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LA CRYPTOPSYCHIE 133

de distraction, cela revient à dire, avec notre auteur, que cet état maladif, substratum de l'hystérie et d'un grand nombre d'autres névroses, « se rattache au rétrécissement de la conscience et ce rétrécissement lui-même est dû à la faiblesse de synthèse et à la désagrégation du composé mental en divers groupes plus petits qu'ils ne devraient être normalement. En un mot, cet état est « une faiblesse morale particulière consistant dans l'impuissance, qu'a le sujet faible de réunir, de condenser ses phénomènes psychologiques, de se les assimiler )> ; et de même qu'une faiblesse d'assimilation du même genre a recule nom misère physiologique, on peut proposer d'appeler ce mal moral la misère psychologique. En tout cas, quelle que soit la nature profonde et le substratum physique de cet état de misère mentale, son signe le plus constant, sa manifestation la plus essentielle est sans contredit la cryptopsychie, c'est-à-dire la tendance de certain phénomènes psychologiques à s'isoler de la conscience centrale pour constituer à côté et en dehors d'elle des foyers de conscience secondaire plus ou moins étendus et persistants. Dès lors, la majeure partie des symptômes hystériques relèvent évidemment de la cryptopsychie, comme il est facile de s'en rendre compte en parcourant la liste de ces symptômes, idées fixes, anesthésies, amnésies, paralysies, contractures, etc.

Elle ne joue pas un rôle moins considérable dans Y hypnotisme, ainsi que l'avait déjà pressenti l'esprit original et pénétrant de Durand (de Gros) . On pourrait même se demander, avec Pierre Janet, si elle ne mérite pas, au moins autant que la suggestion, d'être considérée comme la « clé de tous les phénomènes hypnotiques » , bien mieux si elle ne contient pas l'explication de la suggestion elle-même.

Tout d'abord, elle seule permet, ce semble, de se rendre compte de certaines suggestions qui au premier abord paraissent tout à fait incompréhensibles, à savoir les suggestions post-hypnotiques à plus ou moins longue échéance. Si je suggère à un sujet hypnotisé, qu'une fois réveillé, il embrassera une certaine personne dès qu'il la verra, on comprend qu'il

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conserve dans son esprit une association latente entre l'idée de cette personne et l'idée de l'acte suggéré : nous-mêmes nous conservons à notre insu une multitude d'associations analogues ; par exemple la vue de telle personne doit réveiller plus tard en nous telle idée triste ou gaie à laquelle nous ne pensons pas actuellement. Mais le cas est-il le même, lorsque je suggère à un sujet qu'il reviendra me voir au bout de treize jours ? Gomment comprendre, dit M. Paul Janet, ce réveil à jour fixe sans aucun point de rattache que la numération du temps l ?

La cryptopsychie éclaircit ce mystère. De même que, nous l'avons vu, le somnambule éveillé peut accomplir sans en avoir conscience des actes intellectuels plus ou moins compliqués de jugement et de raisonnement, de même il peut compter les jours et les heures qui le séparent de l'accomplissement d'une suggestion, quoiqu'il n'ait aucun souvenir de cette suggestion ni aucune conscience de ce calcul.

C'est encore la cryptopsychie qui nous donnera le mot de certaines suggestions paradoxales dites suggestions d'hallucination négative ou, comme le propose M. Pierre Janet, suggestions d'anesthésie systématisée. Elles consistent en ce que le sujet une fois réveillé cesse de percevoir les personnes ou les objets dont on lui a suggéré la disparition. S'agit-il dans ce cas d'une paralysie des centres sensoriels qui les rendrait en effet insensibles à telle personne ou à tel objet? Ou bien avonsnous plutôt affaire à une sorte de parti pris du cerveau qui annule en quelque sorte une perception cependant très réelle, de manière à la rendre inconsciente ou plutôt subconsciente ? Voici une expérience de Binet et Féré2 qui tranche la question. « Entre dix cartons d'apparence semblable, nous en désignons un à la malade et celui-là seul sera invisible. A son réveil en effet nous lui présentons successivement les dix cartons ; celui-là est invisible sur lequel nous avons, pendant le somnambulisme, attiré son attention. Si la malade se trompe

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