INSTINCTIVE DE LA MORT
Mais , dira-t-on , le plus malheureux conserve toujours quelqu’espôir , et c’est ce fil léger qui le retient à la vie ; la religion a pris soin, d’ailleurs, de flétrir le suicide.
Qu'on explique donc comment , lorsque la mort se présente d elle-même , les convictions religieuses les mieux enracinées , l’espoir le plus ferme d'une autre vie, meilleure que ceiie d ici-bas , ne peuvent défendre l'homme d’un mouvement d’effroi en quittant la terre , et comment le devoir le plus pénible du prêtre est celui d’escorter 1 àme même d’un juste , au moment de ce redoutable départ.
On a publié , il y a une douzaine d’années , le récit du naufrage dun bâtiment de la Compagnie des Indes. Les passagers appartenaient pour la plupart à la secte des méthodistes , remarquable par l’ardeur de son zèle et par la ferveur de sa foi. Voici l’une des scènes de ce récit : a Un jeune homme , dont je ne saurais assez louer, dit » le narrateur , les talents précoces et la piété , m’ayant » demandé avec calme ce que je pensais de notre situa- » lion , je lui répondis que nous devions nous préparer à » reposer , dès cette nuit même , dans le sein de l’éter- » nité. Je n oublierai jamais l’expression avec laquelle il )> reprit alors en me serrant la main : Mon cœur est plein
)> de la paix de Dieu , et cependant je redoute beaucoup )) ce dernier combat, tout ensachant que cette crainte )) est absurde (1). »
En effet , Dieu nous ayant créés pour vivre sur cette terre , il devait nous prémunir par une appréhension naturelle contre les tentations ou les désirs de mort qui
fl) Récit de la perle du bâtiment de la Compagnie des Indes , le KENT ;
Paris, Scrvier , 1826.