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MODE DE LA TRANSFORMATION

Relation entre la distribution spectrale du pouvoir photochimiqne et la gamme des hauteurs.

Le mode ou la voie de la transformation de la lumière en un courant sensoriel doit être cherché dans l'application de quelqu'une des propriétés physiques de la force lumineuse. On lui en connaît deux, abstraction faite, naturellement, de la propriété lumineuse qui n'entre pas en ligne de compte, étant précisément le phénomène sensoriel qu'il s'agit d'expliquer : ce sont la propriété calorifique et la propriété chimique. Aucun indice n'existe concernant l'emploi de la première dans le mécanisme visuel ; il en est tout autrement pour la seconde.

Examinons d'abord quelle est, dans le spectre, la distribution de la puissance photochimique telle que l'enseigne la pratique de la photographie : très faible dans le rouge, progressant à peine de ce point jusqu'au vert moyen, elle augmente ensuite rapidement eten progressant jusqu'à l'extrémité du spectre du côté du violet. L'application de cette loi est dans l'usage que font les photographes d'éclairages rouges et jaunes, pour y développer les clichés presque comme à l'abri de la lumière ; elle est également dans les degrés de clarté très différents que prennent, dans les photographies, les diverses couleurs : le rouge y apparaît toujours relativement trop obscur, et, au contraire, le bleu et le violet trop clairs.

Examinons, d'autre part, cette vertu sensorielle principale de la lumière que nous avons appelée la hauteur ou

LE MÉCANISME DE hk COULEUR.

hauteur de tension visuelle, N'avons-nous pas trouvé sa distribution spectrale exactement inverse T

La hauteur est à son maximum dans le rouge extrême, diminue de ce point très lentement jusqu'au vert moyen, pour s'abaisser de là brusquement et progressivement jusqu'à Textrême violet.

La courbe des hauteurs est donc la mesure inverse de

GmraeJilifS^

Violet fileu

Vert Jaune Orangé Rouge

Fig. 11. — Échelles comparatives indiquant la distribntioo spectrale des haateurs et celle de la puissance photochimique.

la puissance photochimique^ ou, en langage mécanique, la mesure de la résistance à celte puissance.

Ainsi, la hauteur, plus précisément nommée hauteur de tension visuelle^ mesure la résistance à l'action chimique de la lumière, exactement comme la force électromotrice ou hauteur de tension électrique mesure les résistances que celte force est apte à surmonter.

Eq résumé, la loi spectrale de puissance photochimique se trouve inscrite dans la sensalion visuelle par son expression évidente, la gamme des hauteurs de ton.

Un pareil fait dépasse les bornes d'une simple coin-

PSYCII. KATUR.

cidence. Je n'hésite pas à y voir la preuve que la transformation sensorielle de la lumière suit la voie photochimique.

La photopsine.

On appelle photopsines les substances impressionnables à la lumière, que Ton a découvertes dans la rétine et auxquelles on a, dès Torigine, cherché à attribuer un rôle dans la vision.

La plus connue des photopsines est le pourpre rétinien découvert par Fr. Boll (i) et dont l'histoire détaillée devra • être rappelée tout à Theure (chapitre suivant) dans l'explication des tons de chaleur, mais dont certains traits généraux méritent d'être relevés à titre de réactions caractéristiques des photopsines en général.

C'est une matière colorante dont la présence est aisément reconnaissable dans toutes les rétines d'yeux extraits tôt après la mort, si l'animal a été préalablement maintenu dans l'obscurité.

Elle ofifre cette particularité d'apparaître d'abord colorée, et de devenir ensuite incolore sous l'action de la lumière en passant par une série de dégradations de teinte qui seront étudiées plus tard.

Une autre particularité est encore celle-ci : que la coloration disparue réapparaît par une nouvelle exposition à l'obscurité, quand l'insolation a été de courte durée.

