Pierre Jane', Névroses et ideco fixas, I, p. 4oo
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état de misère psychologique caractérisé par une tendance constante à la désagrégation mentale, où les phénomènes subconscients se produisent et s'organisent en dehors de la conscience centrale avec la plus extrême facilité.
Peut-être suffirait-il, pour éclaircir la question, de distinguer plus nettement que nous ne l'avons fait jusqu'ici la suggestion à l'état d'hypnose et la suggestion à l'état de veille.
La première accompagne l'hypnotisme et, quoi qu'en dise l'Ecole de Nancy, est certainement conditionnée par lui. Or l'hypnotisme a pour effet de substituer à la personnalité normale, plus ou moins capable de juger et de se conduire par elle-même, une seconde personnalité dont le caractère le plus manifeste est justement une suggestibilité extraordinaire ; et ce qui prouve bien que cette personnalité seconde constitue comme une conscience nouvelle, étrangère à la conscience habituelle du sujet hypnotisé, c'est qu'au réveil celle-ci ne garde plus aucun souvenir de tout ce qui a pu affecter cellelà. L'hypnose, à ce point de vue, est en quelque sorte un phénomène de cryptopsychie totale et consécutive : elle fait se succéder dans le même individu deux systèmes d'états psychologiques tels que le second est totalement extérieur au premier et, par rapport à lui, inconscient. Mais ce second système est lui-même tout prêta se décomposer en autant de systèmes distincts que l'on voudra, et c'est en cela que consiste sa suggestibilité caractéristique ; car la suggestibilité n'est autre chose que la tendance d'un état psychologique quelconque à dérouler automatiquement toute la suite de ses associations, sans être entravé ni contrôlé dans son développement par l'ensemble des autres états, c'est-à-dire par l'intelligence et la volonté de la personne.
La suggestion à l'état de veille est surtout possible, comme l'expérience le montre, chez des sujets qui viennent d'être hypnotisés ou qui sont susceptibles de l'être. Dans le premier cas, elle suppose la réapparition de la personnalité seconde ou hypnotique à côté de la personnalité principale ou habituelle1. 1. Cf. P. Janet, L'automatisme psychologique, IIe p., ch. n, p. 324. « En
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Dans le second cas, qui est d'ailleurs moins fréquent, sous une influence encore mal définie, mais qui est certainement de même nature que celle qui produit l'hypnose, le sujet entre spontanément et d'une façon plus ou moins complète en état d'hypnotisme. Une partie de sa personnalité se sépare du reste, et c'est justement cette partie ainsi séparée qui subit et exécute les suggestions, souvent malgré la résistance ou l'incrédulité de l'autre partie. Dans les deux cas par conséquent, la suggestion à l'état de veille réelle ou apparente nous apparaît comme une cryptopsychie partielle et simultanée ; partielle, en ce sens qu'une partie seulement des états psychologiques de l'individu s'isole de l'ensemble pour constituer un foyer latéral; simultanée, en ce sens que ce foyer coexiste avec la personnalité principale ou habituelle.
La cryptopsychie contient-elle une explication intégrale du spiritisme? — La question, selon nous, n'est pas encore susceptible d'une réponse définitive ; mais il est certain en tout cas que la cryptopsychie intervient constamment dans la plupart des phénomènes présentés par les médiuns, écriture automatique, message transmis parla planchette ou par la table, phénomènes dits d'incarnation, etc., etc. Évidemment si la personnalité secondaire qui se manifeste ainsi était réellement, dans certains cas, distincte du médium lui-même, nous nous trouverions alors en présence d'un fait nouveau, qui ne pourrait plus s'expliquer par les seules lois de la psychologie ordinaire; mais dans la grande majorité des cas, cette hypothèse de l'intervention d'une personnalité étrangère est, on l'avouera, absoluement inutile et gratuite, et par conséquent,
étudiant, chez certains sujets, cette seconde personnalité qui s'est révélée à nous au-dessous de la conscience normale, on ne peut se défendre d'une certaine surprise. On ne sait comment s'expliquer le développement rapide et quelquefois soudain de cette seconde conscience... Notre étonnement cessera si nous voulons bien remarquer que cette forme de conscience et de personnalité n'existe pas maintenant pour la première fois. Nous l'avons déjà vue quelque part et nous n'avons pas de peine à reconnaître une ancienne connaissance : elle est tout simplement le personnage du somnambulisme qui se manifeste de cette nouvelle manière pendant l'état de veille. »
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jusqu'à plus ample informé, s'impose seule la première explication par la cryptopsychie, telle que nous venons de l'exposer.
