‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 4 sur 181 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

État actuel cia V organologie ,

S l*r. Spiritualisme de l'organologie.

La doctrine qu’on enseigne de nos jours, sous le nom de phrénologie , se compose de deux parties distinctes : 1° Elle recherche , au moyen de l’observation morale , les facultés constitutives de l'espèce humaine ; 2° Elle essaie , par 1 observation physique, de rapporter chaque faculté à une partie du cerveau qui en devient le siège et 1 organe. Elle comprend donc à la fois une psychologie

SPIRITUALISME

et line organologie ; vaste compréhension que le terme de phrénologie , introduit par Spurzheim , n'exprime pas convenablement. Gall avait donné à cet ensemble le nom aussi peu satisfaisant de physiologie du cerveau. La digestion, la circulation du sang, les absorptions , les sécrétions , etc., ne s’observant pas de la meme manière que les pensées, les sentiments, les volontés, le seul nom de physiologie ne peut convenir à l'étude de ces deux ordres de phénomènes. Aussi Gall dans le cours de son ouvrage emploie-t-il le plus souvent les mots de psychologie et d' organologie, qui désignent très-exactement les deux parties de la science qu’il voulait fonder, ou plutôt Ses deux sciences quil cherchait à réunir en une seule (1).

Ce n’est pas sans une certaine appréhension que le philosophe voit comme diviser et dissiper l ame entre les sinuosités du cerveau , et que le vulgaire lui-même entend dire que les instincts les plus généreux , que les conceptions les plus élevées tiennent à un certain volume , à une certaine activité d une pulpe molle et blanche que renferme le crâne , et qui se dépose avec lui dans le tombeau. Cependant les philosophes et le vulgaire ont toujours reconnu d’intimes rapports entre le développement des facultés de l’âme , et 1 état , soit accidentel , soit originel , de notre corps.

Pour ne citer que le plus illustre des philosophes modernes, Descartes disait : v Les divers sentiments exté- » rieurs et intérieurs que l’âme éprouve , tels que la cou- » leur, le son , l’odeur, la saveur, la douleur, la faim , la )> soif, la bonté, l’amour, la confiance , etc., dépendent

(1) Voyez notamment -tnat. et Phrsiol. du cerveau, i* vol., p. 168

et 210.

DE L’ORGANOLOGIE.

)> de la manière dont les esprits animaux pénètrent dans » les pores du cerveau , qui devient ainsi l’organe du » sensus communis , de l’imagination et de la mémoire. )> Les esprits coulent du cerveau dans les nerfs , qu’ils )> disposent à servir d’organeaux sens extérieurs, et dans » les muscles, qu’ils enflent et qu’ils rendent propres à » mouvoir les membres (1).

» Les passions ont leur siège dans le cœur, quand elles » affectent le corps, et dans le cerveau quand elles affec- » tent l ame (2).

» Quand les .esprits enflent pleinement le cerveau , ils » constituent l’état de veille , et quand ils ne l’enflent )> qu’à moitié , l’état de rêve (3).

» La sensation n’a lieu que dans le cerveau , c’est ce » que prouve l’exemple de ceux qui ressentent de la )> douleur dans les membres qu’ils ont perdus (4).

» Les facultés de sentir et d’imaginer n’appartien- » nent à l’âme qu’en tant qu’elle est jointe au corps ; )> sans le corps, l’âme ne posséderait que rintellection » pure (3).

» Les souvenirs de la mémoire physique s’expliquent )> par les traces imprimées dans le cerveau : les esprits » animaux ayant plus de facilité à repasser sur ces traces » qu’à en dessiner de nouvelles , de même qu’un linge se » plie plus aisément dans ses premiers plis (G).

(1) OL'uores philosophiques de Descartes , publiées par Adolphe Garnier : Traité de l Homme , n° 7-39-33; — Traité de la formation du Foetus , nQ 8. — Passions de l'âme , première partie, n° 35.

(2) Passions , prem. part. , ncs 30,40. — Lettre XXXII.

(3) Traité de /' Homme, n° 34.

(4) Lettre LIX, mémo édit.

(5) Lettres XXX-XLI.

(0) Lettre XLV1II.

