faculté affective, mais non pas comme faculté intellectuelle, puisqu'il ne contient aucune idée qui ne soit fournie par d'autres facultés. Les définitions que Gall et Spurzlieira ont données de cette prétendue faculté poétique.

DU TALENT POKTIQL'E. 215

ne sont pas de nature à en faire reconnaître la spécialité.

« îî n'y a pas de îrihu barbare , dit Ga!i , d'après Fcr- » guson , qui n ait ses rimes passionnées ou historiques , » et il ajoute : « Le sauvage né poète revêt ses conceptions )) d'images et de métaphores (1), «

Mais le goût des rimes est donné par l'amour de la régularité^ de la ressemblance, ou de Tordre; et Gall disait avec raison dans ses cours « que la rime ne con- )) stitue pas la poésie. » Les m.étaphores sont fournies par finduclion ou la faculté des signes ou du langage. Quant aux images , elles sont le produit de la mémoire ou de Timaginalion soit linéaire , soit coloriste , et non d'une faculté spéciale différente de celles-là.

« Homère , Pétrarque , Dante , poursuit-il , n'ont pas » eu de prédécesseurs , ni de rivaux ; ils sont sortis » tout formés de cette obscurité profonde qui couvrait )) leur patrie (2). »

Supposons qu'ils n'a:ient pas eu de prédécesseurs, en résulte-t-il que leurs œuvres soient le fruit d'une faculté particulière et non du concours d'un grand nombre de facultés? Il est plus facile d'exceller en une seule faculté , que d'en porter un grand nombre à un haut degré de culture , et c est justement ce qui explique pourquoi ces grands hommes n'ont pas eu de rivaux.

« Pope fit à douze ans une ode sur la vie champêtre; )) à quatorze ans , il traduisit des morceaux d'Ovide et » de Stace; à seize ans, il fit des pastorales (3). » Tout cela était-il poétique? et si c'était de la poésie, nous avez-

(1) Jnnt., t. II, p. 181.

(2) Il'id., p. 184.

(3) Ibid.

216 CRITIQnE DE LA FACULTÉ DU TALENT POÉTIQUE.

VOUS démontré qu'elle dérivât d'une faculté spéciale? « Lagrange-Chanccl fit une comédie en trois actes, )) à l'âge de neuf ans , et sa tragédie de Jugurtlia , à seize )) ans. Richardson esquissa à l'âge de douze ans le por- » trait d'une dame de réputation qu'il soupçonnait d hy- )) pocrisie (1). « Quelle poésie ondoyante et diverse ! elle comprend à la fois la comédie , la tragédie et le portrait. Nous verrons donc figurer Labruyére sur votre liste. Cependant, on s'aperçoit que, malgré vos protestations verbales sur la distinction de la poésie et de la versification, c'est la versification qui vous préoccupe, vous rapportez ce vers d'Ovide ;

JEt quod Lentaham sc/ihere i^crsus crat (2).

Vous citez Quinault dont l'oreille délicate, ditesvous, ne choisissait que des paroles harmonieuses, et qui éprouvait uh grand penchant à rimer (3) ; et vous nommez enfin une multitude de rimeurs dont les œuvres dépouillées de la rime , n'auraient absolument rien de poétique. Aussi Gall , dans son inaltérable candeur , ne manque-t-il pas de faire cet aveu : « Quelle est la » force fondamentale dont dépend le talent poétique , » c'est-à-dire , quelles fonctions remplit l'organe de la )) poésie dans un degré de développement ordinaire, » voilà ce que je n'oserais décider (V). »

(1) ^^nat., t. 2, p. 18-i.

(2) Ibid., p. 185.

(3) Ib., p. 1U2.

(4) Ib., p. 180.

CRITIQUE DE LA rACULTÉ D'IDÉAMTÉ. 217

S G. Critique de !a faculté ù'idcnlitc.

Voyons si nous serons plus heureux avec Spurzlieim , et s'il nous fera mieux comprendre ce qu'il enlend par le sentiment de ridéaiité : «Ce qui est commun à tous les )) genres de poésie constitue le sentiment primitif dont )) je parle; ce sentiment ne produit pas la versiflcation , )) ni la rime •• Cette facilité parait consister, dans une » manière particulière d'envisager la nature : une des- » cription des objets tels qu'ils sont , n'est pas ce qu'on » appelle poésie ; celle-ci les considère comme ils de- )) vraient être, elle exige de la vivacité, de l'exaltation » de l'imagination. Je crois qu'un sentiment particulier )) produit ces modiiications. Cette faculté n'agit pas seu- » lement dans les poètes , elle s'applique aux idées , )) aux sentiments et à toutes les fonctions des autres fa- » cultes ; elle les vivifie et elle leur donne une teinte )) particulière ; elle fait naître le goût du sublime dans » les arts ; elle inspire de l'entliousiasme et cherche par- )) tout la perfection et l'idéal (1). » Toutes ces expressions sont bien vagues; et avec une psychologie aussi incertaine , comment établir une organologie précise ? Spurzheim ne nous dit pas quel est le fond commun de toute poésie , et il répand bien peu de clarté en disant que l'idéalité est une manière particulière d'envisager la nature , et qu elle donne aux idées et aux sentiments une XtiniÇi particulière. Il ajoute que cette faculté con-

(1) Ohs., p. 210-11

218 CRITIQUE DE LV FACULTÉ D'iDÉALlTÉ.

sidère les objets comme ils devraient être , et qu'elle cliercîîe partout la perfectiou ; mais la perfection est , ou physique, ou intellectuelle , ou morale, et notre auteur s'est prononcé lui-même contre les facultés à double emploi qui s'appliqueraient à !a fois au moral et au physique (1). La perfection physique consiste dans celle de la forme , de la couleur et du son ; la perfection intellectuelle , dans Texcellent emploi de toutes les facultés de rintelligence ; la perfection morale , dans la conformité de notre conduite aux lois de la moralité. Toutes ces perfections diffèrent de la poésie. Vous direz peutêtre que vous ne pariez pas ici d'une faculté intellectuelle , mais d'un sentiment , d'une faculté affective. Nous répondrons que les sentiments d'amour qui correspondent à toutes les perfections et aux œuvres de la poésie ne sont pas un seul et même sentiment. Celui qui est plein d'admiration pour la vie d'un héros ou d'un saint , reste souvent glacé en présence d'un chefd'œuvre de l'art ; celui qui se plaît aux Actions d'Homère, ou à celles des contes orientaux , ne goûte pas pour cela les perfections d'un tableau ou celles d'une symphonie. L'anjour de la poésie acst donc pas une seule et même chose avec l'amour du beau dans les autres arts, ou avec le goût de la perfection morale. L'élément qui est comnuin à tons les genres de poésie , qui ne dépend pas de la versification , qui se conserve même dans une traduction en prose , cet élément , c'est le merveilleux , c"cst-à-dire le fétichisme, ou l'anthropomorphisme, ou encore , le mystérieux , l'inexplicable , pour lequel nous avons un goût particulier (2).

(1) Ol'scri'. , p. 147.

(2) r<y-- *' parlk-, ch. II, S 18.

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