‹ La psychologie inconnueChapitre 80 sur 91 · V. chap. iv, p · texte numérisé non relu

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dente attitude est la plus profitable. Dans la pratique, j'ai pour la personnification les mêmes égards que pour le médium... Je l'interpelle par le nom qu'elle s'est donné et je me trouve bien de lui indiquer avec précision ce que je cherche. Son concours, quelque réalité qu'il y ait au fond, m'a paru indispensable. »

Mais, tout en accordant que les faits nous suggèrent l'hypothèse des esprits avec une insistance parfois troublante, et qu'il est quelquefois utile de « jouer » expérimentalement de cette hypothèse, ne pourrait-on continuer à prétendre qu'il est impossible de la prendre réellement au sérieux et que le savant doit la considérer a priori comme une évidente fausseté ?

D'abord, en effet, cette hypothèse, peut-on dire, est en contradiction avec tout l'ensemble de notre expérience et de notre savoir.

D'une part, la physiologie nous enseigne que nulle pensée, nul sentiment, nulle volonté, nulle manifestation psychique en un mot, n'est possible sans un concomitant cérébral et nerveux, sans un substratum organique : dès lors, comment admettre l'existence d'êtres capables de penser, de sentir "et de vouloir sans cerveau, sans nerfs et sans corps, tels que les prétendus esprits ?

D'autre part, la conclusion qui ressort de tout l'ensemble de nos connaissances positives, c'est que le monde constitue un système clos, dont toutes les parties agissent les unes sur les autres selon des lois constantes : les éléments et les forces qui le composent, aussi loin qu'on remonte dans son histoire, ont toujours collaboré entre eux, et la série des phénomènes, qui résulte de leurs actions réciproques, s'est toujours dérou-

l'étude scientifique du SPIRITISME 301

lée, quelque capricieuses qu'aient pu paraître les sinuosités de leur cours, d'une façon régulière et continue, sans interruption et sans déviation réelles. En d'autres termes, il n'y a dans la nature, telle que la science nous la révèle, ni hasard ni miracle véritables. Dès lors, comment imaginer un seul instant qu'en marge de ce monde ainsi cohérent et fermé, il puisse en exister un autre, situé, pour ainsi dire, sur un autre plan de la réalité, dans une autre dimension de l'espace, et néanmoins capable d'entrer par moments en contact avec celui-ci pour y envoyer tout à fait à l'improviste et comme par brusques échappées, d'extraordinaires et déconcertantes influences ?

Mais une telle imagination n'est pas seulement en contradiction avec tout ce que nous savons de l'univers : elle est la négation même de la science. Supposer, en effet, que des êtres invisibles, insaisissables, tels que les soi-disant esprits, peuvent intervenir à tout moment, au gré de leurs caprices, dans les phénomènes de la nature et de la vie, et les modifier arbitrairement, à la façon des lutins et des fées, n'est-ce pas rendre toute science impossible, puisque c'est supposer qu'il est toujours au pouvoir de ces êtres de contrecarrer et de suspendre l'action des lois naturelles, si tel est leur bon plaisir? Admettez l'existence des esprits, vous ne pouvez plus être assuré que les corps obéiront à la pesanteur, que les combinaisons chimiques se feront sans création ni destruction de matière et d'énergie, que les fonctions vitales seront conditionnées par les circonstances matérielles où elles s'exercent. Vous avez fait dans le grand mur de l'univers une fissure par où le miracle peut se glisser à chaque instant, et quel miracle? A en juger par les relations des séances spirites les mieux réussies, on pourrait presque le définir le « coq-à-1'âne de l'au-delà ».

302 LES PHÉNOMÈNES SPIRITOÏDES

Toute cette argumentation est évidemment spécieuse et impressionnante ; mais elle prouve simplement l'invraisemblance, ou, si Ton aime mieux, l'improbabilité de l'hypothèse des esprits : elle n'en prouve pas l'impossibilité, la nécessaire fausseté. Or, c'est le cas de rappeler le mot d'Àrago : <( Celui qui, en dehors des mathématiques pures, prononce le mot impossible manque de prudence. » Toute l'histoire des sciences depuis une cinquantaine d'années, montre que dans le domaine des sciences physiques et naturelles, l'invraisemblable peut parfaitement être vrai.

