APPRÉHENSION
les liens de la famille on de l’ami lié. Personne , c-n effet , ne peut nier que tonies ces causes ne redoublent noire appréhension de la mort. Mais des malheureux sont plongés pour toujours dans des cachots obscurs , ils ont la certitude de perdre tous ces biens et iis ne voudraient pas perdre la vie. C’est que la mort leur parait une nuit plus obscure et une solitude plus profonde encore que celle du cachot. L'instinct combat ici la réflexion ; car celle-ci nous démontre , ou que la mort est une autre vie, et que le repentir peut la rendre heureuse pour le
complète , et qu elle met fin à tous les maux ; mais l'instinct nous emporte, comme en présence de ces animaux sur lesquels on cherche en vain à nous rassurer, et noire imagination nous fait revivre dans la mort pour endurer je ne sais quels tourments inconnus. Aussi la mort est-elle regardée parmi les humains comme le plus grand des maux , et dans l’échelle de la pénalité comme la plus grave des peines. Bien des hommes n’ont pas lieu de se féliciter de la vie et ils reculent devant la mort, même sans souffrance. Combien n ont pas formé le projet d’attenter à leur vie , en s’épargnant toute douleur , et ont différé de jour en jour ou même tout à fait abandonné l’exécution de leur projet. De là les apologues de la mort et du bûcheron , delà mort et du mourant , de la mort et du malheureux (1) ; et c’est pour cela qu’un vernis de courage décore le suicide et le duel malgré le mépris que la morale s’est efforcée de répandre sur ces actes.
(i) Lafontaine, liv. I. fab. 15 et 16; iiv VIII, fab. 1.