‹ La psychologie inconnueChapitre 73 sur 91 · CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA TÉLÊPSYCHTE · texte numérisé non relu

CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA TÉLÊPSYCHTE

lui dans ce qu'on pourrait appeler sa sensibilité extériorisée paraissaient être infiniment plus vives que les sensations normales correspondantes, elles ne paraissaient pas être nettement localisées. Les contacts, pincements, piqûres, etc., semblaient être ressentis non dans tel ou tel point particulier du corps, par exemple dans la main, mais clans le corps tout entier ; et c'est peut-être là ce qui en explique l'extraordinaire intensité.

Ce phénomène de l'extériorisation ouvre évidemment un champ illimité à nos suppositions et à nos recherches. Faute de temps et de facilités suffisantes pour disposer du sujet à notre gré, nous avons dû nous bornera un petit nombre d'expériences. Nous nous sommes surtout attachés à celles qui permettaient de déterminer le degré de généralité du phénomène.

M. de Rochas paraît avoir considéré l'extériorisation de la sensibilité comme un phénomène exceptionnel, qui ne se produit que chez certains sujets et qui suppose même chez ces derniers un état tout particulier. Nos observations et nos réflexions nous avaient au contraire amené à conjecturer que c'était là un phénomène général, commun non seulement à tous les sujets, mais même à tous les individus de l'espèce humaine, phénomène normal, pourrait-on dire, mais, comme beaucoup d'autres, comdamné à rester cryptoïde tant que les conditions de sa révélation, au sens où on emploie ce mot en photographie, ne se trouvent pas réalisées.

Voici les deux expériences destinées à vérifier cette lnrpothèse, que j'avais déjà faites avec d'autres sujets, et qui, refaites avec Lud. S..., m'ont donné les mêmes résultats.

lre Expérience. — Après avoir endormi Lud. S..., et lui avoir bandé les yeux, je m'éloigne de lui et prends entre mes deux mains un verre à moitié plein d'eau comme si je voulais moimême extérioriser ma sensibilité. Après avoir tenu le verre pendant un certain temps, environ cinq à dix minutes, je m'approche du sujet, qui bien entendu ignore entièrementla manœuvre précédente, je lui fais tenir le verre de la main gauche et introduire dans l'eau l'index et le médius de la main droite; je m'éloigne de nouveau et vais me placer auprès d'un des assistants à qui j'ai dit d'avance, à l'insu du sujet, ce qu'il avait à faire. Chaque fois que ce tiers me pince, me pique, etc., en un endroit

266 LES PHÉNOMÈNES MAGNETOÏDES

quelconque du corps, le sujet réagit instantanément avec une très grande force. Tout se passe donc comme si je m'étais moimême extériorisé dans le verre, et comme si tout ébranlement produit dans mon système nerveux se répercutait le long d'un fil invisible aboutissant au verre d'eau dans le système nerveux du sujet.

2e Expérience. — Je procède tout d'abord comme dans l'expérience précédente: mais, au lieu de placer entre les mains du sujet le verre où je me suis extériorisé, je vais le poser sur une table à côté d'un des assistants prévenu comme il a été déjà dit. Je m'approche alors de Lud. S...,etj'établis un contact entre lui et moi en lui prenant la main. Chaque fois que l'assistant pince, pique, etc., la surface de l'eau, le sujet réagit synchroniquement avec une force extrême. Tout se passe donc cette fois encore comme si l'ébranlement imprimé à l'eau du verre se répercutait le long l'un fil invisible jusqu'à mon système nerveux qui n'en est pas d'ailleurs impressionné, et de là, par une sorte de conduction, jusqu'au système nerveux du sujet qui en reçoit et traduit l'impression consciente.

Le succès de ces deux expériences me fit venir l'idée d'en essayer une troisième qui établirait la possibilité de créer artificiellement une communication des sensibilités entre l'opérateur et le sujet. — Voici comment je procédai : n

Après avoir endormi le sujet et lui avoir bandé les yeux, je mis entre ses mains le verre d'eau destiné à recevoir sa sensibilité extériorisée, puis je pris moi-même un second verre d'eau destiné à recevoir la mienne, et nous restâmes ainsi, le sujet et moi, un certain temps, jusqu'à ce que l'extériorisation se fût produite pour S... Je pris alors son verre et j'allai le placer ainsi que le mien sur une table à quelques centimètres l'un de l'autre. Un fil de cuivre recouvert de gutta-percha, sauf à ses deux extrémités, avait été façonné par moi d'avance en forme d'U. Je chargeai deux assistants, toujours silencieusement, de tenir plongée chacune des extrémités du fil dans chacun des verres. Ce fil servait donc en quelque sorte de conducteur entre les deux récipients. Cela fait, j'allai m'asseoir auprès d'une autre personne également prévenue, à Tinsu du sujet, du rôle qu'elle avait à jouer. Lud. S... était assis à deux ou trois mètres de moi et nous étions tous les deux à trois ou quatre mètres environ de la table où se trouvaient les deux verres. Aussitôt que mon voisin se mit à me pincer, à me piquer, etc., le sujet réagit à chaque fois avec une très grande force. — Tout se passait donc comme si l'ébranlement produit dans mon système nerveux se propageait le long

CONTRIBUTION A l/ÉTUDE DE LA TÉLÉPSYCHIE 267

d'un premier fil invisible jusqu'au verre où j'avais extériorisé ma sensibilité, passait de là par l'intermédiaire du fil de cuivre dans le verre où le sujet avait extériorisé la sienne, puis se propageait enfin le long d'un second fil invisible jusqu'au système nerveux du sujet.

