‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 81 sur 181 · CRITIQUE DU SENS DU BEAU DANS LES ARTS · texte numérisé non relu

CRITIQUE DU SENS DU BEAU DANS LES ARTS

Si le sentiment de l’idéalité est l’amour de la poésie , il se confond avec l’amour de l’analogie et l’amour du merveilleux , et il ne forme pas de sentiment spécial ; s’il est l’amour de la perfection physique, il rentre dans l’amour des formes , des couleurs et des sons ; s’il est l’amour de la perfection intellectuelle , il se ramène au plaisir que nous cause le spectacle du jeu plein et entier des facultés de notre intelligence ; enfin , s’il est l’amour de la perfection morale, il ne se distingue pas de l’affection spéciale qu'excite en nous le spectacle de l’accomplissement du devoir ou du dévouement ; mais il ne peut être toutes ces choses à la fois.

S 7. Critique du sens du beau dans les arts.

M. le docteur Vimont à la faculté d’ idéalité en substitue deux autres : Y esprit poétique , et le goût du beau ; mais il ne donne pas d’explication plus satisfaisante. <c Pour faire de la poésie, dit-il, il n’est pas néces- » saire de peindre les objets autrement qu’ils ne sont (1); » et il cite une description de Volney, qui lui paraît trèsexacte, et en meme temps très-poétique (2). Il n’y a donc pas de différence entre la poésie et la peinture de portraits? Non , dira peut-être l’auteur, si ce n’est que la seconde emploie des couleurs, et la première des paroles. Mais alors pourquoi l’auteur ajoute-t-il que « les grands

(1) Traité de phrén., t. 2 , p. 4-40-

» peintres , les grands musiciens et les grands statuaires » n ont été que de grands poètes (1)? » Gela veut dire, ou qu'ils ont employé la parole, ce qui est faux , ou qu'ils ont été grands peintres , grands musiciens, grands statuaires, ce qui est un pléonasme. Donnez une définition de la poésie qui ne la confonde avec aucun autre des beaux-arts , ou ne dites pas qu’il y a une faculté pour la poésie distincte des facultés appropriées à la configuration, au coloris et à la musique.

Pour faire sentir la différence de la poésie et de son contraire, M. Yimont reproduit cette opposition, tant de fois citée, de deux vers qui expriment la meme pensée :

« Depuis que je vous vois j’abandonne la chasse, »

Pradon.

« Mon arc, mon javelot, mon char, tout m’importune, »

Racine.

«Ces deux pensées sont vraies, ajoute M. Vimont , )> mais 1 une est présentée sans passion, sans talent, l’autre )> est le vrai langage de la nature (2). » La poésie est donc la passion et le langage de la nature; mais alors que restera-t-il à l'éloquence ? De plus, avez-vous besoin d’une faculté spéciale pour sentir la passion et pour trouver ie langage de la nature ? Le dernier vers est l’œuvre d’un esprit qui se représente les objets sous leur aspect pittoresque, et qui est doué par conséquent d’une bonne per-

(2) Ibid., p.

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ception et d une bonne mémoire de la configuration et du coloris; et quand meme il faudrait entendre, comme M. Yimont, par poésie * «une vivacité, une tournure )> d’expression qui n’est pas toujours idéale (1),» il ne serait pas nécessaire de recourir à d autres facultés que la perception et la mémoire , pour expliquer cette vivacité d’expression.

Mais indépendamment de cet esprit poétique si mal défini, M. Yimont a posé encore une faculté qu’il appelle sens du beau dans les arts , ou goût du beau (2). Quoi ! vous établissez un goût général pour le beau, quel que soit l’art qui l’exprime! Encore une fois que deviennent vos accusations contre les philosophes , qui, dites-vous, n’admettent que des généralités, et qui ne reconnaissent qu’une seule perception , qu’une seule mémoire, qu'un seul -jugement , qu’un seul goût, qu’une seule imagination? Yous reconstruisez pièce à pièce l’édifice que vous vouliez détruire. Mais voyons en quoi consiste ce goût du beau. «Il a pour objet, ditM. Yi- » mont , la disposition ou l’arrangement du sujet (3). Les )> productions de Virgile sont supérieures à celles d’Ho- )> mère , sous le rapport du goût ; . . . . le sens du beau , » dans les arts, produit encore la correction du dessin (4) . »

J’aurais pensé que la perception et la mémoire de la configuration, jointe à l’adresse manuelle, aurait suffi à la correction du dessin. Je ne vois pas trop comment

(2) Ibid., p. Ml.

(3) Ibid., p. Mb.

{l) Ibid., p. MO.

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