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dignes de foi, de comparer, de classer, d'analyser, de soumettre en un mot à tous les procédés de la méthode scientifique, pour tâcher d'en découvrir les lois.
Mais le gros du public (et même beaucoup de savants) ne se résigne pas à l'attitude presque indéfiniment expectante qu'impose ce point de vue. Il veut avant tout qu'on lui explique les phénomènes. A quelle cause faut-il les attribuer? Est-ce que, véritablement, ce sont des esprits qui les produisent? Ces esprits sont-ils les âmes des morts ? ou des démons ? ou des élémentaux, comme en admettaient certains rêveurs du moyen âge, etc., etc. ? Voilà la question qu'il faut débattre et résoudre avant tout. Et c'est à la question ainsi posée que répond en effet le spiritisme entendu au second sens du mot, au sens qu'on pourrait appeler subjectif.
Pourtant, même à ce point de vue, il y aurait peut-être encore lieu de distinguer entre un Spiritisme qui se présenterait comme une simple hypothèse, d'ordre scientifique ou expérimental, pourrait-on dire, suggérée par certains faits et destinée à les expliquer au moins provisoirement, destinée surtout à en faciliter l'étude, c'est-à-dire à provoquer, à ordonner des expériences nouvelles et à amener la découverte de faits nouveaux, et un Spiritisme qui se présenterait plutôt comme une doctrine philosophique et religieuse, liée sans doute à l'origine à un certain ensemble de faits, mais qui, une fois suscitée et apparemment prouvée par ces faits, se désintéresserait de leur étude, trouverait son intérêt en elle-même et apporterait aux hommes la solution systématique de tous les grands problèmes métaphysiques, moraux et sociaux. Il conviendrait, ce nous semble, de réserver le nom de Spirites pour désigner ceux qui professent le Spiritisme entendu dans ce dernier sens. Nous hésiterions à appeler ainsi les partisans du Spiritisme réduit à l'état de simple hypothèse expérimentale. En tout cas, le nom ne saurait convenir en aucune façon
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à ceux qui, admettant simplement le Spiritisme objectif, c'est-à-dire la réalité des phénomènes spiritoïdes, se proposent uniquement d'étudier ces phénomènes, en dehors de tout parti pris doctrinal, avec les mêmes dispositions d'esprit qu'ils apporteraient à l'étude de phénomènes astronomiques, chimiques ou biologiques1.
Mais justement, pour tous ceux qui abordent cette étude avec de telles dispositions d'esprit, le mot « explication » n'a plus le même sens que pour les autres hommes, si même il conserve encore pour eux aucun sens. Peut-être, en effet, n'est-ce pas un paradoxe, mais la simple expression de la vérité, de prétendre que le véritable esprit scientifique consiste à se désintéresser du besoin d'explication et à se réduire volontairement à la seule recherche du déterminisme des phénomènes. Ainsi, il y a longtemps que les savants ne se préoccupent plus de savoir ce qu'est en soi l'électricité ; l'essence des phénomènes électriques est à leurs yeux absolument inconnue, et ils la tiennent pour inexplicable ; mais il leur suffît de savoir que les phénomènes électriques, quelles que soient d'ailleurs leur nature intime et leur cause profonde, se produisent dans des conditions déterminées, et ce sont ces conditions qu'ils se préoccupent de découvrir et de fixer. A la satisfaction de pouvoir dire : « Maintenant que je connais la cause première de tous ces phénomènes, ils ont cessé de me surprendre et de m'intriguer : c'est fini, je tiens le mot de l'énigme ; je peux me démontrer à moi-même et
4. On pourrait en ce cas distinguer des Spirites, les Spiri listes, c'est-àdire tous les chercheurs qui s'occupent des faits spiritoïdes à un point de vue exclusivement scientifique, abstraction faite de l'opinion qu'ils peuvent professer dans leur for intérieur à l'égard des prétendus esprits.
l'étude scientifique du spiritisme 203
démontrer aux autres pourquoi ils existent et pourquoi ils sont ainsi et non autrement, et puisque l'explication est trouvée, je n'ai plus besoin de m'en préoccuper, je puis passer à d autres problèmes », à cette satisfaction purement intellectuelle et théorique, les savants préfèrent la satisfaction essentiellement pratique de pouvoir influer sur les phénomènes, les provoquer, les empêcher, les modifier et surtout les utiliser pour des applications possibles aux diverses fins de l'activité humaine.
Sans doute, ce point de vue, qui est celui du savant, n'exclut pas le point de vue du philosophe, et il n'est pas interdit de vouloir superposer la connaissance philosophique ou métaphvsique des causes premières à la connaissance scientifique des conditions déterminantes; mais il est indispensable de ne pas confondre ces deux genres de connaissance l'un avec l'autre. C'est ainsi que, comme philosophe, je peux croire que tous les phénomènes du monde sont immédiatement produits par une cause éternelle, omniprésente, de nature spirituelle, extraordinairement intelligente (quelque soit d'ailleurs le nom que je donne à cette cause) ; mais, comme savant, je n'en serais pas plus avancé, môme si cette croyance devait se transformer pour moi en connaissance absolument certaine ; car il me resterait toujours à savoir comment, c'est-à-dire par quel mécanisme de moyens ou de conditions, cette cause produit tous les phénomènes du monde, et c'est seulement cela qui m'intéresse en tant que savant.