Si l'animal à sacrifier, au lieu d'être maintenu dans l'obscurité, a été immobilisé au devant d'une croisée, le dessin des parties claires de la fenêtre apparaît, dans le fond de l'œil, sous la forme d'une plage décolorée très re-

(1) Fr. Boll, Zur Anatomie und Physiologie der Retina, Monataber. der Beriiner Acad., 12 novembre 1S76.

conuaissable. C'est une véritable photographie rétinienne derobjet fixé, une image photographique que W.Kûhne(l) nous a appris à rendre stable en la plongeant dans une solution d*alun. L'alun possède en effet la propriété de conserver au pourpre sa coloration pendant un temps assez prolongé. On ne demandera pas à cette photographie de reproduire, aux yeux de l'observateur élonné, jusqu'à des traits de personnages reconnaissables à la loupe : le phénomène est bien trop subtil pour permettre de pareils examens à notre observation paresseuse. Mais il n'y a pas de doute, ces traits sont marqués, et il ne nous manque que d être plus habiles pour transformer la rétine en un cliché propre à la reproduction détaillée des images.

On ne connaît pas effectivement, dans la rétine, d'autre substance impressionnable à la lumière, mais le raisonnement en prouve l'existence. En voici la démonstration.

La matière purpurine fait défaut dans la région centrale de la rétine, qui est le foyer de la vision la plus distincte ; elle manque même totalement à la rétine des serpents. Gomme il vient d'être établi, par la disposition de la gamme des hauteurs, que le phénomène de la vision en lui-même est indissolublement lié à une réaction photochimique, et comme, du reste, toute réaction de ce genre suppose une matière qui la subisse, il est évident qu'il y a de la photopsine répandue sur toute la surface de la rétine. Il y en a donc certainement d'autre que le pourpre.

Une autre démonstration me paraît devoir être fournie par un détail particulier au phénomène étudié ci-après des fluctuations électriques produites dans la rétine sous l'influence de la lumière. Ces courants, dont l'origine réside certainement aussi dans des réactions photochimiques,

(1) Vf, Kûhne^ Chemische Vorgaenge in der Netzhautj in Herr mann's Hdb der Physiologie, III, i.

sont observés sur la grenouille pendant des heures, alors même que toute coloration semble devoir être détruite par l'action de la lumière incidente, alors que, par conséquent, la matière purpurine fait défaut. S'il en est ainsi, c'est donc qu'il y a dans la rétine une matière chimiquement sensible à la lumière autre que le pourpre.

Le pourpre rétinien n'est qu'une forme accessoire et secondaire de la matière rétinienne impressionnable à l'action chimique de la lumière. Nous y trouverons tout à l'heure l'explication du phénomène secondaire des chaleurs de ton. La vraie photopsine, celle qui préside à la transformation sensorielle principale, est répandue des confins extrêmes de l'organe jusqu'à son centre. Gelle-Ià seule importe dans la théorie générale de la vision, et nous n'aurions pas parlé de l'autre à celte place si nous n'avions cru devoir utiliser, dans un but d'interprétation toute générale, la connaissance détaillée que nous en possédons.

Si Ton continue à appliquer à la photopsine en général ce que Ton sait de la matière purpurine en particulier, il appert que c'est là une combinaison essentiellement instable, mais aussi sans cesse reconstituée. La lumière la détruit et l'obscurité la répare. Cette réparation a lieu de deux façons : par production nouvelle et par autorégénération.

La production s'impose comme s'imposent en général toutes les formations organiques, naturellement usées et réparées par le cours ordinaire de la circulation sanguine et lymphatique.

L'autorégénération résulte de ce fait d'observation que le pourpre rétinien, même isolé de la rétine et en solution dans une substance étrangère, après avoir été décoloré par la lumière, reprend ensuite sa couleur dans l'obscurité, pour peu que son exposition à la lumière n'ait pas

été trop prolongée. Une insolation intense détruit la photopsine, un éclairement passager et faible comme celui des petites images que les objets projettent sur notre rétine ne peut que la dissocier seulement.

Dans les conditions physiologiques habituelles, la photopsine n^est donc que dissociée et non détruite par la lumière, vertu remarquable qui permet sa reconstitution spontanée sitôt que la lumière vient à disparaître, et qui doit être considérée comme sa qualité primordiale.

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