‹ La psychologie inconnueChapitre 82 sur 91 · v. ch. i, p · texte numérisé non relu

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plutôt que d'un résultat. Ainsi les corps tendent à tomber sous l'action de la pesanteur ; mais ils ne tombent effectivement que si cette action n'est pas contrebalancée par celle d'une cause antagoniste ; la chaleur dilate les corps, à moins que quelque circonstance spéciale à tel ou tel cas n'empêche la tendance à la dilatation de produire son effet, et ainsi de toutes les autres lois. Il suffira donc de mettre une fois pour toutes la présence des esprits au nombre des causes contragissantes possibles pour échapper à la prétendue contradiction.

Mais on insistera peut-être en faisant remarquer que les causes contragissantes, dont la science doit toujours réserver l' intervention possible dans renonciation des lois naturelles, sont du moins des causes connues pour la plupart, et dont on sait en tout cas qu'elles agissent d'une façon régulière, selon des lois tout aussi constantes que celles des autres causes dont elles ne diffèrent d'ailleurs pas en nature, tandis que les soi-disant esprits seraient des causes d'essence inconnue, surtout caractérisées par leur action capricieuse et anarchique.

Pourtant c'est sur le type de notre propre activité intelligente et volontaire, à nous êtres humains, que les esprits sont conçus ; il faut bien avouer que nous avons quelque connaissance de ce genre de causes, puisque nous en trouvons un échantillon en nous-mêmes. Irons-nous jusqu'à dire que la possibilité de l'intervention des êtres humains dans la production des phénomènes naturels, avec tout ce que cette possibilité comporte de fantaisie et de désordre de la part de ces êtres, est inconciliable avec les lois de la nature et ruine le fondement de la science? Imaginons, par impossible, un savant antérieur à l'apparition des êtres humains dans le monde, inconscient de sa propre humanité, mais fermement attaché, comme il convient à un savant, au principe du déterminisme universel : ce savant, s'il venait à concevoir l'hypothèse de l'existence future d'êtres humains, ne la déclarerait-

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il pas impossible a priori comme introduisant dans le monde une cause permanente d'obstruction aux lois naturelles? C'est qu'en réalité l'homme, malgré l'arbitraire apparent ou réel de ses actes, obéit, comme tous les autres êtres, à des lois. Quelque solution que Ton donne au problème métaphysique du libre arbitre, il faut bien confesser, en dernière analyse, que notre liberté, vraie ou fausse, coexiste en fait avec le déterminisme universel. Dès lors, ce qui est vrai de l'homme peut être également vrai des esprits conçus d'après le modèle de l'homme. S'ils interviennent dans les phénomènes de la nature, il doit y avoir des lois qui règlent leurs interventions ; et dans leurs interventions mêmes, ils doivent agir selon des lois, dont quelques-unes, il est vrai, peuvent être ignorées de nous, mais que nous aurions par cela même le plus grand intérêt à connaître, puisque cette connaissance nous donnerait de nouveaux moyens d'influer sur les phénomènes naturels et de reproduire à volonté leurs plus étonnants prodiges.

La conclusion qui nous paraît ressortir de toute la discussion qui précède, c'est que l'hypothèse spiritique (ou spirite), si elle est handicapée d'un poids très lourd, en raison de son incontestable invraisemblance, n'en doit pas moins être admise à courir sa chance, concurremment avec toutes les autres hypothèses, sur le terrain de l'observation et de l'expérimentation scientifiques. La science a le droit d'exiger de toute hypothèse qu'elle fournisse ses preuves : elle n'a pas le droit d interdire à aucune hypothèse l'accès de son tribunal.

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