Toutefois, à un moment donné, le sujet cessa de réagir, bien que mon voisin vînt de me tirer les cheveux au-dessus du Iront avec une assez grande force. Je m'imaginai que cet arrêt dans la transmission de mes sensations était dû à la disparition de l'influence contenue dans les verres ; mais en me retournant vers la table, je vis par les gestes de mes deux aides que la véritable cause de l'arrêt était tout autre. L'un d'eux avait trouvé plaisant d'interrompre la communication en retirant de l'eau l'extrémité du fil confié à sa garde. Il avait ainsi, sans le vouloir, institué la contre-épreuve de mon expérience. Dès qu'il eut replongé le fil dans l'eau, la transmission recommença. Le tiraillement des cheveux sur mon front se traduisit pourLud. S... en une sensation d'arrachement éprouvée sur toute l'étendue de la surface du corps ; aussi commença-t-il à se plaindre et à protester, visiblement impatient de voir abréger la séance. Mon voisin eut alors l'idée de recourir à des impressions plus douces. Il prit une de mes mains et la caressa doucement à plusieurs reprises. Nous vîmes aussitôt le bas du visage de Lud. S... s'égayer d'un sourire. « Oh! cela, dit-il, tant que vous voudrez! » — « Pourquoi donc? que vous fait-on maintenant? » — « On me caresse. » De même, Lud. S... ressentit synchroniquement les souffles chauds ou froids envoyés par mon voisin sur la face dorsale de mes mains, mais toujours sous forme d'impressions diffuses auxquelles semblait participer l'organisme tout entier.

Cependant les sensations du goût parurent se transmettre dans des conditions un peu différentes. Gomme j'avalais quelques gouttes de chartreuse, le sujet exécuta synchroniquement des mouvements de déglutition et se mit à dire : « Qu'est-ce que vous me faites boire là ? c'est bien fort ; on dirait de l'eau-de-vie. » J'avalai de nouveau quelques gouttes, silencieusement, comme toujours, cela va sans dire. Nouveau mouvement de déglutition chez le sujet et nouvelle remarque : « C'est fort, mais c'est doux; n'est-ce pas dumalaga ? » Sans répondre j'avalai encore quelques gouttes. Le sujet avale en même temps et s'écrie : « Ne continuez pas, cela me monte à la tète. » Je déclare alors à haute voix que l'expérience me paraît avoir assez duré et qu'il est temps de décharger les verres. Immédiatement le sujet se lève en s'écriant : « Oui, oui où est mon verre ? » et il fait un pas comme pour se porter dans sa direction ; mais il tombe aussitôt de tout son long sur le tapis. Les assistants et moi-même, un peu effrayés, je l'avoue, nous nous empressons de le relever, de le faire asseoir. Je lui demande ce qui lui arrive. « Je suis gris, me répond-il. » Je me hâte de lui enlever le bandeau et de le réveiller. Il ne reste

268 LES PHÉNOMÈNES MAGNÉTOÏDES

plus de trace de son ivresse ; aucun souvenir, ni, à ce qu'il m'assure, aucune fatigue.

11 serait intéressant de reprendre ces expériences, en essayant de déterminer le rôle que joue le verre d'eau dans le phénomène de l'extériorisation , par exenple en faisant varier les éléments dont il se compose, nature du récipient, nature du liquide, etc., ainsi que les circonstances ambiantes.

Au cours de mes séances avec Lud. S..., j'ai observé quelques faits de transmission de pensée qui me paraissent rentrer comme les faits précédents dans le cadre général de la télépsychie.

Je me contenterai de les décrire sans essayer d'en donner d'explication, car je ne vois pas jusqu'ici d'hypothèse qui permette de soumettre ce genre de phénomènes à une expérimentation régulière. On peut sans doute essayer de les provoquer, mais comme on le fait sans idée directrice, et pour ainsi dire au hasard, les résultats qu'on obtient ne sont pas de véritables expériences et n'ont que la valeur de simples observations.

Ajoutons que nous n'avions pu réussir jusqu'ici à obtenir de phénomènes de ce genre avec aucun autre sujet. C'est surtout au cours des expériences décrites ailleurs sous ce titre : Un cas d'apparente transposition des sens, que nous avons eu occasion de constater trois ou quatre fois la transmission de la pensée.

1° Lud. S..., les yeux bandés, endormi, venait de déchiffrer les premiers mots d'une carte postale en promenant les doigts sur le texte. En marge de la carte se trouvait photographié le portrait de mon correspondant. Louis S... décrivit ce portrait après avoir promené ses doigts à sa surface. Je lui demandai s'il connaissait cette personne. Il me répondit que non, et il est en effet très vraisemblable qu'il ne la connaissait pas, en ce sens

Page 1