SPIRITUALISME

» Les figures ou espèces qui servent à la mémoire » résident principalement dans le cerveau, mais quel- » quefois aussi dans les autres parties du corps (1).

» L'agitation des esprits animaux peut troubler les )> cerveaux faibles , mais elle échauffe les forts et les porte )> à la poésie (2).

» La passion de lame et Faction du corps sont telle- » ment jointes ensemble, que si Fune revient, elle ra- » mène l’autre (3).

» De ce que l’âme et le corps sont distincts , il n* en )> résulte pas que l’homme soit un pur esprit : l’âme et le » corps sont unis substantiellement (4).

)> 11 faut donc les comprendre à la fois comme deux » choses et comme une seule , et prêter à la pensée une » étendue pécétrable , qualité qui est refusée à l’étendue » matérielle (5). »

On voit que cette théorie cartésienne est presque de la phrénologie. Le cerveau est ici Forgane de la sensation, de la perception que Descartes appelle sentiment central, sensus communis ou sensorium commune , de la mémoire, de l’imagination, des passions et de la faculté

motrice ; il ne reste en dehors des attributions du cer-

veau que la volonté, et la faculté appelée par Descartes inteilectjon pure , facultés dont les phrénologistes euxmêmes n’ont pas indiqué le siège , comme on le verra par la suite de cet ouvrage.

Mais si ces facultés supérieures ont besoin, pour entrer

(1) Lettres LXUI, LXIV-LXVI.

(2) Lettre XVI.

(3) Passions de l’âme, seconde part., n° 130.

(4) Réponses aux quatriém. obj., nc9 27-28.

(5) Lettre XIX.

DE I/OPiGANOLOGIE.

en jeu, de l'exercice préalable des sens et de la mémoire , si elles excitent en nous une affection ou une passion qui agite notre corps , et dont rien n empêche de placer le siège principal dans le cerveau , on comprendra comment le développement intellectuel et moral de l'homme peut dépendre de certaines conditions cérébrales. I)e plus , si la perception et la mémoire de l’étendue , de la forme, du son et delà couleur sont subordonnées , de l’aveu de tous les philosophes , à l’action du cerveau , il n’est pas fort difficile d’admettre que des circonvolutions cérébrales différentes président à la perception et à la mémoire de ces différents objets , ainsi qu’aux affections qui les accompagnent.

Ne nous pressons donc pas de lancer contre l’organologie le reproche de matérialisme , puisqu’une sorte de phrénologie a été professée par le spiritualiste le plus ferme et le plus décidé des temps modernes. La phrénologie re-

in voquent î un et l’autre pour nous engager à perfectionner et à développer les organes de notre intelligence et de nos affections (1). Si cette liberté agit sur le cerveau , elle n’est pas dans sa dépendance, et elle peut lui survivre. La phrénologie proclame encore l’unité et l’identité de lame, qui contrastent si nettement avec la multiplicité des molécules du cerveau et avec le flux et reflux qui les apporte et les remporte. « D’accord avec )> les Pères de l’Eglise , dit le docteur Gall , nous démon- » trons l’influence de l’organisation sur l’exercice des » facultés intellectuelles, sans rendre pour cela l’âme

(1) Gall, Anat. et Phjsiol. du cerveau, in-4°, t. II, p. 101 et 310. Spurzheim Observât, sur la Pkrénol., Paris, 1818, intiod. VÜj, p. 200-315. Manuel de phrénologie, Paris, 1832, p. 07.

SPIRITUALISME

)> matérielle (1). » Spurzheim dit à son tour : « On ne )) saurait expliquer la connaissance simple du moi, par » la structure et les fonctions du système sensible, tandis » que les spiritualistes ont une explication qu’ils peuvent » faire valoir dans tontes les circonstances (2). » Enün , la doctrine phrénologique respecte la croyance instinctive à l’immortalité de l ame , croyance que Spurzheim a signalée dans l’une des formes de l’espérance (3) , et qu’il ne regardait pas comme un appel trompeur de celui' qui nous a créés et qui nous accorde , dit-il , des grâces refusées au reste des animaux (4).

