‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 25 sur 181 · CRITIQUE DE LA CONCENTRÀTIVITÉ · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA CONCENTRÀTIVITÉ

cas , c’est la tendance prédominante qui agit sur la volonté et produit la fermeté , et ce n'est pas , comme dans l'hypothèse de Spurzheim , la fermeté qui fait prédominer la tendance , qui lui donne de la constance , de la persévérance , et qui soutient son activité. Retranchez la volonté libre et responsable , il n’y a plus que des passions qui se combattent , et dont l’une l’emporte par son énergie ou sa persistance naturelle. Il n'y a rien qui mérite le nom de fermeté.

S III. Critique de la faculté dite ConcentmtUùté.

La volonté est-elle ce que M. Combe a nommé concenlrativité ? On le croirait à lire les phrases suivantes : « 11 y a des personnes qui possèdent une facilité naturelle » à concentrer leurs sentiments et leurs pensées, sans » pouvoir être distraites par l’irruption d'émotions ou » d’idées étrangères à l’objet de leurs méditations. Ces » personnes sont maîtresses de leurs sentiments et de )> leurs facultés intellectuelles , et elles peuvent les em- » ployer entièrement à l’exécution du dessein qui les oc- » cupe. Aussi la faculté dont la nature lésa douées les » met-elle en état de produire les plus grands résultats )> possibles... D’autres sont incapables de conserver l’idée )> dominante jusqu’à la fin (1) ». Qui ne croirait voir ici le tableau de l’empire de îa volonté sur l’intelligence? Mais îa scène change bientôt ; Fauteur rapporte au même principe « ce que Walter Scott appelle le chagrin concen- » tré (2) » , phénomène fpii peut ne pas être le résultat

(1) Nouveau Manuel, p. 63-4.

(2) J Md., p. 05

de la volonté , et il assigne pour but à la concentrât fvità a de maintenir deux ou plusieurs facultés dans une » activité simultanée et combinée , de telle sorte qu elles » puissent être dirigées vers un seul objet (1) ». Or la volonté n’est pas seulement ce qui coordonne et met en harmonie deux ou plusieurs facultés, mais ce qui peut diriger isolément chacune d’elles. L’auteur n’insiste d’ailleurs nulle part sur la liberté qui appartiendrait à cette concentrativité, et c’est là le caractère indispensable de la volonté. Il ajoute que « le premier indice qui l’a mis sur » la voie de la concentrativilé , c'est la remarque que » certains individus ont naturellement des habitudes sé- » dentaires, et trouvent pénible d’aller à l’étranger, à » moins d'une nécessité absolue (2) ». Je ne vois aucune liaison entre l’esprit sédentaire et la direction simultanée de deux facultés, et j’admire que l’un ait pu servir d'indice à l'autre; mais il suffît, pour l’objet que j’ai en vue présentement, de remarquer que l’esprit sédentaire n’a rien de commun avec la volonté. N oublions pas d’ailleurs que M. G. Combe a composé la volonté avec les facultés perceptives et réllectives (3) et que la concentrativité est pour lui un sentiment. Ainsi la concentrativité n’est pas la volonté.

Si elle n’est pas la volonté, est-elle autre chose ? Nous dirons de la concentration involontaire de M. Combe ce que nous avons dit de la fermeté involontaire de Spurzheim ; d’autant plus que ces deux prétendus principes, qui se localiseraient dans des organes différents ,

(1) Nouv. Manuel, p. 62.

(2) Ibid.

(3) Ibid., p. 230.-1.

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l’im au sommet, l’autre dans la partie postérieure du

cerveau, exerceraient cependant à peu près la meme

fonction. En effet, « la fermeté , dit Spurzheim, fixe et » soutient Inactivité des autres facultés. Laconcentrativité, » dit M. Combe , maintient deux ou plusieurs facultés )> dans une activité simultanée et combinée. » Les phénomènes attribués , soit à l’une soit à l'autre, s’expliquent suffisamment par un degré supérieur d’activité d’une ou de plusieurs facultés prédominantes.

Quant à l’organe que M. G. Combe attribue à la prétendue concentrativité, c'est celui que Spurzheim avait consacré au choix du séjour. Il est vrai que M. Combe accorde que la concentrativité produit aussi l’humeur sédentaire , et qu’elle rend « les chamois habiles à brou- » ter sur des pics difficiles et dangereux et à éviter la » poursuite des chasseurs (1) » : ce qui la rapprocherait un peu de Y habitativité de Spurzheim. Mais elle s’en éloigne par un bien plus grand nombre de points : 1° l'habitativitô de Spurzheim n’a pas pour effet de maintenir deux ou plusieurs facultés dans une activité simultanée et combinée ; 2° elle ne donne pas l’art d’échapper à la poursuite des chasseurs et d’éviter les précipices; 3 5 elle envoie les animaux ceux-ci dans la plaine , ceuxlà sur la montagne; les uns sous les {lots, les autres dans les régions différentes de l’air ; elle préside aussi aux émigrations et à la vie nomade (2), toutes choses que ne peut pas faire la concentrativité. Je laisse donc à décider aux organoîogistes pourquoi la concentrativité , malgré

(1) Nom>. Manuel , p, 65.

(2) Manuel, p. 31.

sa ressemblance avec la fermeté , siège dans un organe à part , et pourquoi , malgré ses dissemblances ayec l'iiabitativitô , elle prétend occuper avec celle-ci un seul et même organe. M. Yimont a essayé de concilier Spurzheim et Combe : il a coupé en deux la pomme de discorde , et en a donné une partie à Fhabitativitô et l’autre à la concentralivité, qui est, suivant lui , « le pouvoir de )> forcer une faculté à continuer son action (1). » Mais il ne s'occupe pas de nous montrer en quoi cette concentrativité diffère de la fermeté , qu’il admet sur le meme pied que Spurzheim, et pourquoi l’une et l’autre possèdent un organe différent.

Voici donc de graves dissentiments entre trois organologistes. Là où M. Vimont voit deux organes , Spurzhéirn et Combe déclarent qu'il n'y en a qu’un; et ces derniers lui donnent chacun une destination différente; et tous les trois s’écrient qu'ils ont leurs preuves, leurs faits organoiogiques , et qu’on ne peut réfuter les

faits.

Pour en revenir à la volonté ou à la faculté des [voûtions x elle ne figure nulle part dans le tableau des facultés phrénologiques ; et il fallait lui ouvrir un ordre spécial en regard de ceux des faits intellectuels et des faits affectifs.

Mais peut-être les pbrénoîogistes nous répondront-ils qu’ils n'ont à s’occuper que des facultés dont ils peuvent assigner le siège , et que la libre volonté n’est pas de ce nombre ; qu’elle met eu jeu tous les organes, aussi bien ceux des affections que ceux des facultés intellectuelles,

(1) Truité ch phrén t lî;. p 2!0.

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