CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA TÉLÉPSYCHIE
tact, même passagèrement, avec l'opérateur. Ce contact, qu'il ne peut pas voir, qui ne s'accompagne d'aucun bruit, par quel mystérieux signe en est-il averti ? Est-ce à dire qu'en dirigeant et concentrant toute la force de son attention sur la personne de l'opérateur, le sujet acquière ainsi, malgré la distance qui Ten sépare, une sorte d'intuition de l'état général du système nerveux de celui-ci ? Mais quelle idée se faire de cette communication entre deux systèmes nerveux ? — quelle idée du moins qui puisse se traduire en hypothèses de détail un peu précises et susceptibles d'être vérifiées par des expériences ultérieures ? En tout cas cette communication, si. elle existe, n'est que partielle; car si elle était complète, le sujet verrait ce que voit et entend l'opérateur lui-même, et par conséquent, il verrait et entendrait les autres personnes qui sont vues et entendues par l'opérateur. Donc, cette communication hypothétique, bien que conditionnant l'étendue du champ des perceptions auditives conscientes du sujet, ne porterait directement que sur la sensibilité générale tactile de l'opérateur. En d'autres termes, le sujet sentirait subconsciemment les contacts opérés sur l'opérateur et cette sensation subconsciente serait pour lui comme un signal qui tournerait son attention vers les perceptions auditives et ferait ainsi passer celles-ci de la subconscience à la conscience distincte.
Amenée à ce degré de précision relative, l'hypothèse qui précède permettrait sans doute d'imaginer des expériences propres à éclaircir le problème de la nature du rapport magnétique. 11 faudrait avant toute chose examiner dans quelle mesure les impressions tactiles de l'opérateur se répercutent dans la subconscience du sujet. Ceci une fois connu, on étudierait les relations qui peuvent exister entre ces répercussions subconscientes et les variations des perceptions auditives du sujet.
204 LES PHÉNOMÈNES MAGNÉTOÏDES
Le phénomène del' extériorisation de la sensibilité découvert par M. de Rochas nous paraît présenter beaucoup d'analogie avec le phénomène du rapport. On sait en quoi il consiste.
Le sujet étant endormi et, ajouterions-nous, mis dans l'impossibilité de rien voir par l'apposition d'un bandeau, on place, sans lui donner aucune explication, un verre aux trois quarts plein d'eau entre ses deux mains, de telle sorte par exemple que ce verre repose sur la face palmaire de la main gauche horizontalement étendue, tandis que la face palmaire de la main droite recouvre la partie supérieure, à quelques centimètres au-dessus de l'eau. L'opérateur fait des passes au-dessus de la main superposée au verre et après quelques instants, explore par des contacts, des pincements, des piqûres, etc., la sensibilité de la face dorsale de cette main. Si la sensibilité subsiste, il continue les passes ; mais au bout d'un certain temps, de cinq à dix minutes, le sujet ne réagit plus. Alors, sans rien dire, l'opérateur pince brusquement l'air à trois ou quatre centimètres au-dessus de la peau et immédiatement, le sujet accuse par ses mouvements, par une grimace caractéristique, même par un cri, une sensation très vive. Il en sera de même pour une piqûre pratiquée dans l'air de la même façon. Bien plus si on retire le verre d'entre les mains du sujet, et qu'on l'en éloigne même à plusieurs mètres de distance, tout contact, pincement, piqûre, etc., soit dans l'eau même, soit à quelques centimètres au-dessus, toujours dans le plus profond silence, est immédiatement suivi d'une réaction du sujet.
J'ai expérimenté ce phénomène avec un assez grand nombre de sujets. Chez Lud. S., il s'est produit dès l'origine, en dehors de toute explication, de toute suggestion préalables, avec une netteté et une rapidité extraordinaires. Le seul changement qui se soit produit dans l'évolution du phénomène, c'est que le sujet qui se prêtait d'abord sans résistance, d'une façon en quelque sorte indifférente à ce genre d'expériences, a fini par le reconnaître et le redouter, à cause de l'extrême intensité des sensations, le plus souvent douloureuses, dont il était pour lui l'occasion. Il a fini aussi par se rendre compte du rôle joué par l'eau dans ce phénomène. Spontanément, ilenest venu à sepréoccuper, à s'inquiéterdu traitement réservé à cette eau ; et, comme je lui en demandais un jour la raison, il me fit cette réponse singulière : « C'est que cette eau, c'est moi! » Toutefois, si les sensations éprouvées par