Et d’ailleurs , quand môme les phrénologistes ne feraient pas toutes ces concessions, la coïncidence d'un organe prédominant avec une faculté prédominante ne pourrait les autoriser à identifier la faculté avec l’organe. La prédominance du système musculaire chez un nouveau-né , ou le développement de ce système par l’exercice chez un adulte ne leur parait pas une raison de placer la force motrice dans les muscles , ni même dans les nerfs qui transmettent le mouvement (3). La prédominance d’une circonvolution du cerveau ne leur donnerait donc pas le droit d’y renfermer la force intellectuelle dont cette circonvolution pourrait être l’organe.

Il resterait toujours la question de savoir si c’est l’organe qui fait la faculté , ou si c’est la faculté ou la pré-

(1) Ier vol., in-4, p. XXXIII.

(2) Observ. sur la phrén p. 226.

(3) Manuel de phrén., p. 4-9, et Observ. sur la phrén., p. 200.

(4) Observ. sur la phrén., ilitrod., Xij.

(5) Spurzheim , Obs,, p. 236, 2|i-5 ; Manuel, p. 56; G. Combe, Nouveau Manuel de phrénologie, trad. par J. Fossali, p. 174-5; M. Vimoiît, Traité de phrénologie , t. II, p. 297, 357, 432-4; M. Broutais, Cours de phrénologie, p. 143-763.

DE L'ORGANOLOGIE.

disposition de l'âme qui fait l’organe. Anima s truie corpus suis usibus aptum , a déjà dit un célèbre médecin , et les spiritualistes , forts de funité et de l’identité du moi, propriétés qui ne peuvent se concilier avec la pluralité et la fluctuation des éléments d’un organe , pourraient admettre toute la partie organologique de la phrénologie sans perdre un pouce du terrain sur lequel ils se sont établis.

Ainsi la phrénologie , dans sa partie organologique , laisse intacte la distinction de l’âme et du corps et f immortalité du principe spirituel ; et , chose remarquable , dans sa partie psychologique, elle est arrivée à un terme qu’elle n’avait pas prévu au départ, c’est-à-dire au rationalisme. Elle qui paraissait la fille et l'héritière directe de la doctrine de la sensation , que beaucoup de gens acceptent les yeux fermés, parce qu ils lui supposent une étroite parenté avec les principes des Condillac , des Helvétius et des d’Holbach , elle proclame que toute connaissance ne dérive pas des sens (1) , et elle s’éloigne tellement du sensualisme quelle tombe presque dans l’excès opposé , c'est-à-dire dans l’idéalisme , et que nous serons obligés de l'arrêter nous-mêmes lorsque nous la verrons dire avec Descartes , et presque dans les mêmes termes, que l ame peut concevoir des idées sans attendre l'éveil donné par le sens. Descartes , en effet , avait dit : « Loin que les sens nous fournissent toutes nos idées , » ils ne sont que le théâtre de quelques mouvements » corporels à l’occasion desquels l’esprit conçoit non- » seulement les idées universelles , mais encore les idées

(1) Gall et Spurzlieim, Passions , et notamment Jnat. et Physiol, ducerv în-4, 4' vol. p. 45 à 140; et Obscn>. sur la phrèn p. 215.

DIFFICULTÉS

» de figure, de couleur, de son, d’odeur, de douleur (1)... » Tl est possible que Y aveugle ait la meme idée que nous » relativement à la couleur (2). » Gai] et Spurzlieim disent à leur tour : « Les facultés qui nous font con- )> naître les dimensions , les distances , les formes , le » mouvement et la pluralité sont intérieures ; elles agis- » sent souvent par elles-mêmes sans être excitées par le » toucher ou par la vue (3). »

S’il en est ainsi , les objets que nous appelons extérieurs ne sont peut-être que le produit de notre entendement; c'est le moi qui construit le non moi , comme on le dit en Allemagne , et nous ne pouvons affirmer l’existence du monde matériel.

$ 2. Difficultés de l’organologie.

Pour revenir à la partie organoiogique de la phrénologie , nous n'avons ni à la récuser ni à la craindre. Mais tout en reconnaissant la possibilité d'indiquer les organes d’un certain nombre de facultés, on ne peut se défendre de quelques regrets sur la légèreté des preuves admises par les phrénologistes.