Si nous transportons ces principes dans la question qui nous occupe en ce moment, nous voyons qu'elle change singulièrement d'aspect. De même que le physicien ne s'attarde plus à discuter si c'est Dieu ou la matière, ou toute autre cause supra-phénoménale qui produit les phénomènes de pesanteur, chaleur, lumière, électricité, etc., mais s'emploie uniquement à étudier ces phénomènes pour tâcher d'en découvrir
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Jes lois, de même que le biologiste ne considère plus comme étant de son ressort la recherche de la nature intime de la vie, et de ses rapports soit avec la matière, soit avec l'âme, soit avec Dieu, mais se borne à déterminer les conditions des manifestations vitales, de même, dirons-nous, le savant qui prend pour objet d'études les phénomènes spiritoïdes ne doit pas s'éterniser dans de stériles discussions pour savoir si ce sont bien des esprits, c'est-à-dire des entités situées en marge de notre monde, qui produisent ces phénomènes ; car le problème ne l'intéresse pas, ne le regarde même pas en tant que savant, et tout son effort doit simplement viser à découvrir comment les causes inconnues de ces phénomènes (même en supposant que ce sont en effet des esprits, âmes des morts, démons, élémentaux, peu importe) réussissent à les produire1. Sans doute, pour le philosophe, pour l'homme religieux, disons même pour tout homme en général, il serait prodigieusement intéressant d'arriver à savoir qu'il existe un monde invisible, distinct du nôtre et cependant voisin de lui, peuplé d'êtres intelligents qui peuvent, dans certains cas, entrer en relations avec nous, et parmi lesquels se retrouvent plusieurs de nos parents ou de nos amis disparus. Mais, répétons-le encore une fois, cette connaissance, même en la supposant acquise, laisserait intact le problème seientifique du Spiritisme, exactement comme la certitude où nous sommes d'exister comme sujets sentants et pensants, capables de produire des mouvements dans notre corps par nos sensations, nos idées, nos émotions et nos volontés, laisse intact le problème scientifique du mécanisme nerveux et cérébral.
C'est pourquoi nous ne saurions approuver la façon dont la
1. « Quand bien même il y aurait dans le spiritisme une intervention de forces étrangères à notre monde, le vrai savant ne s'attachera qu'au déterminisme naturel que ces forces, si elles existent, emploient pour produire leurs effets. » J. Auzolat, Rivista di Scienca. Vol, IV, an II (1908).
plupart des auteurs ont envisagé la question. Les uns et les autres, adversaires aussi bien que partisans du Spiritisme (au sens subjectif du mot), en sont encore à la phase métaphysique du psychisme : il serait temps de passer enfin à la phase positive. L'étude impartiale, désintéressée des phénomènes spiritoïdes, pour eux-mêmes, pour savoir, abstraction faite de toute thèse à démontrer ou à réfuter, leur est profondément indifférente : l'important, pour eux, c'est de croire quelque chose et de prouver quelque chose. Pour les uns comme pour les autres, il s'agit de donner immédiatement, séance tenante, et par une seule formule, par un seul mot, l'explication de faits plus ou moins étranges qui surprennent, déconcertent, parfois même effraient le public, quand ils ne font pas naître en lui les espérances les plus folles ; cette explication même, il s'agit de la démontrer, et, de part et d'autre, on argumente à perte de vue, tout comme font des théologiens pour des dogmes.
Faut-il croire aux esprits? N'y faut-il pas croire? C'est làdessus qu'on discute indéfiniment. Les partisans des esprits accumulent les anecdotes ; les adversaires ripostent par des anecdotes contraires : les deux partis ont chacun leurs autorités. Gela peut durer ainsi jusqu'à la fin des siècles. Au fond les uns et les autres obéissent à des préoccupations extra-scientifiques, religieuses ou antireligieuses, ce qui revient exactement au même ; ils cherchent avant tout une satisfaction de leur foi. Les Spirites veulent prouver l'immortalité de l'âme et la vie d'outre-tombe, sans parler de la réincarnation et du progrès par les astres : ils accueillent sans critique, pêlemêle, les faits les plus suspects, souvent même les plus évidemment insignifiants ou truqués ; lorsqu'ils consentent à des expériences de contrôle, c'est avec le parti pris, plus ou moins inconscient, d'empêcher, d'entraver les mesures qui pourraient seules constituer un contrôle effectif; ils seraient déso-
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lés qu'on leur prouvât que tel fait qu'ils attribuent à un esprit est lout simplement le résultat d'une supercherie ou d'une auto-suggestion des assistants ou même de l'exercice de quelque faculté supranormaie appartenant au médium. Les Antispirites, de même, professant pour la plupart le matérialisme et l'athéisme métaphysique, s'imaginent, à tort ou à raison, que si on parvenait à établir qu'il reste quelque chose de l'homme après la mort, c'en serait fait de leurs doctrines favorites ; ils voient dans le triomphe du Spiritisme le recul de la science, le retour des anciennes superstitions, et ils luttent de toutes leurs forces pour empêcher un tel désastre. Aussi, ils se refusent obstinément à prendre au sérieux les faits soit-disant spiritiques ; ces faits sont, a priori, invraisemblables, impossibles ; donc, ils sont faux. On ne saurait trop déplorer la naïveté des savants qui se risquent à en entreprendre l'étude ; on ne saurait trop décourager leur témérité ; et si, malgré tous les avertissements charitables qu'on leur prodigue, ils persévèrent, c'est sans doute à quelque trouble de leurs facultés mentales qu'il convient d'attribuer un aussi fâcheux égarement. Au fond, l'état d'esprit des Antispirites est le même que celui des savants qui refuseraient d'admettre les admirables expériences de Pasteur, sous prétexte qu'en contredisant la doctrine de la génération spontanée, ces expériences peuvent fournir des armes aux partisans de l'origine supranaturelle de la vie, le même encore que celui des théologiens qui regardent d'un œil défiant les investigations des géologues et des historiens, parce qu'ils redoutent d'en voir sortir des conclusions opposées aux récits bibliques.
