I. Ghap. i»r : Les phénomènes cryptoides
matiquement dérobés à nos moyens d'investigation, et dont il faut cependant que nous nous accoutumions désormais à concevoir et à admettre la réalité.
Où prend-on d'ailleurs le droit d'affirmer que le monde, tel que nous le connaissons, constitue un tout cohérent et fermé? Bien au contraire, nous y constatons çà et là des trous, des fissures, par où s'introduisent des puissances nouvelles et mystérieuses que nous n'avons pas réussi à dévoiler. Quelques progrès que nous ayons faits dans l'application de l'hypothèse mécaniste à l'ensemble des choses, le passage de la matière à la vie et à la pensée reste pour nous un mystère inexpliqué, une énigme dont le mot nous échappe. Il y a eu, dans l'histoire de notre planète, une longue période où la vie n'existait pas; et à certain moment la vie est apparue. Gomment ? Nous n'en savons rien, car jusqu'ici nous n'avons pu observer ni provoquer l'apparition de la vie sans le concours de la vie même. L'adage : omnevivum ex vive reste intangible. Pareillement, si tous les faits nous prouvent que les formes de la vie ont évolué, ils ne nous renseignent guère sur la façon dont s'est faite leur évolution. Toutes les hypothèses que nous imaginons pour comprendre la transformation des espèces ne sont que des balbutiements. Nous observons bien les jaillissements indéfiniment variés de la vie : les sources mêmes de la vie restent souterraines.
Dès lors, nous ne pouvons pas, sans pécher contre le véritable esprit scientifique, rejeter dès l'abord, sans examen, tous les faits qui ne paraissent pas rentrer immédiatement dans le cadre de nos théories, même les plus solidement établies. En fait, on trouve chez tous les peuples et dans tous les temps, même aux époques historiques, des récits de faits dits surnaturels, miraculeux, etc., tout à fait du même genre que les faits spiritoïdes1. Il ne s'agit pas évidemment de les
1. Il s'en trouve, par exemple, dans l'histoire de Jeanne d'Arc.
Boirag. — Psychologie inconnue. 20
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admettre sans plus ample informé comme authentiques et réels ; mais il ne s'agit pas davantage de les écarter en bloc comme apocryphes et imaginaires : il s'agit de suspendre à leur égard tout jugement définitif et de les soumettre à une rigoureuse critique1.
Observons enfin que si les esprits existent, il se peut très bien qu'ils entretiennent en réalité des rapports très définis et très constants avec notre monde, et que le caractère anormal et, pour ainsi dire, aberrant de leurs interventions ne soit qu'une apparence accidentelle, une sorte d'illusion d'optique due à l'insuffisance de nos moyens d'information. En ce cas, il serait plus vrai de dire qu'ils entrent eux aussi dans le système général de la nature, et qu'ils ne constituent pas en réalité un monde distinct ou du moins séparé du nôtre, pas plus que les comètes et les météorites ne sont réellement extérieurs ou étrangers à l'ensemble de l'univers planétaire et sidéral.
La contradiction que l'on prétend exister entre l'hypothèse des esprits et les principes mêmes de la science est-elle aussi irréductible qu'elle paraît l'être ? Sans doute, cette hypothèse nous oblige à admettre que si des esprits interviennent dans la production de tel ou tel phénomène, il pourra en résulter des perturbations inexplicables par les seules lois de ce phénomène. Mais qu'est-ce que ceci a de particulier aux esprits? N'en est-il pas de même pour toutes les causes intercurrentes connues ou inconnues, qui sont toujours susceptibles d'entrer en conflit avec les causes proprement dites d'un phénomène quelconque ? Une loi de la nature ne s'énonce jamais en termes absolus; elle affirme bien qu'un phénomène se produit toujours d'une certaine façon à la présence de certaines causes, mais toujours avec cette condition exprimée ou sous-entendue : l'absence supposée de causes contraires. Gomme l'a fait déjà remarquer Stuart Miil, elle est la formule d'une tendance