1° Ils manquent presque toujours d’une biographie exacte et circonstanciée des individus qu’ils soumettent à leur observation, et M. Yimont a fait cet aveu désastreux pour l’organologie : « Plus je me suis livré à l’étude des » principaux actes phrênoiogiques de l’homme , plus je

(1) Lettre XXXVili, édit, citée. Principes delà pli il., 2e part, art. 1er. (2) Lettre LXII, 12.

(3) Jnat, du cerv., p. 129, Ct Obscrv , sur la phrén p. 239-240.

DE L'ORGANOLOGIE.

» suis resté convaincu , qu'il existe fort peu d’observa- » lions vraiment complètes sur les actes des personnes » observées par les phrénologistes (1). »

2° Si l’observation morale, quils ont raison de respecter, et dont ils ne sentent pas encore assez la prééminence , leur fait découvrir dans un homme l'existence de telle ou telle faculté , ils s’arrangent toujours de manière à trouver l’organe de celte faculté sur le crâne de cet homme. Existe-t-il une dépression à la place où devrait se prononcer une saillie , on se rejette sur le voisinage des autres organes qui sont, dit-on , encore plus saillants, et qui donnent au premier une apparence plus humble qu’il ne le mérite. Or, il arrive que ces organes voisins si éminents , correspondent quelquefois à des facultés qui, chez le sujet exploré, ne sont nullement éminentes , ce qui forme une preuve négative beaucoup plus forte que la preuve positive qu’on voulait établir.

3° Us usent aussi d’une méthode qui fait illusion aux démonstrateurs eux-mêmes. Ils prouvent par une grande quantité de faits historiques relatifs à des personnages de tous les temps et de tous les pays , l’existence d’une faculté , et ils indiquent le siège de cette faculté sur deux ou trois tetes (2). Le public voit derrière ce petit nombre d échantillons les nombreux personnages anciens et modernes dont on lui a parlé , quoiqu’on n’en ait pas examiné l’organisation physique, et qu’on n’en possède quelquefois pas meme un simple profil , et il

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(1) 2e vol., p. iü\).

(2) Gall, ic Y-, p. 119 cl passim.

DIFFICULTES

prend pour une preuve organoîogique ce qui n'a de valeur que comme démonstration psychologique.

Quant à cette foule que M. Yimont appelle dans son ouvrage la plèbe des phrénologistes , elle croit sur parole et les yeux fermés. II est si commode de posséder un tableau synoptique des facultés de lame, coïncidant avec le tableau anatomique du cerveau ., de voir chaque faculté logée sur sa petite colline comme un suzerain dans son château, et séparée de ses voisines par son fossé féodal ; les objets figurés qui se voient des yeux , qui se touchent des mains , ont pour notre esprit tant d’évidence , que l’étude des faits psychologiques ainsi liée au spectacle de la configuration du cerveau, parait pouvoir se passer du secours de la réflexion intime. On croit comprendre les prétendues facultés de la poésie, de l’idéalité, de l'individualité (1), parce que le démonstrateur en indique la place sur l’échiquier du cerveau. On adopte les mots sans les entendre , de la meme façon; chacun leur donne une acception différente; et relativement à l’organologie , on ne fait aucune différence entre la partie la mieux démontrée et celle qui , de l’aveu des auteurs de la doctrine , est encore à 1 état de conjecture. Dans tous les temps la fouie a mieux aimé croire que d’examiner. Pour la préserver de sa complaisante précipitation, nous lui adresserons quelques remarques.

Premièrement , les linéaments des circonvolutions ne coïncident pas toujours avec la circonscription des fa-

(1) Giill , 4* yoî., p. 179 ; Vimont, 2e vol., p. 437 ; Spurzheim, Manuel , p. 50.

DE L'ORGANOLOGIK.

If

cul tés : il y a telle faculté dont les limites, au lieu de suivre docilement le fossé, courent à travers monts et vallées.

Secondement, les deux hémisphères du cerveau ne présentent pas une symétrie véritable; il est impossible de trouver aux organes correspondants des deux côtés une conformation assez semblable , pour qu’on en puisse tracer les limites en toute sûreté de conscience , et empêcher les organes d’empiéter les uns sur les autres , selon qu’il est besoin de les mettre en harmonie avec telle ou telle manifestation intellectuelle ou morale.

