‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 69 sur 115 · DISTINCTION DE L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

DISTINCTION DE L'IMAGINATION

nières le pouvoir d'imaginer, mais en le leur accordant à toutes comme un attribut commun : a Les trois degrés )) d'activité , ou mode de quantité des facultés intellec- )) tuelles sont : la perception , la mémoire et l'imagina- » tion (1). »

Nous avons montré que la mémoire n'est pas un degré d'activité, ou mode de quantité de la perception (2) ; de même l'imagination, si elle est vraiment créatrice, n'est pas un mode de quantité de la mémoire , et nous retrouvons ici le débat que nous avions ajourné , sur la spécialité de l'imagination. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Spurzheim s'est attaché lui-môme à faire ressortir cette vérité à propos de l'imagination mélodique :

«L'ouïe, dit-il, ne peut pas produire le chant des » oiseaux ; . . . beaucoup d'oiseaux entendent sans chanter ; )) chez les oiseaux de ramage , les femelles sont douées )) du sens de l'ouïe aussi bien que les mâles , cependant » les femelles ne chantent pas. Quant aux mâles , ils ne » répètent pas des chants qu'ils aient entendus. Si l'on » prend des œufs d'un oiseau chanteur , qu'on les fasse » couver par un oiseau qui ne chante pas, et qu'on élève » les jeunes dans la solitude, sans leur faire entendre au- » cun chant, les mâles, arrivés à l'âge de leur plein dé- )) veloppement , chauleront comme les autres mâles de » leur espèce; il en est de même chez l'homme; le pre- » mier musicien n'a pu entendre de musique avant d'en » faire; les grands compositeurs inventent des tons (3).

(1) Ohs., p. 33i.

(2) Voy. -i." part , ch. t"-, S 0.

(3) Oij.,p. 350.

DE LA PERCEPTION ET DE I,A MniOiRT. 311

» .... le rossignol chante par lui-même, et il n'a pas de » mémoire musicale (1). »

Si des oiseaux chantent sans avoir entendu aucun chant, et sans avoir de mémoire musicale, comment pouvez-vous dire que l'imagination soit un mode de quantité de la perception et de la mémoire, ou qu'elle consiste à beaucoup percevoir et à beaucoup retenir ? Quel autre sens, en effet, pourraient avoir les termes : mode de quantité^ Si la perception et la mémoire existent sans l'imagination, et si l'imagination existe sans la perception et la mémoire, il faut reconnaître ici des facultés différentes de nature, et non des différences de degrés, puisque le degré supérieur doit toujours renfermer les degrés inférieurs (2).

D'après les c/7?e77a psychologiques, la perception, lamémoire et l'imagination ne sont pas les degrés dune seule et même faculté, et ne peuvent dépendre du même organe ; Torganologie devra rechercher quelle partie de l'organe des tons, par exemple, est consacrée à là perception, quelle autre à la mémoire, quelle autre à limagination.

Une fois établi que l'imagination n'est pas un degré de la perception ni de la mémoire, il ne reste i)lus qu'à examiner quels sont les objets à propos desquels il nous est donné défaire desactes d imagination qui ne soient pas la reproduction de la perception ou de la mémoire.

Spurzheim^ en avançant que lïmagtnation est le troisième degré de toutes les facultés intellectuelles.

(1) Obs., p. S3i.

(-2) Foy. s« part , ch. I'"", s 1*'-

sua DISTINCTION DE L'IMAGINATION ,

qui comprennent , dans sa terminologie , les sens extérieurs , les facultés perceptives et les facultés réflectives , établît qu'il y a une imagination du toucher, du goût, de Todorat , de l'ouïe , de la vue , de \ indwidualité , de la configuration , de l'étendue , de la pesanteur , du coloris , de la localité , du calcul , de l'ordre , de Yéuentualité, du temps , des tons , du langage , de la comparaison et de la causalité.

Nous admettons , comme on l'a vu , une imagination de la forme ou de la configuration, du coloris , de la mélodie ou des tons, du temps ou du rhythme , du signe ou du langage; mais nous rejetons toutes les autres. Qu'estce que l'imagination de l'ouïe , de la vue et du toucher , si ce n'est celle de la mélodie , du coloris et de la configuration? Pour les autres perceptions du toucher et celles de l'odorat , du goût et de la force motrice , quelqu'un s'est-il jamais représenté dans l'imagination quelque chose de tangible , qu'il n'ait pas touché , une odeur qu'il n'ait pas respirée , une saveur qu'il n'ait pas goûtée , un poids qu'il n'ait pas porté ?

Si quelquefois les aliénés s'imaginent percevoir des odeurs , des saveurs , ou tout autre objet, ou phénomène qu'ils ne perçoivent pas actuellement , cet objet leur a été du moins fourni par une expérience antérieure ; leur imagination diffère donc de celle de l'artiste , elle est vraiment un résultat de la perception , et on pourrait la regarder comme une maladie de la mémoire, puisque l'objet de la conception leur paraît soumis actuellement à leur perception. L'objet de l'imagination de l'artiste, au contraire , ne lui paraît jamais présentement soumis à sa perception , et cet objet n'est pas un résultat ou une maladie de la mémoire. Les phrénologistes nous

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