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LA PERSONNALITÉ

Définition de la personne psychique, flme ou individu.

La pensée n'est pas seulement de Ja force, elle est une unité de forcé nettement limitée et opposable ou, comme on dit en physique, un foyer. C'est là ce qu'on exprime en décernant à la pensée l'attribut de personnalité, terme dérivé du mot personne, sous lequel le langage comprend l'unité personnelle, ostensible et apparente.

Chaque foyer de force quelconque a des propriétés communes, une vie propre et autonome faite d'action et de réaction. Ces propriétés déterminent le fragment d'individualité attaché à la personne psychique ou tindividu, que cette partie d'ouvrage se propose d'étudier, celui que la psychologie appelle notre âme et qui est le foyer de force nerveuse propre à chacun de nous.

Mais est-ce à dire que l'individu' soit une quantité stable du genre des unités matérielles et telle que l'imagination populaire représente les esprits? Non certes ; bien au contraire, nous devons définir l'individu : Vunité représentée par la force ininterrompiie, incessamment entretenue et renouvelée dans les foyers de la pensée.

Continuité de la personne.

 la manière de notre propre organisme corporel, sans cesse usé et sans cesse renouvelé, l'âme individuelle, unité changeante, s'écoule incessamment en des évolutions multiples, et il est incessamment aussi pourvu à son remplacement. L'unité de l'âme réside non dans l'immutabi-

lité, mais dans un entretien incessant. L'âme consomme et doit être noarrie, c'est le corps qui s*en charge.

Qu'est-ce donc, à la fin, qui constitue la personne psychique malgré Fépuisement et le renouyellement incessant de ses éléments, sinon la permanence d'un certain état de tension en un même foyer? La force se substituant à la force sans discontinuité, prenant son lieu et place, en épousant la tension ou conscience, Toilà l'explication de l'unité de l'âme.

Mais l'unité de l'âme est, en réalité, une fiction et c'est continuité qu'il faudrait dire. Ge qui est un en elle, c'est le lieu de son évolution et non la force elle-même. Nous sommes la force sans cesse renouvelée à l'intérieur de notre corps, le fil qui s'en déroule continuellement. Vous souvient-il de la poétique fable des Parques et du fil de la destinée à laquelle j'emprunte cette dernière comparaison? Elle est bien ancienne, mais combien exacte en son immortelle vérité philosophique !

La permanence de la tension en un même foyer corporel, voilà donc quelle est, en somme, la caractéristique de l'individu et de sa personnalité. Elle contredit à la possibilité d'intermittences complètes qui seraient des états temporaires d'inconscience absolue. L'inconscience absol ue n'existe pas en dehors de l'extinction du foyer, qui est la mort. Ge que Ton appelle improprement, dans le langage courant, l'état d'inconscience, est tout autre chose, car il désigne non des interruptions de conscience, mais les moments d'arrêt dans les mouvements de la pensée considérée en ses foyers supérieurs ou de la connaissance.

Je veux terminer par une comparaison empruntée à la mécanique moderne, celle de notre personne avec le vapeur que j'entends siffler au sortir du port. Le navire en son entier en représente le corps, la force accumulée dans

sa chaudière, sans cesse émise et sans cesse remplacée, en représente l'individu psychique ou Pâme. Née avec les premières chaleurs des feux, cette personnalité va persister à travers toutes les escales, pour ne mourir qu'au retour dans le port, avec leur extinction.

Ainsi de Tâme humaine qui promène son corps par les sentiers de la vie, toujours en tension et jamais complètement éteinte jusqu'à Theure de la mort, qui marque avec la fin du voyage, la première chute complète de toute tension et, avec elle, l'extinction du foyer de la force individuelle.

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