Nous en dirons autant des cas de possessioîi si fréquents au moyen âge. Pour eux aussi l'explication cryptopsychique s'impose jusqu'à plus ample informé. Sur ce point, rien n'est plus instructifque l'observation du Dr Pierre Janet dont nous avons déjà parlé. Son malade, Achille, présentait tous les signes classiques de la possession : dédoublement de la personnalité1, hallucinations2, insensibilité3, etc. Cependant, grâce à l'écriture automatique, il devint possible de vérifier l'origine cryptopsychique de son délire, et l'on sait comment ce délire lui-même fut guéri par un ingénieux emploi de l'hypnotisme et de la suggestion.
Résumons donc toute cette énumération en disant que la cryptopsychie est un principe d'explication très général que la psychologie expérimentale ne doit jamais perdre de vue clans l'étude des phénomènes plus ou moins anormaux ou paradoxaux delà nature humaine.
Maintenant, comment peut-on expliquer la cryptopsychie elle-même ?
1. Il murmurait des blasphèmes d'une voix sourde et grave : « Maudit soit Dieu, disait-il, maudite la Trinité, maudite la Vierge... » puis d'une voix plus aiguë et les yeux en larmes : « Ce n'est pas ma faute, si ma bouche dit ces horreurs; ce n'est pas moi... je serre les lèvres pour que les mots ne partent pas, n'éclatent pas tout haut : cela ne sert à rien. » Névroses et idées fixes, t. I, p. 38J.
2. « Achille entendait parler ou rire d'autres démons en dehors de son corps et voyait un diable devant lui. » IbicL, p. 385.
3. « Quand il tordait ses bras en mouvements convulsifs, on pouvait les piquer et les pincer sans qu'il s'en aperçût. Bien souvent Achille se frappait lui-même, il se déchirait la figure avec ses ongles, et il n'éprouvait aucune douleur. J'essayai, comme dernière ressource, s'il n'était pas possible de l'endormir pour le dominer davantage pendant un état hynoptique ; tout fut inutile ; par aucun procédé je ne pus réussir ni à le suggestionner, ni à l'hypnotiser ; il me répondit par des injures et des blasphèmes, et le diable parlant par sa bouche se railla de mon impuissance. Il en était de môme autrefois : quand le docteur disait au démon de se taire, le démon répondait brutalement : « Tu me commandes de me taire et moi je ne veux pas me taire ». Ibid., p. 386.
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Il serait téméraire de prétendre avancer autre chose que des hypothèses dans un ordre de faits encore si mal connu et si profondément mystérieux.
L'hypothèse la plus ancienne, la première en date, est, ce semble, celle de Durand (de Gros), l'hypothèse du polyzoïsme et du polypsychisme humains. « Il n'y a pas qu'un seul individu psychologique, qu'un seul moi dans l'homme, dit Durand (de Gros), il y en a une légion, et des faits de conscience avérés comme tels, qui restent néanmoins étrangers à noire conscience, se passent dans d'autres consciences associées à celles-ci dans l'organisme humain en une hiérarchie anatomiquement représentée par la série des centres nerveux du système ganglionnaire l. »
Nous n'indiquons que pour mémoire l'hypothèse simpliste de la dualité cérébrale et de l'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux, à laquelle certains ont eu recours pour expliquer le développement de deux consciences parallèles dans les phénomènes du somnambulisme et du spiritisme2.
Faut-il voir un essai d'explication ou simplement une iaçon commode d'exprimer ou de représenter les faits dans l'hypothèse proposée par le Dr Grasset du polygone et du centre 0?
« Il y a, dit le D1' Grasset, deux psychismes, deux catégories d'actes psychiques ; des actes supérieurs, volontaires et libres et des actes inférieurs, automatiques : psychisme supérieur et psychisme inférieur. A chacune de ces catégories d'actes correspondent nécessairement des groupements différents de centres ou des groupements de neurones. Il y a donc : 1° des centres de réflexes simples; 2° des centres de réflexes supérieurs, d'automatisme inférieur, non psychique; 3e des centres d'automatisme supérieur psychique, psychisme inférieur; 4° des centres de psychisme supérieur, conscient,