SOCIABILITÉ
physique qui relient îe mouton auprès du troupeau , car il n’a pas besoin de compagnie pour brouter pendant le jour sa touffe d’herbe et se coucher la nuit sur la terre. Ce n’est pas le secours qu’il trouve dans ses semblables , car à l’aspect de l’ennemi tous ses semblables prennent la fuite. Ce n’est pas l’habitude qui rattache , comme on l a dit , aux compagnons de sa mère , car 1 habitude le retiendrait à plus forte raison auprès de celle-ci , et il ne la connaît plus. D’ailleurs pourquoi l’habitude l’enchaînerait-elle lorsqu’elle n’empêche pas le jeune rossignol de quitter son père, sa mère, et ses frères , et d’aller dans la solitude avec une seule femelle recommencer une nouvelle famille.
C’est donc un instinct qui retient certains animaux en société. Comme on ne voit pas Fintérèt qu’ils en retirent pour eux-mêmes, il est permis de croire que la Providence a voulu les ramasser comme une richesse qu’elle a mise sous la main de l'homme.
Nous avons dans îe cœur un instinct du même genre. Nous recueillons sans doute un grand avantage de la vie sociale ; mais, pour le recueillir , il fallait d’abord vivre en société, il fallait être retenu dans la communauté par un charme antérieur aux fruits qu’elle devait produire. Aussi le spectacle et la compagnie de nos semblables nous sont-ils agréables alors même qu’il n’en résulte pour nous aucune utilité. Un groupe de passants anime un paysage. Dans une promenade publique la foule s’entasse en une seule allée. Les maisons dont les fenêtres s’ouvrent sur les rues et sur les places sont plus recherchées que celles qui prennent jour sur des cours et des jardins. Le prisonnier derrière ses barreaux est égayé par la vue des villageois qui passent au loin dans la campagne,