CONFUSION DE LA FACULTÉ MORALE, ETC
saire de la comprendre , et qu’il ne peut la comprendre s’il n’a pas l’idée de vertu. Prétendre que les hommes font naturellement la distinction du bien et du mal, ce n’est pas affirmer qu’ils agissent tous et toujours en vertu de cette distinction. Le jugement n’entraîne pas la conduite , et nous ne nous occupons ici que des jugements.
Nous pensons donc qu’une faculté particulière de notre esprit est chargée de nous donner le modèle de notre conduite. Ce modèle décrit depuis longtemps par Socrate a pour traits généraux la prédominance de l’esprit sur le corps, la justice et la générosité. La justice est de ne nuire à personne et de servir ses proches ; elle est une obligation. Au-dessus d’elle est la générosité inobligatoire, dont le mérite est par conséquent plus relevé. La conception , je ne dirai pas l’exécution de ce modèle , se trouve à toutes les époques de î histoire , même chez les sauvages , qui chantent au milieu des supplices leur chanson de mort , et chez les tribus féroces, où pour soustraire les vieillards, soit aux mains de l’ennemi vainqueur , soit aux souffrances d’une lente agonie, les fils égorgent leurs vieux parents. Avec de la sagacité et de la bonne foi on reconnaîtra toujours comment les circonstances extérieures peuvent voiler ou découvrir une partie des conceptions morales , et comment le fond reste le même sous toutes les variations de la forme.
§ 2. Confusion de la faculté morale avec la bienveillance.
Hutcheson et Reid ont versé à pleines mains la lu-