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Magnétisme animal, 236. Paris, F. Alcan

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quelquefois, c'est que le point de repère vient à lui manquer et que les cartons sont trop semblables ; de même, si nous ne lui montrons qu'un petit coin des cartes, elle les verra tous. » Donc, concluent avec raison MM. Binet et Féré, « il faut que le sujet reconnaisse cet objet pour ne pas le voir ». M. Pierre Janet reprend l'expérience dans des conditions plus précises. «Il met sur les genoux de la somnambule cinq cartes blanches dont deux sont marquées d'une croix. Réveillée dix minutes plus tard, elle s'étonne de voir des papiers sur ses genoux : on la prie de les compter et de les remettre un à un. Elle prend l'un après l'autre trois papiers, ceux qui ne sont pas marqués d'une croix, et les remet. On insiste, on demande les autres, elle soutient ne plus pouvoir en remettre, car il n'y en a plus... On prend tous les papiers et on les étale sur ses genoux, à l'envers, de manière à dissimuler les croix, elle en compte cinq et les remet tous. On les replace en laissant les croix visibles; elle ne peut reprendre que les trois non marqués et laisse les autres l. » L'expérience a pu même être compliquée en remplaçant les 5 cartes par 20 petits papiers numérotés et en suggérant au sujet qu'il ne voit après, à son réveil, que les papiers qui portent des chiffres multiples de 3. Elle donne des résultats identiques.

Mais la cryptopsychie ne permet pas seulement d'expliquer certaines sortes de suggestions : elle nous fait entrer plus profondément dans l'intelligence de la suggestion en général.

Selon l'Ecole de Nancy, la suggestion n'est qu'une conséquence normale de la crédulité et de la docilité naturelles à l'espèce humaine tout entière. Un assez grand nombre de cas semblent se plier à cette interprétation : ce sont tous ceux où le sujet que l'on suggestionne est en effet prévenu de la puissance du suggestionneur et disposé d'avance à en subir les effets. Mais comment pourrait-il en être ainsi, lorsque le sujet au contraire oppose à la suggestion l'incrédulité la plus énergique sans réussir cependant à s'empêcher de ressentir ou

i. Pierre Janet, L'automatisme psychologique, II» p., ch. n, p. 277

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de taire ce que le suggestionneur lui co-mmrmde ? Ne taut-il pas alors supposer en lui une sorte de dédoublement de la personnalité, comme si la personne qui obéit à l'hypnotiseur était différente de l'autre ? C'est là ce que Durand (de Gros) a très excellemment mis en lumière par son analyse du cas, si curieux, de « Laverdant » déjà cité dans son Cours de Braidisme l .

« Le sujet, dit-il, assiste pour la première fois à une expérience d'hypnotisme et en se mettant à la disposition de l'expérimentateur il se propose de « boucher un trou » et rien de plus. Il ne se trouve actuellement sous l'influence d'aucune préoccupation suggestrice, il ne s'attend aucunement à être suggestionné, il ne sait même pas au juste en quoi doivent consister les expériences auxquelles il est venu prendre part, et toute sa pensée, c'est de profiter de l'occasion pour faire « son petit somme » habituel. Il suit toutefois l'instruction qui lui a été donnée de regarder attentivement l'objet placé dans sa main, et cela suffit pour qu'au bout de quelques instants il se sente pris et qu'il le soit réellement. L'hynoptisé, qui n'a pas cessé d'être pleinement éveillé, ne croit pas à la réalisation possible des affirmations de son hynoptiseur, et c'est presque de l'indignation qu'il ressent quand celui-ci pousse l'impertinence jusqu'à lui affirmer qu'il vient de le réduire à ne plus connaître une des lettres de son nom. Et quand le fait annoncé se réalise, il s'en montre stupéfait et consterné non moins qu'aucun des assistants. D'une part sa volonté propre, la volonté dont il a conscience reste entière, puisqu'il veut résister à l'expérience mystérieuse, et qu'il le veut très énergiquement jusqu'au bout. Ce qui fait acte de foi et d'obéissance dans le sujet, ce n'est donc pas lui, à proprement parler, c'est donc un autre moi que son moi2. »

Mais si la cryptopsychie joue un rôle aussi capital dans des suggestions de ce genre, il est infiniment vraisemblable, on l'avouera, qu'elle n'est pas non plus absente des suggestions où le sujet n'oppose aucune incrédulité, aucune résistance apparente aux affirmations et aux commandements de l'hypnotiseur : dans un cas comme dans l'autre la personnalité influencée est sans doute une personnalité secondaire, plus ou moins complètement étrangère à la personnalité normale.

1. Sous le pseudonyme du Dr Philips, Cours théorique et pratique du Braidisme. Paris, 1860.

2. Durand (de Gros), Le merveilleux scientifique, 1894. Paris, F. Alcan.

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Ce qui ^ semble bien le prouver, c'est l'électivité que les sujets manifestent en général pour leur hypnotiseur : c'est lui seul qu'ils croient, c'est à lui seul qu'ils obéissent, souvent même ils ne croient et n'entendent que lui. Gomment comprendre cette électivité, si on ne suppose que l'idée de l'hypnotiseur reste toujours présente dans la subconscience du sujet et qu'elle exerce sur tous ses autres états psychologiques une action particulièrement puissante ?

Dans son très intéressant chapitre sur l'influence somnambidiqiie1, le Dr Pierre Janet conclut d'un grand nombre d'observations très finement analysées qu' « une certaine pensée relative à la personne qui a déterminé le somnambulisme, pensée qui a fait naître des sentiments spéciaux et qui a des caractères particuliers, non seulement accompagne la période d'influence, mais disparaît avec elle. Cette période est d'autant plus marquée que cette pensée est plus puissante. Il semble clone que cette idée de l'hypnotiseur joue un rôle considérable, qu'elle dirige la conduite du sujet, exerce une action inhibitoire sur ses idées fixes, excite son activité et par là même détermine indirectement l'amélioration de la santé, le développement de la sensibilité, de l'intelligence et de la volonté qui semble caractériser cette période ». Ce n'est donc pas uniquement la suggestion qui détermine, comme le prétend l'École de Nancy, tous les phénomènes de l'influence somnambulique, c'est au contraire dans bien des cas cette influence, cette domination de l'hypnotiseur qui détermine la suggestion elle-même, et nous venons de voir que cette influence n'est elle-même qu'une forme spéciale de cryptopsychie.

Peut-on aller plus loin et rattacher à la cryptopsychie la suggestion elle-même entendue au sens le plus général ? Telle paraît bien être la doctrine de M. Pierre Janet, ou du moins la suggestion et la cryptopsychie lui paraissent être l'une et l'autre des conséquences d'un même état fondamental, de cet

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