DEUXIÈME CLASSE : LES HAUTEURS
Les hauteurs sont les sensations diverses produites par les variétés d'une même force.
Il a été dit, en traitant de la connaissance, que les forces de la nature ne diffèrent réellement, pour nous, que par le lieu de Timpression. Toutes provoquent des courants nerveux, et seul, le lieu de la connaissance où ces courants aboutissent, nous fait juger Tespèce de la force qui les a provoqués.
Cette vérité demeure, qu'il s'agisse des forces en général, lumière, ondulations sonores, etc., ou de leurs variétés. La connaissance de ces variétés est le produit d'une intelligence affinée, d'une sélection qui assure à chacune une localisation différente dans la connaissance. Le résultat de ces sélections fait les hauteurs de la sensation.
Des harmonies nombreuses naissent dans chaque grande localisation du concours des hauteurs et peuvent être classées en autant de familles qu'il y a de grandes localisations. Nous y retrouverons les genres habituels des sensations harmoniques.
Famille des conleurs.
Gewe i {unités) : échelle des hauteurs. — Les hauteurs de la couleur (p. 129) sont Téchelle des sensations produites par les radiations de vitesses différentes dont la lumière est composée. Les deux grandeurs, hauteur de la sensation et vitesse des radiations, ne sont pas exactement
parallèles. La raison en est Tintermédiaire chimique qui sert à la transformation nerveuse de la lumière, ainsi que le prouve la coïncidence de réchetle des hauteurs avec celle des puissances photochimiques (p. 99).
Genre 2 : teintes. — La teinte (p. 47) est Tharmonie supérieure qui naît du concours des hauteurs. On le démontre par la disparition de toute sensation de teinte dans les milieux monochromes, tels que les laboratoires de photographie.
Nous ne redirons pas ici ce qu'est la tonique, et non plus ce que sont les accords fondamentaux ou teintes fondamentales non plus que les accords secondaires ou déri- Tes avec leurs conséquences, les complémentaires et les notions psychologiques du blanc et du noir.
Genre 3 : nuances. — Les nuances (voir antérieurement p. 61) sont les harmonies complexes, ainsi nommées pour les modifications que les teintes exercent les unes sur les autres, comme il arrive du brouillard sur les objets qu'il voile.
On y distingue, comme dans toutes les agrégations harmoniques, des similitudes et des contrastes.
Deux échelles de similitude ont été étudiées : les similitudes d'intensité ou de valeur et les similitudes de saturation.
Deux variétés de contrastes sont également relevées : les contrastes simultanés et les contrastes successifs.
De la combinaison de ces divers éléments naissent les harmonies de toutes sortes, dont le tableau a pu être sommairement esquissé, quand, dans la première partie de cet ouvrage, il a été traité des gammes de la couleur. Nous n'en avons certes pas épuisé le thème, car les combinaisons possibles sont innombrables. Aux esprits chagrins, qui ont pu voir dans la peinture un art borné, voué
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à d'éterûelles recommencements, nous répondrons : cela n'est pas. Les jeux de la couleur ne sont pas limités et l'art de la peinture n'est pas borné. Il est, au contraire» infini, et Tarliste qui sent battre en son for intérieur des émotions jalouses, qu'il veut non encore vécues, peut s'y livrer avec confiance. Tout comme la science est sans bornes, chaque conquête lui ouvrant des horizons nouveaux, de même aussi Fart est infini et son domaine incommensurable.
Gradation et dégradation, — Je rappelle enfin qu'une étude approfondie nous a fait connaître des étapes de gradation progressive: le protochroïsme, le métachroisme et le pléochroïsme^ et des étapes de dégradation : la cécité psychique, Théméralopie et l'amblyopie.
Familles des saveurs et des odeurs.
Genre 1 [unités) : échelle des hauteurs* — A défaut d'une échelle psychologique des hauteurs de sensation sapide et gustative encore inconnue, il faudrait chercher, dans les données de la physique proprement dite,s*il n'est aucune graduation qui s'en approche à la manière dont l'échelle spectrale des radiations lumineuses s'approche de l'échelle des hauteurs visuelles. Il faudrait, en particulier, chercher s'il n'est pas dans la constitution chimique des corps sapides et odorants^ une gamme des ondulations atomiques qui lui soit comparable.
Un indice en peut être entrevu dans la progression des saveurs acide, salée, sucrée, qui me parait être comme une gamme harmonique progressive à mettre en parallèle avec un ordre également progressif de complexité atomistique. J'imagine aussi une progression analogue entre les arômes odoriférants allant des formules simples de
Tammoniaque aux combinaisons plus complexes des hydrocarbures pour arriver aux extrêmes subtilités moléculaires des essences parfumées.
