BESOIN D ATTACHEMENT INDIVIDUEL
montre à nous comme un homme passionné pour la retraite et cependant ami fidèle et exalté. « J’a- )> vais, dit-il , une répugnance presque invincible à voir )> des figures nouvelles, disposition inconciliable avec )> ma fureur de changer sans cesse de pays(l). » A l’âge de quarante ans , se croyant attaqué d’une maladie mortelle , il exprimait ainsi son antipathie constante pour la société et son dévouement exclusif à l’amitié : « Je n’ai » que trop connu les vanités et les mensonges de ce » monde... je n’éprouve d’autre peine en le quittant que » de me séparer de mon amie; et comme pendant tout )> le temps que j’ai encore à vivre, je n’existe plus que » pour elle et par elle , je ne suis ni ébranlé ni épouvanté » par d’autre crainte que celle de la perdre (2). » L’attachement individuel entre pour beaucoup dans l’amitié, mais il ne la constitue pas tout entière. Celle-ci est un sentiment très-complexe , renfermant parmi ses principaux éléments, Lune mutuelle estime et par conséquent des deux côtés une moralité et une intelligence élevée ; 2° le besoin mutuel de s’épancher, dont nous allons nous occuper tout à l’heure ; 3° une réciprocité de services, et l’idée des devoirs qui résultent de cet échange. L’attachement dont nous parlons est un sentiment aveugle et animal, il s’établit entre des brigands comme entre des animaux , comme aussi entre l’animal et l’homme. Pas plus que le sentiment social il ne découle de l’intérêt : sans doute la nature sait pour quel but elle a mis ce sentiment dans nos cœurs, et nous en découvrons l’utilité par le raisonnement ; mais le raisonnement ne sau-
(1) Mémoires d’ Jljiéri, trad. franç., t, 1, p. 146.
(2) Ibid. y t. 2, p. 211.