Ainsi, on déclare impossible, au nom de l'état actuel de nos connaissances physiologiques, l'existence d'êtres sentants et pensants qui seraient dépourvus de nerfs, de cerveau et, en général, d'un organisme matériel analogue au nôtre. Une telle existence est évidemment très invraisemblable, pour qui raisonne d'après ce que l'expérience nous a appris jusqu'ici; mais comment pourrions-nous être certains qu'elle est impossible? Quelqu'étendue que soit notre expérience, elle n'embrasse qu'une infiniment petite partie de la réalité ; et nous n'avons aucun moyen de discerner a priori ce qui est possible et ce qui ne Test pas. Toute la question est donc de savoir s'il y a des faits réels qui suggèrent et tendent à prouver l'hypothèse des esprits : si de tels faits se présentent, on est autorisé à les soumettre au contrôle le plus sévère, à exiger d'eux avec une impitoyable rigueur toutes les garanties d'authenticité et d'exactitude ; mais on n'a pas le droit de les écarter de parti pris et sans examen, sous prétexte qu'ils sont impossibles. On l'a dit avec juste raison : c'est à la science à s'accommoder aux faits, non aux faits à s'accommoder à la science. Je me souviens d'avoir lu, il y a une dizaine d'an-

nées, un article d'un physiologiste connu qui démontrait que le phénomène de la transmission de pensée était impossible, parce qu'il nécessiterait l'existence d'un lien matériel entre deux cerveaux, exactement, disait-il, comme un fil métallique est nécessaire pour établir la communication télégraphique entre deux bureaux. Ce physiologiste ne prévoyait pas la découverte prochaine de la télégraphie sans fil.

Mais l'étude de la vie semble elle-même, à certains égards, entrebâiller la porte à l'hypothèse d'une action psychique indépendante des nerfs et du cerveau, sinon de tout substratum matériel. Est-ce que la même fonction vitale, nutrition, respiration, circulation, etc., ne se réalise pas, dans les différents embranchements du règne animal ou même dans les différents règnes de la nature vivante, par des systèmes d'appareils appartenant à des types très différents? N'aperçoit-on pas des vestiges de sensibilité et d'activité instinctive chez certains végétaux, peut-être même chez tous, malgré l'absence complète de tissu nerveux ?

Remarquons d'ailleurs que l'hypothèse des esprits, telle qu'elle est habituellement formulée par les spirites euxmêmes, n'exclut nullement la possibilité d'un substratum matériel pour les manifestations d'ordre psychologique dont ces esprits seraient les sujets supposés. Cette hypothèse, malgré les apparences et les préjugés contraires, peut être revendiquée par la métaphysique matérialiste tout aussi bien que par la métaphysique spiritualiste, s'il est vrai que les esprits sont censés avoir un corps, fait de matière subtile, qui serait comme le double du corps charnel. Ce corps éthéré, fluidique ou astral, assujettit, tout comme l'autre, la vie psychologique des esprits à des conditions matérielles, quoiqu'habituellement insaisissables pour nos sens. Certains faits, encore controversés, mais trop nombreux et trop exactement observés pour la plupart, pour qu'il soit indéfiniment possible de

s'en débarrasser en les passant sous silence, ou en les rejetant a priori comme controuvés, semblent même nous engager à croire que notre propre activité mentale à nous, esprits incarnés, dépend aussi de ces conditions matérielles d'ordre invisible : tels sont les faits de télépathie, de suggestion mentale, de transmission de pensée, d'extériorisation de la sensibilité et de la motricité, où s'entrevoit un déterminisme des fonctions psychiques plus délicat et plus profond que celui qui a son siège dans les nerfs et le cerveau.

L'objection qui se tire de l'impossibilité de faire une place à des agents tels que les prétendus esprits dans un univers cohérent et fermé, tel que nous le montre l'ensemble de notre expérience, ne paraît pas plus décisive. Encore une fois, notre expérience est bien courte pour nous donner le droit d'enclore l'univers dans une enceinte infranchissable. Il s'en faut que nous ayons achevé de faire le tour de la nature, et que nous en ayons sondé toutes les profondeurs. Les plus récentes découvertes de la science ne suffisent-elles pas à nous convaincre déjà que, même dans les parties que nous croyions le plus complètement explorées, peuvent se cacher des substances ou des forces insoupçonnées? Avant les travaux de Pasteur, nul ne se doutait de l'existence des microbes ni surtout du rôle immense joué par eux dans les phénomènes de la vie. Les gaz de l'air, argon, crypton, néon, etc., les ondes hertziennes, les rayons Roentgen, le radium, autant de révélations inattendues, qui sont venues coup sur coup rappeler aux savants combien il serait imprudent pour eux d'appliquer aux secrets de la nature le proverbial dicton populaire : « Si cela était, cela se saurait. » De plus en plus s'affirme et se précise, ainsi que nous avons essayé de le montrer plus haut1, la notion des phénomènes clandestins ou cryptoïdes, c'est-à-dire de phénomènes que la nature semble avoir systé-

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