Troisièmement , la division du cerveau en circonvolutions distinctes n’est qu’apparente ; Gall a déplissé le cerveau , et a montré qu’il n’est qu’une grande membrane homogène formant une bourse qui , pour occuper moins de place dans la boîte du crâne , est froissée et pîissée comme la feuille de métal dans la bouteille de Leyde.

Quatrièmement , comme tout le monde a été frappé de l’incapacité intellectuelle de quelques grands fronts , et de l’aptitute souvent générale de quelques fronts étroits, la phrénologie s’est rabattue sur la qualité de la fibre nerveuse et même sur l’influence du tempérament et des viscères (1), ce qui ne détruit pas sans doute tout à fait, mais affaiblit singulièrement la preuve tirée du volume de la circonvolution cérébrale.

Cinquièmement , il résulte de là , que sur une multitude de points , les maîtres de la doctrine sont encore en dissentiment. Gall soutient que Spurzheim n’a donné aucune preuve satisfaisante à l’égard de l’existence des

(i) Observations sur laphrén., p, 6-18-22-26 et 308. Manuel , p. 7.

DIFFICULTÉS

ta

organes : 1° de l’habitativité , 2° de l’ordre , 3° du temps, 4° du penchant au merveilleux , 5° de l’espérance , 6° de l’étendue, 7° de la pesanteur (1). M. Vimont avance à son tour que tantôt l’un , tantôt l’autre de ses prédécesseurs a mal indiqué , soit chez l’homme , soit chez l’animal, la place des organes : 1° de l’alimentation, 2° de la destruction , 3° de la ruse , 4° du courage , 3° de l’instinct du gîte , 6° de l’orgueil , 7° de rattachement, 8° du penchant à la reproduction , 9Ü de la philogéniture, 10° de la propriété, 11° de la circonspection, 12° de la localité , 13° du langage , 14° de l’éventualité ,

15° de la construction, 16° du talent musical, 17° de

la persévérance (2).

Le sens moral réside , d’après Gall , sur le sommet du front , et d’après Spurzheim , vers la partie postérieure de la tête (3).

La force motrice est attribuée à une circonvolution du cerveau placée , suivant Spurzheim , M. Combe et M. Vimont , sur l’arcade sourcilière , et suivant M. Fossati , vers la région des tempes ; d’après Gall et M. Broussais, la force motrice appartient à toutes les circonvolutions du cerveau qui produisent chacune les mouvements en harmonie avec leur tendance (4).

M. Combe et M. Vimont attribuent la nostalgie à l’organe de l’attachement pour les personnes ; Spurzheim et M. Fossati la rapportent à l’organe de l atta-

(1) 3e vol., p. XXIV , XXV.

(2) Traité de phrénologie , 2e vol., p. 178, 185, 189, 191, 198, 201, 203, 207, 209, 210, 220, 227, 242, 251, 252, 255, 260, 266, 275, 307, 342, 352, 360, 371, 403, 406

(3) Jnat. du cerv.y 4e vol., p 203; Manuel de phrén , p. 47.

(4) Gall , 4* vol., p. 291 ; Spurzheim, Manuel , p. 56; G. Combe, p. 174-5; Yiraoot, 2* vol., p. 297; Broussail, p. 143 et 763.

DK L’ORGANOLOGIE.

cliement pour les lieux (1) ; l’organe qui , selon Spurzheim , détermine le choix du séjour, préside à l’attention , suivant G. Combe (2) ; celui qui produit l’esprit de saillie , d’après Gall , et la gaîté , d’après Spurzheim , cause l’esprit de discernement dans le système de M. Vimont (3) ; l'idée dumof que Spurzheim attribue aux organes de l’éventualité et de la comparaison (4) , est rapportée par M. Bessières à l’organe de l’individualité (5).

Sur trente-cinq organes , en voilà une trentaine qui fournissent des objets de contestations aux chefs de la phrénologie.

