‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 177 sur 181 · SOLS-DIVISION DES FACULTÉS PERCEPTIVES · texte numérisé non relu

SOLS-DIVISION DES FACULTÉS PERCEPTIVES

(c Individualité. »

Cette faculté ne peut demeurer ni comme critérium de l’objectivité, ni comme produisant l’idée de substance ou la concentration des qualités en un seul sujet. L’organe que Spurzheim lui attribue appartient probablement à la mémoire du toucher.

« Configuration . »

La notion de la forme suppose la mémoire des différentes limites d’une étendue. La faculté de configuration est donc une faculté mémorative et non une faculté perceptive.

(1) Voy. le présent ouvrage, 3e partie, chap. III et IV.

CONCLUSION-

N’y a-t-il pas lieu de distinguer entre la mémoire de la forme tangible et la mémoire de la forme visible ?

(( Étendue. »

Toute perception donne une étendue : le toucher et la vue ne saisissent pas un point indivisible. En dehors des sens extérieurs , il ne peut être question que d’une mémoire de l’étendue.

L’organe dont il s’agit ici sera celui de la mémoire de l’étendue visible, si l’organe dit de X individualité appartient à la mémoire de l’étendue tangible.

« Pesanteur. »

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La perception de la résistance et de la pesanteur n a lieu qu’à l’aide de la faculté motrice. Cette faculté, qui se distingue des facultés intellectuelles et des facultés affectives, doit figurer dans un ordre à part. Elle ne peut avoir son siège parmi les organes des diverses especes de mémoires. Nous avons donné les raisons qui nous font croire que ce siège est dans les lobes moyens du cerveau.

« Coloris, w

Il y a lieu de distinguer entre la perception, la mémoire, le goût et l’imagination du coloris. Nous avons vu que ces fonctions ne sont pas les degrés d’une seule et même faculté, et qu’elles ne peuvent résulter d’un même organe.

COSCLÜSION.

(( Localité. »

La mémoire des lieux n’est que la mémoire des dimensions et des formes déployées sur une grande échelle; elle ne demande pas d’organe spécial. Les autres phénomènes attribués par la phrénologie à la localité sont du même genre que les faits attribués à la faculté d’ha-

bitativitè , dont l’organe serait mieux placé dans la partie antérieure du cerveau, parmi les mémoires des dimensions , des formes et des couleurs , que dans la partie postérieure, au milieu des affections pour les êtres animés.

L’organe dit de Y habitatwité demeurerait donc libre pour l’amour des habitudes, que certains phrénologistes y ont déjà localisé.

a Calcul. »

* Le talent du calcul se compose à la fois de la mémoire du nombre et du goût pour les combinaisons que cette mémoire nous permet. Il y a donc ici une faculté à la fois intellectuelle et affective.

« Ordre. »

D’après la définition phrénologique, il s’agit ici d une faculté affective et non d’une faculté perceptive. La phrénologie n’a pas distingué l’ordre physique , l’ordre intellectuel et l’ordre moral. Ce sont les objets de trois affections différentes.

CONCLUSION

« Éventualité . »

Cette faculté , surchargée d’attributions différentes et souvent contraires qui appartiennent à d’autres facultés, ne peut subsister ni comme faculté intellectuelle, ni comme faculté affective.

«. Temps. »

C’est la mémoire de la durée et le goût pour l’exercice de cette mémoire. Quelques phrénologistes ont confondu cette mémoire avec la conception du temps absolu et infini, qui en est fort différente.

« Tons. »

Il faut ici faire les mêmes distinctions que pour le coloris. La perception, la mémoire, le goût et l’imagination musicale ne sont pas les degrés d’une seule et même faculté. Si la perception appartient aux organes des sens, la mémoire aux circonvolutions de l’arcade sourcilière, il faut chercher peut-être le goût et l’imagination dans les circonvolutions inutiles du prétendu organe de l’ idéalité.

« Langage. »

La phrénologie n’a pas distingué entre la production et l’interprétation du signe ; elle n’a pas saisi la vraie limite entre le langage naturel et le langage artificiel , et Spurzheim en particulier a confondu la faculté interprétative avec la mémoire des mots.

CONCLUSION

« SOUS-DIVISION DES FACULTÉS RÉFLECTIVES

(( Comparaison . »

Les phénomènes attribués à cette faculté rentrent, les uns dans les diverses espèces de mémoire ou dans la faculté interprétative, les autres dans la faculté d’induction, que les phrénologistes n’ont pas connue.

« Causalité. »

L'idée de cause est produite par l’idée de notre volonté ou celle de notre faculté motrice ; elle ne vient donc pas d une faculté spéciale. Quant aux généralisations que la phrénologie rapporte à la faculté de causalité, elles sont quelquefois indépendantes de l’idée de cause, et se rapportent à cette faculté d’induction méconnue des phrénologistes.

