‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 76 sur 115 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Facultés de raison.

S 1^'. Faculté régulatrice, ou morale.

Les facultés de raison sont celles qui donnent à l'homme des principes de conduite et des principes de spéculation dépassant les bornes de l'expérience.

La faculié par laquelle on a le plus fréquemment opposé riiorame aux animaux, c'est la conscience morale ou la connaissance du bien et du mal , du devoir et du droit. Cependant , cette faculté comme toutes celles qui diffèrent des sens extérieurs ou de la pure affectivité a été méconnue par quelques théoriciens. Les idées et les actes qui en sont les produits ont été ramenées à un raisonnement fondé sur la base de notre propre intérêt. Nous avons déjà fait voir que l'approbation donnée par le raisonnement à certains de nos actes , n'empêche pas qu'ils n'émanent primitivement dune inspiration naturelle ; et nous en avons donné pour exemple Tacte de ralimeulation. De ce que les actions dictées par notre conscience

Sae I ACCLTÉ RÉCOLAThlCE

morale pourraient être le fruit du raisonnement, si nous avions le temps el les lumières néeessaires pour les raisonner dans le point de vue de notre intérêt , nous n en devons pas conclure que ces actions soient issues de cette dernière origine. Premièrement, ce que la nature nous inspire doit être conforme à notre intérêt, puisque autrement elle détruirait dune main ce quelle aurait élevé de l'autre. Secondement, par l'inspiration de la conscience, la nature nous conduit au but qu'elle se propose, plus sûrement et plus promptement que par les calculs difficiles el hasardeux de lintérôl. Troisièmement, les notions et les actes inspirés par la conscience ont des caractères fort dilTérents de ceux qui leur appartiendraient s'ils étaient raisonnes dans une vue intéressée. C'est cette difTérence que nous allons nous efforcer de faire ressortir.

Exposons d'abord les notions et les actes qui nous paraissent devoir se rapporter à une conscience morale ; el confrontons-les ensuite avec les résultats d'un raisonnement fondé sur rinlérét.

Lorsque nous nous replions sur le spectacle intérieur de nos sentiments, il en est que nous jugeons meilleurs que h'S autres : nous donnons la préférence aux affections du cœur et de l'esprit sur les affections du corps (1). Dans le sein de chaque désir il y a une certaine limileque nous jugeons uv devoir pas étro dépassée : nous tolérons l'amour de In pTOj)riélé , le juste ressentiment d'une injure, nous ne pouvons permettre l'avarice et la soif de la veng(îanre; nous apj)rouvons l'émulation , l'amour de l'estime , de l'indépendance et d'une; légitime autorité ; nous

(1) fof. 4*^ i>»rlic, chop. 1 cl 11.

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désapprouvons l'envie , la vanilô , rorp:iioil et l'ambition. Chaque (endance de noire ame nous laisanl é|)rouver du plaisir (juand elle est en possession de son objet , et de la peine, quand cet objet lui est ravi , nous blAmons nos exeès dans la joie, comme dans la douleur. Ainsi, .sans irancliir notre sphère intérieure , sans empiéter sur celle d autrui , nous trouvons déjà matière à rcxercice«du jugjement moral ; et dans ce cas ce juiîement peut se formuler en trois mots : tempérance , courage et prédominance de l'esprit sur le corps.

Mais le juiiemcnt moral se prononce plus haut lorsque nos sentiments se produisent en actes, et que ceux-ci ont pour cfTet de favoriser ou de blesser les tendances d'autrui. Nous sortons alors de la morale individuelle , pour entrer dans la morale de relation. Parmi les actes jugés bons, il en existe un certain nombre qu'il serait mal de ne pas faire , et auxquels la famille ou l'état peuvent lé.gitimement nous contraindre même par la force : ce sont les actes de justice. Il en est d'autres meilleurs encore que les premiers , mais dont l'omission n'est pas condamnable , et auxquels il serait mal de nous contraindre : ce sont les actes de géjiérosité et de dévoue mem. L'acte dont l'omission est coupable et auquel il est bien de nous contraindre s'appelle devoir, la bonté morale de la contrainte constitue le droit. Le droites! double : il appartient à celui qui peut contraindre et à celui envers lequel nous pouvons être contraints. Le devoir constitue donc deux espèces de droits ; le dévouement n'en constitue aucune.

L'ensemble des devoirs et des droits s'appelle loi morale. Tant que la loi reste dans l'intelligence, elle se nomme loi naturelle, quand elle se revêt d'expressions

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