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Revue de l'hypnotisme, février

souvent elle est rigideou élastique», etc. Ce sont là, au dire du professeur Bernheim, des faits « intéressants et fréquents, à côté desquels les cliniciens passent journellement sans les constater, faute de les rechercher », et en les caractérisant ainsi, il en donne presque la définition que nous avons nous-même donnée des phénomènes cryptoïdes.

Tout le monde a plus ou moins entendu parler des faits bizarres et encore controversés que M. de Rochas a décrits sous le nom d'extériorisation de la sensibilité et que le Dr Paul Joire, de Lille, a reproduits et vérifiés. Ils consistent en ce que chez certains individus plongés dans un état hypnotique profond la sensibilité disparaît de la surface du corps et semble se projeter au dehors, à des distances plus ou moins grandes de la peau, ou même se fixer dans les objets tenus en contact avec ces individus pendant un certain temps.

On a objecté à ces expériences — du moins nous avons personnellement entendu faire Fobjection par un médecin éminent, très expert dans toutes les choses de l'hypnotisme — que si l'extériorisation de la sensibilité se produisait en effet spontanément dans les états profonds de Fhypnose, il était bien surprenant qu'on ne l'eût jamais constatée avant M . Rochas, au cours de tant d'expériences où d'innombrables sujets avaient été sans doute plongés dans des états de somnambulisme profond. Mais le phénomène, pourrait-on dire, est justement un de ceux que l'on ne constate qu'à la condition de lui appliquer son révélateur propre, lequel dans ce cas consiste en une excitation brusque et quasi-instantanée (pincement ou piqûre) localisée en un certain point à distance de l'organisme. En pinçant ou piquant à même la peau, l'expérimentateur traverse certainement la couche sensible, et cependant aucun effet apparent ne se produit .

S'il nous est permis de parler ici d'expériences auxquelles nous avons personnellement assisté, nous avons pu constater le fait au cours d'expériences où on se proposait d'étudier un phénomène tout différent. Il s'agissait en effet d'observer les modifications produites dans la sensibilité cutanée d'un sujet

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par la présentation de la main d'un expérimentateur vis-à-vis de telle ou telle partie de son corps, à 8 ou 10 centimètres de la peau. Le sujet (un jeune homme d'une vingtaine d'années) n'était pas même endormi : on s'était contenté de lui bander les yeux de façon à être bien sûr qu'il ne pouvait rien voir de ce qui se passait autour de lui, et tous les assistants, sans exception, observaient un silence absolu, afin d'écarter toute possibilité de suggestion. Or, dans ces conditions, on observait qu'après 30 ou 40 secondes de présentation, il se produisait une anesthésie nettement localisée dans les parties visées parla main, et dans ces parties seulement. Du moins le sujet déclarait spontanément tous les contacts pratiqués sur les autres points de son corps et restait muet chaque fois que le contact avait lieu au point visé par la main de l'expérimentateur. Nous eûmes alors l'idée de pincer brusquement l'air à quelque distance au-dessus du point anesthésie, sans prévenir personne de notre intention ; et aussitôt tout le monde put voir la main du sujet (où se trouvait le point anesthésie) faire un brusque mouvement, tandis que les plus forts pincements pratiqués à même la peau n'avaient provoqué jusque-là aucune réaction ; et, chose singulière, le mouvement quasiréflexe delà main ne s'accompagna d'aucune sensation consciente pour le sujet, qui ne parut pas en avoir la moindre perception. Le même phénomène fut vérifié dans d'autres séances, à plusieurs reprises.

On pourrait aller plus loin encore. Supposé que l'extériorisation de la sensibilité soit un phénomène authentique et réel (non le résultat d'une illusion des observateurs), rien ne nous autorise à prétendre que ce soit un phénomène rare, accidentel, anormal, qui ait besoin pour se produire d'un état hypnotique particulier. (En fait , comme on vient de le voir, nous l'avons constaté chtjz un sujet à l'état de veille.) Peut-être, au contraire, est-ce un phénomène normal universel, mais cryptoïde, c'est-à-dire que l'on ne sait pas encore mettre en évidence au moyen d'un révélateur approprié.

Voici en tout cas des expériences dont nous avons été

témoin, qui, toutes réserves faites sur la possibilité d'erreurs d'observation inaperçues, sembleraient appuyer cette hypothèse.

En premier lieu l'expérimentateur tient pendant un certain temps (cinq minutes environ) un verre à moitié plein d'eau entre ses deux mains, Tune soutenant le verre, l'autre posée au-dessus, puis il se porte vers le sujet, lequel esta l'autre extrémité de la salle, en état de somnambulisme, et les yeux hermétiquement bandés ; il lui donne le verre d'eau à tenir d'une main, en lui recommandant d'y plonger un ou deux doigts de l'autre main : cela fait, il revient à son poste et fait signe à l'un des assistants, sans prononcer une parole, de le pincer ou le piquer à la main qu'il avait posée au-dessus du verre. A chaque fois que l'expérimentateur est piqué ou pincé, le sujet tressaille et déclare spontanément qu'il se sent piqué ou pincé à la partie correspondante de sa propre main.