A cette énumération des facultés de l ame nous proposons donc de substituer la suivante :

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Ordre I. Facultés intellectuelles.

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Ordre II. Facultés affectives.

Ordre III. Faculté motrice.

Ordre IV. Faculté de vouloir.

Ordre I. Facultés intellectuelles.

Genre I. Facultés cl observation*

Sens extérieurs.

F acui té in terprétatiVe.

CONCLUSION

Genre II. Facultés de mémoire.

Mémoire du toucher : dimensions tangibles, formes tangibles, température.

Mémoire de la vue : dimensions visibles , formes visibles , coloris. ,

Mémoire de l’ouïe : localité du son; intonations , articulations , timbre.

Mémoire de 1 odorat.

Mémoire du goût.

Mémoire du nombre.

Mémoire de la durée.

Mémoire des faits psychologiques (1).

Genre III. Facultés d’ imagination.

Imagination linéaire.

Imagination coloriste.

Imagination musicale : intonations et rhythme. Genre IV. Facultés de raison.

Faculté régulatrice ou morale.

Faculté inductive.

Faculté de concevoir l’infini.

(1) Les trois dernières mémoires peuvent prendre le nom de Mémoires métaphysiques, par opposition aux premières, qu’on peut appeler Mémoires physiques.

CONCLUSION

Ordre II. Facultés affectives.

Genre I. Affections égoïstes .

Sentiment de la santé et de la maladie.

Besoin d’alimentation.

Affections de l’odorat et du goût.

Affections du toucher.

Instinct d’activité physique.

Appétit du sexe (1).

Instinct d’appropriation.

Amour des habitudes.

Appréhensions instinctives.

Instinct de ruse.

Confiance en soi-même.

Amour de 1 égalité et de la supériorité.

Amour de l’indépendance et du commandement.

Amour de l’approbation (2).

Genre II. Affections désintéressées .

Sociabilité.

Besoin d’attachement individuel.

Besoin de s’épancher.

Amour électif.

Affections de famille.

(1) Les six premières affections égoïstes peuvent recevoir le nom â'affections corporelles, parce qu’elles se localisent dans nos organes.

(â) Les quatre dernières affections égoïstes sont comprises dàDS !a îângùO Vtllgaifè lotis h nom é'mmr^trpr^i

CONCLUSION

Vénération instinctive (1).

Plaisirs de la vue.

Plaisirs de Fouie.

Plaisir de la faculté d’interprétation.

Instinct de pudeur.

Plaisir dramatique.

Plaisirs des facultés d’imagination.

Plaisir de l’imitation volontaire.

Plaisir de l’induction.

Affections de la faculté morale.

Amour du merveilleux.

Plaisir de la conception de l'infini.

Sentiment du ridicule.

Affections de la mémoire (2).

La faculté motrice et la faculté de vouloir ne donnent lieu à aucune sous-division.

Quant aux questions organologiques , je n’ai pas eu pour but de les traiter. Si j’ai proposé, en passant, la transposition de l’organe de la faculté motrice et un changement d’attribution pour les organes de la localité de la constructivité , de l’idéalité et de la bienveillance ,

(1) Les six premières affections désintéressées sont excitées par les êtres animés, et sont renfermées, dans la langue vulgaire, sous le titre d’ affections du cœur. Les autres principes désintéressés reçoivent le nom d 'affections de l’ esprit.

(2) Les plaisirs de la vue, de l’ouïe, de la faculté interprétative, de l’imagination et de l imitation, constituent l 'amour du beau, dans la nature et dans l’art. Le plaisir de l’induction forme l 'amour du vrai ou de la science , et les affections de la faculté morale l’ amour du bien ou de la vertu. Le sentiment religieux se compose de la vénération instinctive* de l’amour du

tnpvvriiiçu* et du plaisir delà conception do t’tnftKti u

CONCLUSION

c est en m’appuyant sur les définitions et les aveux de la phrénologie elle-même.

En rapportant les essais d’organologie tentés par Descartes, nous avions dit que ce philosophe attribuait aux modifications du cerveau toutes les manifestations de l ame, excepté ce qu’il appelait l’intellection pure et la volonté, et nous avions promis de montrer que les phrénologistes n’avaient pas non plus indiqué le siège de ces deux facultés. On a vu que nulle part ils n’ont localisé la faculté de vouloir ni la conception de l’infini, ni même le jugement de moralité, car ils l’ont méconnu, et ils ne se sont guère occupés que du sentiment moral, c’est-àdire des affections qui accompagnent le jugement de moralité, lis n’ont donc rapporté au cerveau , à l’exemple de Descartes, que les perceptions, les souvenirs, les imaginations et les passions. Dans l’une et l’autre théorie, la liberté et la raison sont demeurées indépendantes

de toute condition matérielle.

