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LES SENTIMENTS OD HARMONIES DES HAUTEURS DE SENTIMENTALITÉ

Genre 1 (unités) : échelle des hauteurs.

J'éprouve un certain embarras à expliquer en quoi résident les hauteurs de sentimentalité et surtout à en déterminer l'échelle. Aucun phénomène simple de physique

externe ne peut être invoqué comme leur étant plus ou moins parallèle à la manière de la vitesse des radiations lumineuses ou sonores. Gela se comprend, les impressions de Tordre des sentiments appartiennent à une rétine profonde et bien trop éloignée des contacts extérieurs.

Néanmoins, comme les hauteurs du domaine de la sensualité, celles de la sentimentalité ne peuvent que représenter les degrés de tension des courants nerveux issus des impressions de sentiment.

Nous disons de certains sentiments qu'ils nous dépriment, et d'autres qu'ils nous relèvent. La dépression du sentiment répond aux tensions faibles ou défaillantes, l'élévation est le phénomène contraire.

Le mécanisme des hauteurs de sentimentalité, conforme à celui des hauteurs de sensualité, doit être expliqué comme celui d'une intelligence suprême, douée comme ses congénères des fonctions d'impression, d'intellection et d'expression. L'appareil de cette intelligence, autre rétine superposée aux précédentes, subit^ comme autant d'impressions, les courants produits par les harmonisations premières. L'intellection les scinde et les distribue suivant la loi des tensions et des résistances, pour les réfléchir ensuite en expressions récurrentes sensorielles et motrices.

Genre 2 : teintes.

Un sentiment isolé ne saurait avoir de caractère harmonique, il ne l'acquiert que par le contact avec d'autres, empruntés à la réalité actuelle ou à la mémoire. L'enfant élevé dans une prison et qui n'a pas le souvenir d'une vie en liberté n'éprouve pas le sentiment de la réclusion, qui sera, au contraire, subitement déterminé après une

échappée au grand air. C*est toujours le même fait de la teinte disparaissant dans un milieu lumineux monochrome, que nous avons pris pour type successivement dans tous les domaines de l'harmonie.

Tandis que les harmonies des hauteurs de la couleur et de Toueur ont été trouvées réductibles à trois teintes ou accords fondamentaux, la sentimentalité n*en offre que deux, elle est dichroîque comme la couleur du daltonisme, comme la chaleur et le froid. Gela n'empêche pas les sentiments d'être pourtant extrêmement variés, et cet exemple doit être une consolation pour les daltoniens que Ton a le tort de plaindre outre mesure, les croyant absolument privés des harmonies de la couleur.

Les deux teintes fondamentales du sentiment ont nom le plaisir et la peine. Il n'en existe pas d'autre, et il paraît impossible d'en concevoir.

Le plaisir et la peine sont complémentaires. Ils s'équilibrent dans l'indifférence^ qui est le « blanc du senliment ».

Pourquoi la sentimentalité demeure-t-elle éternellement dichroîque, jetant comme un défi à l'universel progrès? Ou plutôt que signifie la dichroïcité des sentiments que l'on voit se dresser avec l'apparence d'un fait imperturbable, inhérent à la nature même du phénomène?

Cela signifie que les sentiments évoluent tout au sommet dans l'échelle ascendante ou hiérarchie des harmonies.

Pour le bien saisir, il est indispensable d'avoir présente à l'esprit la solution mécanique du problème de l'harmonie, telle que nous lavons rencontrée jusqu'ici : une émotion éveillée en un foyer supérieur par la confluence de plusieurs émotions. Cette solution est évidemment possible aussi longtemps qu'il se trouve dans la connaissance des foyers supérieurs à éveiller, et il y en a d'autant plus

que rintelligence du sujet est plus développée. Mais quel que soit le degré de Tintelligence, la hiérarchie des harmonies a nécessairement un terme. Il vient un moment où la marche ascendante doit s'arrêter en des foyers ultimes d'où partent les dernières réflexions, et après lequel il n'y a plus de confluence ascendante.

