FIN DE LA. TRANSFORMATION
Les conraiits électriques rétiniens de Holmgren.
« Holmgren (i) avait montré, voilà bien des années, que le courant électrique dérivé, comme on sait le faire, de Tœil extrait d*une grenouille vivante, présente une fluctuation lorsque la lumière vient à frapper Toeil ou à s*en éloigner. Il avait déjà alors considéré cette fluctuation comme l'expression physique de l'état d'activité fonctionnelle dans l'appareil visuel périphérique, y reconnaissant le fondement d'une méthode propre à résoudre bien des questions concernant le fonctionnement de la rétine. Le même auteur a repris ultérieurement (même recueil, Bdvi, p. <4i9) ces expériences dans le but d'analyser les conditions statiques du courant oculaire dérivé^ pour en examiner ensuite les fluctuations dans diverses espèces animales.
« Il a éprouvé, dans cette intention, quelle est la force électromotrice soit de l'œil entier, soit de fragments de l'organ'e^^elrtrottvé qu'en réalité il existe une opposition électromotrice entre la face externe de la rétine et sa face interné, exactement semblable à celle que l'on observe entre la coupe et la surface d'un nerf ou d'un muscle.
(1) Fp. Holmgren, On retinastroemmen. Upsala laekarefœrenings fœrhandl, Bd. VI, 1871.
(( Il a ensuite observé que, dans des espèces animales de toutes les classes de vertébrés, excepté les poissons, il se produit une fluctuation de courant sous l'influence du choc de la lumière. Cette fluctuation a lieu dans le sens négatif à l'arrivée de la lumière et dans le sens positif au départ, excepté pour la grenouille, où elle se produit uniformément dans le sens positif, v
Ainsi s'exprime Tauteur dans le compte rendu qu'il a publié lui-même de l'un de ses travaux les plus importants. Ses recherches ont été contrôlées depuis et amplement vérifiées. Il est donc aujourd'hui de toute notoriété, que des courants électriques naissent dans la rétine sous l'influence de la lumière et qu'ils s'y manifestent sous la forme de fluctuations d'un état électrique fondamental préexistant.
Il reste à mettre en évidence le lien de cause à efl^et qui relie les fluctuations électriques et les phénomènes photochimiques. Je pense qu'il ne peut y avoir aucune hésitation à cet égard. On sait, par toute la théorie et l'expérience de la formation des piles^ que les réactions chimiques, sans aucune exception, sont une source de production électrique. Ce qui a lieu partout et en toutes circonstances ne peut manquer d'avoir lieu dans le cas particulier. On peut, en conséquence, affirmer que, tout, comme la sensation elle-même, considérée dans la gamme des hauteurs, de même le courant électrique, qui en est le signe objectif, est un produit de la transformation de la lumière par l'intermédiaire d'une réaction photochimique.
La transformation sensorielle de la lumière apparaît donc comme une succession de deux phénomènes : l'un chimique, l'autre électrique, ce dernier étant lié intimement au phénomène sensoriel.
Rôle des courants électriques rétiniens.
On entend parler d'énergie spécifique des sens et l'on semble indiquer par là que chaque sensation serait excitable par une seule variété de force : la sensation tactile par le toucher ; Tauditive par le son, la vue par la lumière. Exprimée dans ces termes, l'énergie spécifique sensorielle n'existe pas. On sait bien, au contraire, qu'une sensation tactile est éveillée également lorsque, une partie de la peau ayant été intercalée dans un circuit électrique, il se produit une fluctuation dans Télectricitc qui y circule. On sait qu'il en est de même de toutes les autres sensations et, en particulier, de la sensation visuelle, qu'éveillent aussi les fluctuations électriques appliquées de même façon sur la rétine ou le nerf optique. Il n'est donc pas vrai qu'il y ait, pour chaque sens, une énergie spéciale seule capable de l'exciter. Les sensations, au contraire, sont communément éveillées par toutes les forces généralement capables d'éveiller l'activité des nerfs. Il suffît, en conséquence, pour provoquer la sensation au moyen d'une force quelconque, que cette force ait été transformée en l'excitant nerveux général par excellence : l'électricité.
Ce qui est spécifique à chaque sens, c'est l'appareil particulier qui sert à la transformation et le mode de cette transformation. Le mode photochimique est celui de la transformation lumineuse, la photopsine en est l'agent, et, s'il y a une énergie spécifique au sens de la vue, c'est certainement la vibration moléculaire ou réaction chimique produite en elle par l'action de la lumière.
Ces faits étant posés, le rôle des courants de Holmgren apparaît avec toute clarté.
Ces courants produits de la réaction chimique effectuée
dans la photopsine, sous Tinfluence des rayons lumineux, sont Texcitant naturel commun à tous les nerfs, et, à ce titre, ils représentent le terme final de la transformation sensorielle de la lumière.
L'épithéiium, point terminus de la marche des rayons dans rœily lieu de leur absorption, est aussi le lieu où s'effectue la transformation de la force lumineuse en la force banale, électrique, seule capable de stimuler Tactivite nerveuse. Il est un élément de pile photoélectHque préposé -par la nature à la transformation sensorielle de la lumière. Pourquoi ne pas, en effet, appeler du nom de pile un élément producteur d'électricité, au même titre qu'une soudure de deux métaux constitue un élément de pile thermoélectrique? Tel est le grand fait que nous avons voulu démontrer.
Un œil artificiel mdimentaire.
En physique, on a coutume de contrôler la vérité d*une théorie par la reproduction artificielle du phénomène naturel. C'est dans ce sens que nous entendons contrôler les explications qui viennent d'être formulées, nous donnant pour tâche de faire voir un aveugle par les procédés de la nature. Nous estimons que nous aurons atteint ce résultat si nous réussissons à rendre la lumière sensible à Tun quelconque de nos organes sensoriels autre que celui de la vision. Il faut, à cet effet, construire un œil artificiel, et voici comment Ton peut procéder.
On recueillera, dans un ou plusieurs vases translucides, une solution ou un bain de substance chimiquement impressionnable à la lumière, telle que le pourpre rétinien ou le nitrate d'argent, et Ton en recueillera les. courants pour les faire passer dans une sonnerie élec-
trique. Si Tappareil est suffisamment sensible, il se produira un son toutes les fois que la lumière viendra à traverser le bain. Chaque élément semblable représente une cellule de Tépithélium rétinien communiquant à une terminaison nerveuse; on en peut à volonté multiplier le nombre et augmenter la sensibilité. Si Ton vient à les disposer à côté les uns des autres à la manière d'une mosaïque et que Ton mette à chacun une sonnerie de ton différent, on obtiendra des résultats sonores distincts suivant, la distribution de l'éclairage : telle sonnerie battra plus fort, telle autre moins et telle autre pas du tout. On ob* tiendra par ce moyen non seulement la sensation de la lumière, mais de véritables images acoustiques correspondantes à la disposition topographique des éclairages extérieurs.
Un semblable* appareil, si grossier qu'il paraisse, doit être considéré comme un œil artificiel. Il donne à Taveugle rimpression des objets transmise par Tintermédiaire de la lumière, grâce à une transformation photoélectrique obtenue à Taide d'une réaction chimique intercurrente.
Retenons bien cette expérience et cet appareil pour en poursuivre tout à Theure le perfectionnement à l'aide des mécanismes annexes dont la nature doit aussi nous livrer le secret, et concluons par cette formule simple et pourtant compréhensive de notre conception touchant le mécanisme qui préside à la naissance de la sensation de couleur : une transformation photoélectrique effectuée par r intermédiaire d'une réaction chimique à V intérieur de répït hélium rétinien.