Genre 2 (teintes) : les saveurs bt odeurs. — De même que, nous Tavons vu^ il n'est pas de teinte en un milieu monochrome, il ne saurait davantage y avoir de saveur ni d'odeur en un milieu chimique homogène. La preuve en est fournie par Texpérience. Pénétrez dans un appartement parfumé, l'odeur vous en paraîtra frappante à l'arrivée, mais ne tardera pas à s*effacer entièrement. Prenez dans la bouche une petite quantité de matière sapide, et faites-la passer successivement sur toutes ses faces, le goût en sera très marqué. Remplissez-vous-en la bouche, au contraire, et la sensation n'en sera que momentanée.
Toute sensation qualifiée de saveur et d^odeur est donc une harmonie entre telle sensation partielle et le fonds sapide du moment ou la tonique. Peut-être arrivera-t-on un jour à en déterminer les tierces, quintes et octaves, harmonies fondamentales qui existent sans nul doute, ainsi que leurs dérivées parmi lesquelles il en est de complémentaires, dont le mélange procure une sensation neutre (le blanc de saveur et d'odeur) et dont la frappe isolée donne lieu aux phénomènes réflexes des contrastes.
Genre 3 (nuances) : les bouquets et fumets. — Ce sont les harmonies complexes qui naissent des agrégations simultanées et successives des précédentes.
Toutes les sortes de nuances y sont représentées : celles de similitude comprenant les échelles de saturatioa et d'intensité et aussi celles de contraste.
N Nous le savons, les teintes des couleurs changent avec l'intensité de Téclairement ; il en est de même pour les saveurs et les odeurs. Telle odeur, par exemple, reconnaissable entre toutes, suave et délicate quand elle est
de faible intensité, devient vireuse et ne peut être reconnue quand elle est forte. Et il en est de même de saveurs comme celle de là truffe.
L'échelle des saturations est Tintensité relative dont une odeur ou une saveur vient à émerger dans un ensemble neutre et pourtant sapide.
Les contrastes apparaissent dans les assemblages et les successions où des saveurs et des odeurs se font valoir mutuellement. La rose et la violette, loin de mêler leurs parfums, se font sentir séparément quoique associées. 11 en est de même des fumets quand, par exemple, on mélange le citron à Tamande. C'est le talent du parfumeur que de savoir utiliser les divers parfums pour en tirer les harmonies multiples. La ménagère est une harmoniste, quand elle apprête et assaisonne les mets, et aussi quand elle en règle dans un menu l'association et la succession.
Gradation, — Il existe une gradation très marquée dans le perfectionnement des sensations de celte famille suivant les sujets. On connaît la faculté particulière qu'ont les chiens et surtout certains insectes de reconnaître et différencier des odeurs extrêmement subtiles. On connaît, d'autre part, parmi des hommes également éduqués et vivant dans le même milieu, des différences frappantes. Voici, par exemple, une famille nombreuse : le père se pâme d'aise à sentir le réséda ou la fleur de vigne quand à peine il y en a une branche sous ses fenêtres^ et les enfants sont également bien doués, à l'exception d'un seul. Celui-là, sans être aucunement inférieur pour toutes espèces d'odeurs, n'a jamais reconnu au réséda que l'odeur vireuse de son approche immédiate et n'a jamais senti la fleur de vigne. Ces deux parfums d'un arôme également subtil représentent évidemment une calégo-
rie. Je suis tenté d'assimiler le cas à un daltonisme de l'odorat.
Les déchéances dans Tordre des saveurs sont peu connues, celles des odeurs (anosmie et dysosmie) le sont à peine davantage.
Je crois cependant me souvenir qu*il a été noté des cas de suppression ou de lacune de la connaissance. Ils appartiennent, comme les suppressions de valeurs, au syndrome extrêmement complexe de Taphasie et sont symptomatiques des destructions de l'écorce cérébrale.
Les oànubilations sont fréquentes dans les affections générales du système nerveux. On les observe dans le tabès, où elles représentent Thomologue de Famblyopie oculaire. Elles sont également fréquentes dans les altérations des muqueuses et sont alors l'homologue de Vhéméralopie.
Familles des chaleurs et des toacheurs.
Les degrés de la température extérieure sont différenciés en plus et en moins dans des limites étroites. Ces limites sont celles de l'échelle des hauteurs dans la sensation de chaleur. Aux relations positives ou négatives de ces hauteurs répondent les appellations chaud et froid^ seules catégories harmoniques de Tordre des chaleurs.
Les toucheurs ou harmonies des hauteurs tactiles marquent leur échelle dans des degrés de mollesse et de dureté, relations positives ou négatives répondant aux effets des pressions extérieures. A ce titre, les toucheurs ne sont pas plus riches d'harmonies que les simples chaleurs.
Mais, nous l'avons déjà indiqué à propos des valeurs de temps, là ne se bornent pas les harmonies de cette sorte.
On parle, en effet, des rugosités de la laine, des caresses du velours, du poli des glaces, du grenu, du velouté de Tonctuosilé huileuse des mets. Ce sont autant d'harmonies qui marquent les rapports de vitesse dans la succession des contacts, premiers indices des harmonies tactiles extrêmement perfectionnées du domaine de l'ouïe qui font Fobjet du chapitre suivant.