‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 92 sur 181 · CONFUSION DE LA FACULTÉ MORALE · texte numérisé non relu

CONFUSION DE LA FACULTÉ MORALE

mière sur la conscience morale , et ils Font très-nettement distinguée de la bienveillance et du sentiment religieux. Le docteur Gall a écrit une excellente page sur la distinction du sens moral et du sentiment religieux (1), mais comme il s’était contenté de la lecture de Ferguson, sans puiser aux sources plus pures et plus abondantes, ouvertes par Hutclieson et Reid, il a considéré le sens moral comme le degré inférieur de la bienveillance. La différence est ici de nature et non de degré. Je n'ai pas besoin de donner une longue démonstration à ce sujet , car le docteur Gall , dans le trésor de ses contradictions, ne manquera pas de me fournir plus d’un aveu à l’appui de la distinction que je veux établir : il dit d’une part : « Entre le sens moral et la bienveillance la diffô- » rence est du plus au moins; les personnes les plus mo- » raies ont toujours été remarquables par un grand fond » de bienveillance (2). » Et de l’autre, il écrit : « Dans » les actes de pur devoir, l'homme n’est ému par aucun » sentiment vif ou exalté; c’est pourquoi souvent des )) hommes tout en oubliant leur devoir et les actes les » plus ordinaires de justice font preuve de la plus noble » bienveillance, lorsque des événements malheureux ont » éveillé leur sensibilité (3). » La conscience qui ordonne et prescrit certains actes est donc autre chose que la sensibilité, qui s’émeut à la vue du malheur. La première produit un jugement, la seconde un sentiment. Si la bienveillance était le degré supérieur du sens moral, tout homme bien veillant serait juste , personne ne pratiquerait

(1) Anatomie, t. 4, p. 257.

(3) Ibid,, p. 208.

avec la bienveillance.

la bienveillance en violant la justice. Gall écrit encore :

« Lorsque la bienveillance donne trop de latitude à la )> méchanceté , et que celle-ci s’enhardit par Finduli) gence, le sentiment du juste reprend ses droits : il » n’est pas juste que la bonté devienne le jouet de l’en- )> vie, de la malignité et de l’ingratitude (1). » Le docteur nous montre ici le sens moral et la bienveillance en contradiction Fun avec l’autre ; ils ne sont donc pas les degrés divers d une seule et même faculté. Enfin , il ajoute pour prouver que les animaux ont une bienfaisance active : « Des chiens se jettent à l’eau pour sauver ceux qui » se noient.... ils assaillent avec fureur des assassins....

» il ne serait même pas difficile de prouver que plusieurs )> espèces d’animaux sont pourvus jusqu à un certain de- » gré d’un sens moral , d’un sentiment du juste et de Fin- » juste (2). b Plus haut, la bienveillance était le degré supérieur du sens moral , ici le sens moral est le degré supérieur de la bienveillance. Le docteur Gall a donc démontré lui-même la différence de nature qui existe entre le sens moral et la bienveillance : « Le sens moral , )> a-t-il dit, se renferme dans les choses de première né- » cessité. Le but de la bienveillance quoique moins né- )> cessaire est beaucoup plus élevé : le juste ne fait que » son devoir, ses actes ne sont point méritoires (3). » "V oilà le sens moral sans la bienveillance ; ces hommes dont parle le docteur, qui « tout en oubliant leur devoir )> et les actes les plus ordinaires de justice , font preuve » de la plus noble bienveillance (4) , » nous montrent

(3) Ibid., 207-208.

(4) Ibid., p. 208.

234 THÉORIE PHRÉNOCOGIQÜE

la bienveillance séparée du sens moral : il est done impossible de ne voir ici que les nuances d une seule et même faculté.

S 3. Théorie phrénologique sur la faculté morale.

Spurzheim a senti les contradictions de son maître, et il a fait deux facultés du sens moral et de la bienveillance; mais il a laissé planer sur la première les ténèbres que Gall y avait amassées. Les notions du sens moral , comme nous l'avons dit, peuvent se résumer ainsi : 1° tempérance, courage, prédominance de l'esprit sur le corps : morale individuelle ; 2° ne nuire à personne et servir ses

proches : justice obligatoire , première partie de la morale sociale ; 3° servir tous les hommes : générosité , dévouement , deuxième partie delà morale sociale. Ce sont là des prescriptions précises, claires, fécondes, à l'aide desquelles on peut écrire les codes de toutes les nations. Ga 11, au contraire, fait du sens moral une sorte de cachet dont nous pouvons arbitrairement marquer telle ou telle action. «Quand w il est convenu que telle chose est bonne ou mauvaise, » juste ou injuste, le sens moral devient le régulateur de » nos actions (1). » Mais quelle lumière indique que telle action est juste ou injuste, si ce n'est pas le sens moral? Dès que vous pouvez convenir de la justice et de l'injustice, sans le secours du sens moral, vous n’avez pas besoin de lui pour régulariser vos actions. «Le sens moral n'est » pas le principe d’un acte déterminé , il est le principe

Page 1