Sixièmement , le même phrénologiste attribue quelquefois un seul et même effet à plusieurs organes , ou à

un même organe plusieurs effets différents ou contraires. •

Nous aurons plus d’une occasion de relever des fautes de ce genre, et nous en signalerons d’avance quelques-unes. Gall rapporte au même organe l instinct qui pousse certains animaux sur les montagnes , et le sentiment d’orgueil chez l homme (6). M. Combe fait résider l’attention et l’esprit casanier dans la même circonvolution (7). Gall attribue l'instinct des gestes naturels , d’une parta l’organe du langage, del’autre à l’organe de la mimique(8). Spurzheim attribue la connaissance des faitsinternes à l’organe de l’éventualité et à celui de la comparaison (9),

(1) Man. p. 31, Nouv. Man.., p. 68 ; Traité de phrén ., 2e vol., p, 223 9,

(2) Nouv. Man., p. 58.

(3) Traité de phrén., 2e VOl., p. 386.

(4) Obs. sur la phrén., p. 295, 310.

(5) Introd. à l etude philos, de la phrén,, p. 186.

(6) 3e vol., p. 295.

(7) Nouv. Man., p. 62-65.

(8) 4e vol., p. 96 et 229.

(9) Oh»., p, 295 et 310.

*4 DIFFICULTÉS

quoique Tun des deux eût suffi. M/ Yimont fait dériver la peur tantôt de l’organe de la conservation , tantôt de celui de la circonspection (1). Ces variations ruinent la démonstration organologique , car ces attributions différentes se détruisent les unes par les autres.

Septièmement, à ces dissentiments directs touchant la place des organes , s’ajoute le désaccord sur l’analyse psychologique de certaines facultés , ce qui frappe indirectement l existence des organes qu’on leur attribue. Comment en effet assigner le siège d’une faculté sur laquelle on ne s’entend pas. Gall et Spurzheim se sont divisés sur l’analyse de l éducabilité , du langage , de la poésie , du penchant au merveilleux , de la vénération , etc. (2). M. Yimont se sépare à son tour tantôt de l’un , tantôt de fautre de ses devanciers sur le caractère psychologique : 1° de la circonspection, 2° de l’instinct de propriété, 3° de l éducabilité , k° du langage , 5° de lé ventualitè , 6° de la comparaison , 7° de l’orgueil , 8° du merveilleux , 9° de la poésie (3).

Huitièmement enfin , indépendamment de ces facultés sur lesquelles les phrénologistes ne s’accordent pas, il en est un certain nombre qu ils ont d un commun accord méconnues ou mal représentées, comme nous essayerons de le démontrer, ce qui doit avoir encore faussé sur plusieurs points l’organologie.

On ne saurait donc recommander trop de prudence aux partisans de l’organologie. Une science a beaucoup plus à craindre de la faveur aveugle de ses amis , que de

(1) 2e vol., p. 496 et 551.

(2) Obs. sur la phrén.y p. 294, 299, 209, 207 et 192.

(3) Trait, de phrén., %• Tol„ p. 205, 253s 273, 284, 340, 352, 379, 383, 386, 402,429, 44t.

DE L’ORGANOLOGIE.

l hostilité la plus clairvoyante de ses adversaires. Résultat, sans doute, bien contraire à l’attente des phrénologistes : leurs travaux jusqu’à présent auront produit beaucoup plus de psychologie que d’organologie. Qu’ils mettent pour un instant de côté leur foi de disciple , qu’ils s’interrogent sérieusement et en secret les uns des autres , ils reconnaîtront que ce qui leur apparaît revêtu du caractère de l’évidence , c’est l'existence de telle ou telle faculté ; mais que, quant à la question de savoir si cette faculté appartient à telle petite circonvolution , depuis tel point jusqu’à tel autre, sans dépasser la limite et en la remplissant avec exactitude , ils n’ont pas sur ce sujet une conviction aussi satisfaisante.

Gall ne s’embarrassait pas dans les complications des circonvolutions cérébrales ; mais il parlait seulement de telle ou telle région du crâne : les facultés de raison au milieu et au sommet du front , les facultés de perception dans les organes des sens , les facultés de mémoire sur l’arcade des sourcils , les facultés d’imagination sur les côtés élevés de la tête, les sentiments affectueux dans l’occiput, les sentiments égoïstes sur les bas côtés, vers la région des oreilles, tel est le cercle qu’il ne croyait pas possible de dépasser.

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