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LA CONSCIENCE

Définition.

Les forces nous sont connues objectivement par leurs effets extérieurs, mais il est bien évident qu'elles ont sur leur propre intimité une action analogue. En d'autres termes, les parcelles de force exercent nécessairement les unes sur les autres la même vertu qui s'échappe au dehors dans les manifestations que nous lui connaissons.

Cette faculté des forces d'exercer sur elles-mêmes les effets qu'elles manifestent au dehors, et l'action qui en résulte sont ce que les physiciens ont appelé leur tension ^ un nom nouveau pour désigner ce que notre pensée parlant d'elle-même a appelé sa conscience.

Le mot tension f de tendre (proche parent de tenir, d'où les synonymes ton, tonus, tonicité), s'est dit d'abord des cordages soumis aux effets de la traction et, en particulier, de la corde des arcs, un des premiers instruments qu'ont inventés les hommes.

De là sa première acception, qui est encore aujourd'hui celle de la physique, lorsqu'elle parle de la tension appliquée aux arcs, ressorts et autres solides élastiques.

La mécanique des Tapeurs survenant a, naturellement, appliqué à ces corps également élastiques une expression qui s'adaptait très exactement aux circonstances nouvelles : la vapeur comprimée est assimilable à un ressort tendu, et le moi [tension lutte avec avantage contre l'expression, plus topique cependant, de pression. Voici venir enfin Télectricité yoltaîque, tout aussitôt le mot tension se présente sous la plume de Yolta. Il a perdu désormais son sens primitif pour prendre une acception générale applicable à l'électricité, comme à la lumière, comme à la pression de vapeur, comme à l'élasticité, comme à toutes les forces, en un mot, et cette acception rappelle les degrés de la force comparés à ceux qu'imprime à un arc la tension de sa corde.

Mais ce n'est là qu^une comparaison, et, en réalité, la mécanique désigne, sous le nom de tension, Tattribut fondamental de la force, celui qui lui permet d'agir sur ellemême, celui que le langage psychologique indifférent aux comparaisons, et parlant au nom de la force, c'est-à-dire de la pensée, a exprimé par le terme conscience.

Il y a deux manières de considérer la conscience : ou bien on se place au point de vue de la force elle-même que Ton considère, et que l'on peut appeler le point de vue personnel, subjectif, qui est celui de la psychologie ; ou bien l'on se place au point de vue tonométrique, celui de la mesure objective par comparaison avec un autre foyer de la même force, et il s'agit alors de pénétration de conscience.

Point de vue subjectif.

La conscience psychologique, définie habituellement a science intime ou connaissance immédiate que la pensée a d'elle-même», ne peut exprimer autre chose, sinon la réciprocité d'action des éléments de la pensée susceptibles d'agir les uns sur les autres en vertu du principe de l'action égale à la réaction commun à toutes les forces. Loin d'être une faculté exclusivement propre à la pensée, c'est donc bien un fait banal et cela mérite d'être souligné par des exemples.

Considérez la force pression dans cette balle élastique que je comprime. Ne vous apparaît-il pas que la tension delà force que j'enferme en ce moment en un foyer qui est entre mes doigts est sa conscience, à lui, au même titre que ma conscience^ à moi, est la tension de ma pensée rapportée à l'acte de comprimer?

Considérez la force électrique retenue en cette bouteille deLeyde; sa tension n'est-elle pas le retentissement qu'elle exerce sur elle-même ou l'action réciproque de ses éléments lui donnant la connaissance intime et immédiate de ce qui est elle-même ?

Soient enfin dans cet être, tout aussi animé que je puis l'être moi-même, qu*est une montre, quand elle a été remontée, l'état de tension du ressort ; et, dans cet autre être, également animé, qu'est une locomotive sous pression, la tension de vapeur ; et dans tous les autres foyers analogues, la tension de la force qui les anime ; en toutes ces circonstances il en est de même : la tension considérée au point de vue de la force même qui est en cause est sa conscience, comme ma tension, à moi, qui suis à me contempler, est ma propre conscience.

Point de vne objectif.

Partout ailleurs, hormis le langage psychologique, la conscience ou tension est considérée au point de vue objectif. La force y est envisagée en ses rapports non plus avec elle-même, mais avec d'autres foyers similaires.

Ge point de vue objectif est, en partieuHer, celui des dynamomètres, manomètres, voltmètres ou autres tonomètres par lesquels la tension d'un foyer est mise en équi^ libre avec celle d'un autre foyer connu . Il est aussi celui de toutes les estimations dynamiques auxquelles nous procédons directement par l'intermédiaire des organes d'appréciation dont la nature a doté notre organisme, par lesquels, en définitive, notre pensée est mise en équilibre avec les forces extérieures.

Mais qu'est la mise en équilibre de deux foyers de force, sinon une pénétration réciproque de leurs deux tensions ou de leurs deux consciences ?

Voici, par exemple, deux ressorts se comprimant l'un l'autre jusqu'à équilibre : chacun des deux foyers modifié par l'autre est mis par ce fait au courant de cet autre et en pénètre la conscience. Nous ne faisons pas autre chose quand, à l'aide de notre propre force musculaire, nous tâtons la résistance d'un objet, ou quand, par l'intermédiaire de notre vue et d'un manomètre, nous pénétrons la conscience, c'est-à-dire la tension de la force qui actionne le manomètre?

En résumé et d'une façon tout à fait générale le mot tension^ appliqué à la .force pensée, n'est autre que la notion fondamentale à laquelle est dévolu le terme ancien conscience, Ge dernier exprime d'une façon remarquable la même entité et Ton doit se demander comment la mé-

canique a pu chercher un terme nouveau dont il n'était nul besoin.

La conscience est la propriété commune à toutes les forces de s*entre-heurter dans leurs parcelles intimes et Faction réciproque de ces parcelles les unes sur les autres. Elle est la tension de la pensée.

Plus simple est enfin cette définition rencontrée dans une autre étude, formule objective de la hauteur de ten* sien : «Tharmonie des intensités, des espaces et des temps i> et, plus précisément : u l'intensité multipliée par l'infiniment petit du temps et de Tespace ». Il serait trop long et oiseux de la développer à cette place et je ne puis que renvoyer à l'exposé que je ne tarderai pas d'en faire (1).

(1) Id l' Harmonie, exposé de philosophie positive. Ouvrage en préparation.

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