On nous objectera peut-être qu'il est impossible de procéder à cette étude méthodique des faits que nous donnons pour
but aux psychistes sans prendre parti pour ou contre la doctrine des esprits; mais cette objection part toujours de la même conception erronée qu'ont beaucoup de gens sur le rôle des doctrines dans les recherches scientifiques d'ordre expérimental. A proprement parler, il n'y a pas de doctrines dans les recherches de cet ordre : il n'y a que des hypothèses qu'on admet provisoirement, à l'essai, pour voir dans quelle mesure elles permettent de s'orienter dans le dédale des phénomènes et d'y avancer dans le sens des découvertes fécondes et des applications utiles. C'est seulement à ce titre que le savant peut envisager l'hypothèse des esprits, parallèlement avec toutes autres hypothèses, si l'observation des faits la lui suggère, et sans jamais lui attribuer aucune valeur définitive et absolue.
Mais le peut-il vraiment ? Ne doit-il pas au contraire s'interdire a priori de faire une place à l'hypothèse des esprits parmi les idées directrices de ses recherches, même pourvoir dans quelle mesure elle peut paraître suggérée par les faits et dans quelle mesure aussi elle est susceptible d'être confirmée ou contredite par eux? Ne doit-il pas la traiter un peu comme une excommuniée, indigne d'entrer en relation sous quelque forme, et à quelque degré que ce soit, avec la science?
Il n'est pas douteux cependant que cette hypothèse ne nous soit tout d'abord suggérée parles faits spiritoïdes eux-mêmes, tels du moins qu'ils se présentent à nous dans la plupart des cas. Ils nous la suggèrent, non seulement d'une façon indirecte, par les circonstances qui les accompagnent, mais même directement, toutes les fois que la force inconnue, d'apparence intelligente, qui se manifeste en eux, nous déclare être un esprit, le plus souvent l'esprit de telle ou telle personnalité dont nous pouvons connaître le nom et l'histoire. C'est même là ce qui distingue, en bien des cas, les faits spiritoïdes des faits de même genre appartenant à d'autres ordres, tels
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que la suggestion, l'hypnotisme, le magnétisme animal, la télépathie, etc.
Tous ces faits présentent, avons-nous dit plus haut1, deux caractères qu'on ne remarque point dans les autres : 1° d'être essentiellement spontanés ; 2° d'impliquer (au moins hypothétiquement, fictivement), l'intervention de personnalités qui se présentent comme distinctes de toutes les personnalités visibles assistant à ces phénomènes eux-mêmes.
« En premier lieu, ces faits, à la différence des faits d'hypnotisme, de suggestion, de magnétisme animal, ne peuvent être obtenus à volonté par des expérimentations proprement dites. C'est tout à fait improprement qu'on donne le nom d'expériences aux essais d'observations qu'on en peut faire. « Un des caractères les plus curieux des phénomènes psychiques, dit Maxwell2, est leur indépendance apparente. Les expériences nous conduisent ; elles ne se laissent pas aisément conduire. On croirait souvent qu'elles obéissent à une volonté autre que celle des assistants. » Et le même auteur met en garde contre l'erreur qui consiste à supposer « que les phénomènes psychiques s'observent à volonté ». — « Toutes les fois, dit-il, qu'un sujet payé donnera des séances régulières, il y aura cent chances contre une d'être en présence d'une escroquerie véritable. S'il est un caractère, certain pour moi, de tous ces faits paranormaux, ce caractère est leur irrégularité apparente. J'ai pu expérimenter avec des médecins instruits et soucieux de la recherche exacte ; j'ai fait avec eux de nombreuses expériences ; et j'ai observé que souvent des semaines entières s'écoulaient sans une bonne séance ; à d'autres moments, la force était si abondante que les phénomènes se produisaient sans séance véritable. »
« En second lieu, — et ce second caractère est étroitement