LA TÉLÉPATHIE
ï. — Le mot télépathie qui signifie action de sentir ou de percevoir au loin, est devenu dans ces derniers temps d'un usage courant pour désigner un certain ordre de faits qui a été surtout étudié en Angleterre et en Amérique, principalement par la Société des Recherches psychiques {Society for psychical Research) et qui a de grandes affinités avec d'autres faits plus anciennement connus sous les noms de pressentiment, double vue ou seconde vue, suggestion mentale et transmission de pensée.
On pourrait, il est vrai, comprendre les uns et les autres dans le même groupe, et généraliser le sens du mot télépathie de manière à en faire le nom du groupe tout entier. Il désignerait alors toute espèce de phénomène dans lequel un être humain perçoit à distance et sans le secours des sens ordinaires soit la volonté ou la pensée d'une autre personne, soit des événements qui se produisent dans des lieux plus ou moins éloignés, soit même des faits encore à venir ou enfouis dans le passé le plus reculé .
Mais l'usage semble donner un sens plus étroit et plus précis au mot télépathie, et c'est pourquoi nous avons proposé 1 de donner le nom de télépsychiques à l'ensemble de ces phénomènes.
Appartiendront alors en propre à la télépathie tous les cas
1. Voir chapitre iv. « Un essai de classification des phénomènes psychiques.
dans lesquels un individu A perçoit spontanément ce qui arrive à un autre individu B séparé de lui par un plus ou moins grand intervalle.
Voici un exemple caractéristique de télépathie dont le récit a été fait par Agrippa d'Aubigné :
« Le roi étant en Avignon, le 23 décembre 1574, y mourut Charles, cardinal de Lorraine. La reine (Catherine de Médicis) s'était mise au lit de meilleure heure que de coutume, ayant à son coucher, entre autres personnes de marque : le roi de Navarre, l'archevêque de Lyon, les dames de Retz, de Lignerolles et de Sauves, deux desquelles ont confirmé ce discours. Comme elle était pressée de donner le bonsoir, elle se jeta d'un tressaut sur son chevet, mit les mains au-devant de son visage et avec un cri violent appela au secours ceux qui l'assistaient, leur voulant montrer auprès du lit le cardinal qui lui tendait la main. Elle s'écriait plusieurs fois : « Monsieur le cardinal, je n'ai que faire avec vous ». Le roi de Navarre envoie au même temps un de ses gentilshommes au logis du cardinal, qui rapporta comment il avait expiré au même point. »
L'étude des faits de télépathie a été surtout poursuivie de notre temps en Angleterre et en Amérique par une Société qui compte dans ces deux pays, surtout dans le premier, un grand nombre de représentants et qui s'est donné le nom de Société pour les recherches psychiques [Society for Psychical Research). Les résultats de cette étude sont consignés dans le livre deGurney, Myers et Podmore, intitulé Phantasmsof the Living (Fantômes des vivants) traduit en français et abrégé par Marillier sous le titre iï Hallucinations télépathiqnes1. En France, la revue du Dr Dariex, les Annales des Sciences psychiques, a réuni un assez grand nombre de faits du même genre. La principale préoccupation de ceux qui ont entrepris cette étude a été d'entourer les récits et témoignages ainsi recueillis et enregistrés des garanties d'authenticité les plusnombreuses et les plus sérieuses possible.
1. 4» éd. 1905, avec préface de Gh. Richet, Paris, Félix Alcan.