Après avoir signalé les erreurs qu’on peut , dans notre opinion , reprocher aux phrénologistes, nous manquerions de justice à leur égard si nous ne nous empressions

de reconnaître les lumières qu’ils ont contribué , pour leur part, à répandre sur l’étude de l’esprit humain.

L’honneur du docteur Gaîl est : 1° d’avoir fait remarquer un certain nombre de facultés primitives de la nature humaine auxquelles on n’avait pas prêté avant lui une suffisante attention : de ce nombre sont l’instinct de la ruse et l’amour de la propriété ; 2° d’avoir donné line nouvelle démonstration de certains principes déjà

CONCLUSION

décrits, tels que les diverses espèces de mémoire, l'amour des enfants, rattachement général et individuel, l’estime de soi, l’amour de l’approbation, etc.; 3° d’avoir posé deux excellentes règles pour la détermination des facultés : la première, qui prescrit d’examiner quels sont les phénomènes indépendants les uns des autres ; la seconde, qui recommande de saisir la faculté à l’état moyen dans le commun des hommes, en écartant les excès qui peuvent la dénaturer.

Spurzlieim , dont la principale gloire est d’avoir été associé aux travaux de son maître, a poussé plus loin, dans quelques parties, l’analyse psychologique ; il a compris, par exemple, que la mémoire des personnes se résout en mémoire de la configuration et de l’étendue ; qu’il faut distinguer la mémoire de la durée d’avec le talent de la mélodie ; que Yéducabilité n’est pas le résultat d’une faculté spéciale, mais la propriété de toutes les facultés ; que la perception de la résistance est due à une autre faculté que le toucher; qu’un meme principe ne peut produire un effet matériel cîiez l’animal et un effet moral chez l’homme. Enfin, il a semé ses écrits d’une multitude d’observations pleines de justesse. Nous citerons les principales. « Il n’y a pas de faculté négative : )> le défaut de courage n’est pas la peur , le défaut d’a- » mour n’est pas la haine, le défaut de respect n’est pas « le mépris. La peur, la haine , le mépris tiennent à des » facultés positives et sont excités par des objets spéciaux, )> comme le courage, l’amour et la vénération (1). Toutes )) les facultés sont bonnes en elles-mêmes et données pour

(1) Obs.y p. 154.

CONCLUSION

)> une fin salutaire (1). La doctrine des dispositions innées )> n’établit pas que les actes soient irrésistiblement accom- » plis : les muscles des jambes servent à marcher, sans )> entraîner la nécessité de la marche ; il faut que la vo- )) lonté vienne encore agir sur les appareils musculaires® . » Le monde est pour tous les êtres ce qu’ils en aperçoi- » vent ; il est, à peu de chose près, le même pour les in- » dividus de la même espèce ; il est différent pour les es- » pèces différentes. C’est pour l’espèce humaine qu’il ale » plus d’étendue , parce qu’elle le saisit au moyen d’un » plus grand nombre de facultés ; mais il se modifie pour » chaque personne , suivant la mesure des facultés de » celle-ci (3). Une même faculté se diversifie dans cha- » que espèce et quelquefois dans chaque individu; par )> exemple, l’imagination mélodique dans des êtres divers » produit des chants différents (4). Les facultés en se )> combinant, forment des résultats très-complexes et )> très-éloignés les uns des autres : les mères ne sont pas » attachées également à tous leurs enfants ; elles don- )> nent la préférence à celui qui flatte le plus grand » nombre ou les plus actives de leurs facultés (5) ; l’estime » de soi, jointe à la prédominance des facultés supérieu- « res, produit une juste et noble fierté ; jointe aux affec- » tions égoïstes, elle engendre le caractère le plus bouffi » et le plus vide (6). Les langues expriment dans leur )) contexture la physionomie intellectuelle des peuples

(1) Obs., p. 340.

(2) obs., p. 145.

(3) Obs., p. 347.

(4) Obs., p. 348.

(5) Obs., p. 349.

m j p. dm

CONCLUSION

» qui les parlent (1). Il résulte de la complication de la na- » lure humaine qu’il nous est difficile de nous juger les » uns les autres, d’apprécier dans un cas particulier les » véritables motifs de telle action ; que nous ne devons )) pas nous attendre à retrouver en autrui nos propres » manières de penser et de sentir ; qu’il faut nous rési- » gner à des dissentiments, à des contradictions, appren- » dre à nous supporter mutuellement, et que la connais- » sance de l’homme nous conduit au dogme de l’indul- » gence et de la charité mutuelle (2). »

Telles sont les maximes que nous nous empressons de recueillir, ne pouvant pas mieux prendre congé d’adversaires si longtemps combattus, qu’en rendant hommage aux services qu ils ont, de leur côté, rendus à la science de l'esprit humain.

(1) Obs p. 353.

(2) Obs., p. 359-GO.

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