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L\ TÉLÉPATHIE

Nons n'entrerons pas dans les détails de la statistique où elle en a résumé les résultats et à laquelle elle s'est efforcée d'appliquer les principes du calcul des probabilités.

Disons seulement qu'elle a conclu à la probabilité d'un rapport de cause à effet entre l'hallucination télépathique et 1 événement connu par cette hallucination : si la concordance entre l'une et l'autre était due au hasad, la proportion^ serait de 1/9000 tandis quelle est de 1/43.

II. — En admettant cette conclusion, comment se représenter le mécanisme par lequel la télépathie se produit.

Nous ne pouvons faire à cet égard que des hypothèses ; et ces hypothèses consistent, en somme, à assimiler plus ou moins complètement la télépathie, soit aux phénomènes de suggestion mentale et d'action à distance, soit aux phénomènes de clairvoyance et de lucidité que les anciens magnétiseurs prétendent avoir souvent constatés.

Si nous reprenons le nom générique de télépsychie pour désigner l'ensemble de ces phénomènes, nous distinguerons une télépsychie active dans laquelle le rôle principal appartient à l'opérateur, à celui qui impose sa volonté ou transmet sa pensée, le sujet étant un simple récepteur, et une télépsychie passive ou plutôt perceptive dans lequel le rôle principal appartient au sujet, à celui qui voit ou perçoit l'événement à distance.

Ces deux sortes de télépsychie sont combinées d'une façon étroite et presque inextricable dans la plupart des cas : elles peuvent cependant se produire séparément.

Soit par exemple un sujet hypnotique ou magnétique qui s'endort ou s'éveille chaque fois que je lui envoie l'ordre de s'endormir ou de s'éveiller, et seulement alors, qui devine ma pensée dès que je fais un effort pour la lui communiquer, mais qui cesse de la deviner dès que j'interromps cet effort : il est clair que dans un tel exemple le côté actif de la télépsychie prime absolument le côté passif ou perceptif. Il en serait de même si je remuais les bras, les jambes, etc., d'un sujet, sans

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qu'il en eût môme conscience, par une série d'actes de volonté connus de moi seul.

Or certains cas de télépathie semblent se rapprocher de ce type : ce sont tous ceux où l'individu, objet de la perception lélépathique, paraît avoir exercé une action positive, tout à fait incompréhensible d'ailleurs, sur celui ou ceux qui ont eu cette perception. On peut croire par exemple que certains mourants ont concentré toutes les forces de leur pensée expirante sur les êtres qui leur étaient chers, et que cette concentration a, malgré la distance, produit une impression télépathique sur les cerveaux de leurs parents ou de leurs amis. On peut même supposer que cette action télépsychique s'exerce parfois spontanément en dehors de toute volonté et non seulement sur des êtres humains, mais même sur des objets matériels. Le portrait d'une personne se décroche et tombe sans cause apparente sous les yeux des membres de sa famille : il n'y a pas là hallucination, vision télépathique : la chute du tableau est un fait réel que tout le monde perçoit : mais elle se produit au moment même où la personne meurt. S'il n'y a pas là une coïncidence fortuite, c'est donc qu'au moment de la mort il s'est produit sous l'influence de la pensée du mourant une sorte de décharge spontanée, analogue à celle d'un condensateur électrique, immédiatement suivie d'oscillations ou ondulations susceptibles de parcourir très rapidement de grandes distances et d'ébranler finalement un objet matériel. Ce serait l'équivalent des ondes hertziennes et de la télégraphie sans fil.

D'autre part, voici un sujet hypnotique ou magnétique qui, soit au moyen du verre d'eau ou de la boule de cristal, soit sur les injonctions de celui qui l'a mis en état de somnambulisme, voit des événements qui se produisent réellement à distance et qui sont d'ailleurs totalement inconnus des assistants : il ne saurait évidemment être question dans ce cas d'une action exercée sur le sujet par les choses ou les personnes qui figurent dans sa vision ; nous avons affaire ici à un cas de télépsychie purement perceptive.

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Une telle faculté de voir, de percevoir ce qui se passe à distance, sans le secours des yeux, des oreilles, des organes ordinaires des sens, existe-t-elle à l'état latent chez quelques êtres humains, peut-être même chez tous, et peut-elle s'exercer spontanément ou être développée artificiellement sous certaines conditions encore inconnues ou mal connues ? — Nous n'avons pas pour le moment à prendre parti dans la question; mais si cette faculté existe, il est infiniment probable qu'elle doit intervenir dans tous les cas de télépathie parfaite, c'est-à-dire dans tous ceux où l'événement lointain, objet de la télépathie, se trouve exactement perçu ou représenté.

Il n'est pas d'ailleurs interdit de combiner les deux hypothèses de la télépsychie active et de la télépsychie perceptive, et cette combinaison semble même indiquée dans la grande majorité des cas.

Voici comment pourrait se formuler cette hypothèse mixte. Premier moment : la volonté ou la pensée, même inconsciente, du mourant dégage une action télépsychique qui chemine instantanément à travers l'espace et qui est comme orientée dans une certaine direction : c'est le moment de la télépsychie active. Second moment : cette action arrivant à un individu déterminé éveille en lui, dans les parties inconscientes de son être, la faculté latente de percevoir ou de se représenter les choses à distance et détermine cette faculté à telle ou telle hallucination plus ou moins véridique : c'est le moment de la télépsychie perceptive.

On aurait tort d'ailleurs d'attacher une importance quelconque à toute tentative d'explication dans un ordre de faits si obscurs et si incertains. Il est infiniment plus urgent d'amasser de nouvelles observations et surtout de faire porter les recherches sur les faits du même ordre auxquels l'expérimentation est applicable, c'est-à-dire sur la suggestion mentale et la lucidité, obtenues artificiellement dans des conditions qui permettent une analyse et un contrôle vraiment scientifiques.

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