CRITIQUE DU SENTIMENT DE LA FERMETÉ
tive , ni une faculté intellectuelle , et qui doit figurer à part dans le cadre général des manifestations du moi.
5 II. Critique du Sentiment de la fermeté , posé par les phrénologistes.
Si vous cherchez la volonté dans le tableau des facultés humaines dressé par les phrénoîogistes, et ailleurs que dans les aveux partiels que nous avons rapportés, vous ne la trouverez nulle part , pas meme dans le sentiment qu’ils appellent persévérance ou fermeté.
« Il est difficile , dit Spurzheim , de définir la fermeté :
» on appelle souvent ses effets la volonté , mais ce n’est » pas l’assentiment qui résulte de la réflexion. Il est vrai » que les personnes douées de cette faculté , disent : je )> veux. Toutefois ce n’est pas par l’effet de la raison ,
» mais par l’amour de commandement (1). » Dans ces phrases , l’auteur continue de confondre Sa volonté avec la raison. Quant au sentiment qu’il appelle fermeté, il semble d’abord l’identifier avec l’amour du commandement. Cet amour étant un principe spécial de notre organisation , pourrait , dans l’hypothèse phrénologique , avoir un organe particulier. Mais l’auteur étend beaucoup, par la suite , les fonctions de la fermeté : « Cesen- )> timent , dit-il , donne de la constance et de la persé- )> vérancel aux autres facultés ; il fixe et soutient leur )> activité ; il dispose à l'indépendance , surtout quand il )) est combiné avec l’amour-propre. Trop actif, il pro- . » doit des abus tels que, l’opiniâtreté, l'obstination,
)> l’entêtement.... Il ma pas d’application spéciale ; com-
(1) Observations sur la phrcnol.} p. 198.
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» biné avec la justice et îa bonté, i! devient amour de » l’indépendance ; combiné avec l'orgueil et l’égoïsme ,
» il aime à forcer les autres de reconnaître ses comman- )> dements (1). » Je ne relève pas la contradiction que commet Fauteur en attribuant l’amour de l’indépendance à la combinaison de la fermeté , tantôt avec l’amour propre, tantôt avec la justice et la bonté; je m’attache seulement à considérer la singulière fermeté dont il vient de nous faire le portrait. Tout le monde entend , par fermeté, l’énergie delà volonté qui lutte contre les sentiments. Spurzlieim, au contraire , regarde toute passion qui a de la constance , de la persévérance , dont l’activité est fixe et soutenue , comme de la fermeté. Ainsi le gourmand , qui cherche tous les moyens de satisfaire sa gourmandise , a de îa fermeté ; l’avare , qui ne lâche pas son trésor, a de la fermeté ; le paysan , qui s’opiniâtre dans la routine de ses pères, a un excès de fermeté. Mais ne suffirait-il pas pour expliquer cette fermeté d'un nouveau genre, d'admettre un haut degré d’appétit, chez le premier ; de cupidité , chez le second ; et de vénération pour la coutume et les ancêtres, chez le troisième. Qiravez-vous besoin d’ajouter à îa passion dominante , un ingrédient séparé , un sentiment spécial, que vous appelez fermeté , puisque la passion seule suffit de reste à l’explication de cette fermeté passive et esclave. A un seul effet une seule cause. Il n’y a de vraie fermeté , que celle qui est libre , c’est-à-dire , volontaire. Sans doute la volonté peut se mettre au service d’une passion ; son rôle •
alors est de lutter contre les passions contraires, et en cela elle mérite encore le nom de fermeté; mais dans ce
(1) Observations sur la phrin,, p. ÎQ9.