SOCIABILITÉ
quoiqu’il n’en attende aucun secours et qu'il n’en puisse même recevoir aucun signe de compassion.
La philosophie du xviif siècle supposait que les hommes avaient d’abord vécu dans lisolement, et que le sentiment de leur misère les avait rapprochés. Mais la plupart des affections que nous avons déjà énumérées ont besoin de la société pour entrer en action ; il en est de même de celles qu i! nous reste à décrire ; la nature nous a donc évidemment destinés à l'état social. Puisqu’elle nous y a destinés , pourquoi nous aurait-elle fait naître en dehors de cet état ? Si haut que nous remontions dans les traditions historiques, et si loin que nous poussions de nos jours l’exploration du globe, nous trouvons non pas seulement la société de la famille , mais la réunion de plusieurs familles en tribu. Il ne faut pas croire que ce soit l’amour de la famille qui engendre l’amour de la société. Combien ne voyons-nous pas d’hommes qui sentent d’autant plus de répugnance pour la multitude qu’ils trouvent plus de charmes dans le cercle étroit du foyer domestique. Combien n’en voyons-nous pas d’autres, sans amis, sans famille, aimer encore à vivre au milieu de la multitude , et d’autres enfin quitter la famille pour répandre leur vie dans la foule.
Quant à l’habitude , si elle a le pouvoir de nous créer des goûts de seconde main , elle possède aussi celui d’émousser nos goûts naturels. C’est dans la première jeunesse que nous recherchons avec le plus d’ardeur la société nombreuse ; l’âge mûr ne s’y donne qu’avec réserve ; la vieillesse ordinairement s’en retire, au moment où elle y est le plus habituée.
Cet amour de la vie sociale ne dérive donc ni de la prévision des avantages que pourra produire la société ,