En second lieu, l'expérimentateur, après avoir tenu quelque temps un verre d'eau entre ses mains comme dans l'expérience précédente, le pose sur une table à la portée d'un des assistants ; puis il se rend à l'autre extrémité de la salle, vers le sujet mis préalablement en somnambulisme, les yeux hermétiquement bandés, et il prend une de ses mains dans les siennes. A partir de ce moment, chaque fois que l'assistant pratique un pincement, une piqûre, un contact quelconque sur l'eau du verre ou sur l'air placé au-dessus, le sujet tressaille et accuse spontanément des sensations correspondantes.

Tout ne se passe-t-il pas dans ces deux expériences comme si l'expérimentateur, ayant extériorisé sa sensibilité dans un objet matériel, restait en communication avec cet objet par des espèces de lignes de force telles que toute impression faite sur son système nerveux se répercutait immédiatement sur l'objet et réciproquement toute impression faite sur l'objet se répercutait immédiatement sur son système nerveux, le sujet servant simplement de réactif ou de révélateur en raison de son impressionnabilité infiniment plus délicate ? Si telle est

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bien l'interprétation qu'il convient de donner de ces expériences singulières, on reste confondu de la quantité d'actions subtiles, insaisissables, que nous devons à chaque instant exercer sur tous les objets qui nous entourpnt et vraisemblablement aussi sur nos semblables ou que nous devons en recevoir et qui nous restent absolument inconnues, insoupçonnées, faute de révélateurs appropriés. Que de lignes, que de courants croisés en tous sens, mais non cependant enchevêtrés, dans les fourmillantes profondeurs de Féther ! Qui sait si le poète n'accusait pas injustement la nature lorsqu'il s'écriait :

Nature au front serein, comme vous oubliez ! Et comme vous brisez dans vos métamorphoses Les fils mystérieux où nos cœurs sont liés !

Qui sait s'il ne faut voir qu'une boutade dans cette parole d'un savant contemporain (n'est-ce pas Berthelot ?) qu'il serait peut-être encore possible, à l'heure où nous sommes, de retrouver et de photographier l'image d'Alexandre sous quelque roche où il aura dormi quelques instants, pendant son expédition à travers FAsie ?

il serait intéressant, pour compléter l'étude de cette première catégorie de phénomènes, d'étudier aussi les différentes sortes de réactifs ou de révélateurs.

Il semble que dans certains cas il suffise, pour révéler un phénomène, d'interrompre, de suspendre un autre phénomène qui annule le premier en l'empêchant de se manifester directement à nos sens ou tout au moins de produire quelque effet sensible. On sait en effet — et nous essaierons nous-mêmes de le montrer plus loin — que les causes naturelles peuvent s'interférer, et dans ce cas, ou bien elles se neutralisent mutuellement, ou bien l'une d'elles est complètement éclipsée par l'autre. Ce qui a si longtemps empêché les anciens de

connaître la pesanteur de l'air, c'est que les pressions de toutes les molécules de l'atmosphère se faisant mutuellement contrepoids, il n'était possible d'en manifester les effets sur un point qu'à la condition de les supprimer sur un autre, comme l'ont fait Torricelli et Pascal. La lumière des étoiles ne devient visible en plein jour que si on se place dans des conditions où elle parvient directement à l'œil (par exemple au fond d'un puits de mine), sans être interceptée par la lumière du soleil.

Dans d'autres cas, le révélateur ne fait pas autre chose qu'arrêter au passage et rendre sensible, en la retardant, en la redoublant sur elle-même, une action qui partout ailleurs traverse trop rapidement, trop librement tous les milieux pour qu'il soit possible de la saisir. C'est ainsi que sans les corps isolants ou mauvais conducteurs nous n'aurions jamais pu nous rendre compte de l'existence de l'électricité. Un de nos plus pénétrants philosophes contemporains, M. Bergson, semble avoir placé dans une action d'arrêt de ce genre l'explication de la perception extérieure telle qu'il la conçoit. 11 s'agit selon lui d'expliquer1 « non comment la perception naît, mais comment elle se limite, puisqu'elle serait en droit l'image du tout, et qu'elle se réduit en fait à ce qui nous intéresse ». En effet, « ce qui est donné, c'est la totalité des images du monde matériel avec la totalité de leurs éléments intérieurs. Mais si vous supposez des centres d'activité véritable, c'est-à-dire spontanée, les rayons qui y parviennent et qui intéresseraient cette activité, au lieu de les traverser, paraîtront revenir dessiner les contours de l'objet qui les envoie », et plus loin, « si l'on considère un lieu quelconque de l'univers, on peut dire que l'action de la matière y passe sans résistance et sans déperdition, et que la photographie du tout est translucide : il manque derrière la plaque un écran noir sur lequel se détacherait l'image. Nos zones d indétermination (ce sont les êtres vi vants et conscients qui sont ainsi

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