Dans de pareilles conditions, ce que nous appelons har^ monie ne peut plus résider que dans l'articulation ou la relation des moments successifs à l'intérieur de l'ultime foyer ou dans les variations de rémotion terminale.

Je n'entends pas dire que les sentiments n'aient à leur disposition qu'un foyer uniloculaire. L'unilocularité des sentiments est loin de ma pensée. Je sais, au contraire, qu'il est des sentiments dans tous les domaines de l'intelligence, ou, si l'on veut, des plaisirs et des peines différents attachés aux divers mouvements de notre connaissance.

Quelles sont maintenant les variations ou modalités de rémotion terminale qui représentent les sentiments?

Songeons, pour répondre à cette dernière et importante question, que, au lieu de plaisir et peine. Ton dit souvent plaisir et déplaisir. Songeons encore que le plaisir accompagne également le passage d^une sentimentalité basse à une sentimentalité plus élevée, et aussi la détente d'une sentimentalité exagérée. L'inverse est vrai du déplaisir. Le plaisir est, en conséquence, tantôt un accroissement de hauteur et tantôt une diminution, plus souvent sans doute un accroissement.

En résumé, et telle est notre conclusion concernant ce sujet, les teintes de la sentimentalité résident dans les seules relations entre les hauteurs des moments successifs des émotions de Téchelle ultime : dans les variations de hauteur émotionnelle du domaine suprême de la con-

naissance, qui est par excellence celui de la sentimentalité.

La mémoire joue, enfin, un rôle important dans le jeu harmonique des sentiments. Quand les émotions se succèdent sans intervalle, la mémoire, encore fraîche, fournit un courant de dépolarisation puissant. Ce courant diminue en intensité avec le temps, et cela fait que la joie comme la douleur s'usent par Thabitude.

Genre 3 : nnances.

Les assemblages de sentiments sont, ainsi que toutes les harmonies de cette catégorie, des similitudes et des contrastes.

Similitudes. — Des sentiments du reste identiques, mais différents par la diverse graduation de Tun de leurs éléments, composent les assemblages ou nuances de similitude. On en connaît d'intensité, de saturation, de temps, de pénétration et d'expansion.

Nuances d'intensité : L'échelle des intensités est marquée dans toutes les variétés du sentiment. Elle va du simple plaisir à la volupté et du minime déplaisir ou mécontentement à l'âpre souffrance.

Nuances de saturation : Notre existence se déroule au milieu de sentiments multiples qui d'ordinaire vont se neutralisant les uns les autres en une note générale d'indifférence. Quand un sentiment émerge, c'est que par son intensité momentanée et l'effacement proportionnel des autres, sa teinte acquiert un degré de suffisante saturation. L'extrême saturation est dans un sentiment comparable à l'unisson dans lequel tout se fond et s'efface jusqu'à provoquer l'oubli de soi-même, bien connu de la douleur comme de l'extase.

Nuances de temps : Les émotions nombreuses et variées qui contribuent à produire un sentiment n'arrivant pas simultanément à la connaissance, il en résulte une période de préparation ou pressentiment.

A la période de préparation succède une période d'état qui est le temps de la pleine évolution ou pleine émotion d*un sentiment.

A celle-ci enfin succède la période de déclin et d'extinction qui est en même temps celle du retentissement universel sur rindividu, d'écho lointain ou de ressentiment.

L'attente^ le désir, Tespoir sont les pressentiments du plaisir ; Tappréhension, la crainte et Tefifroi sont ceux de la peine. La surprise et Tétonnement marquent l'absence de tout pressentiment.

Le plaisir, la gaieté, la joie sont les nuances d'état du plaisir ; le déplaisir, la tristesse, la souffrance sont celles de la peine.

Enfin^ la satisfaction et le contentement sont les ressentiments du plaisir, le regret et le désespoir sont ceux de la peine.

Nuances de pénétration : On distingue encore les sentiments par leur superfieialité et par leur profondeur. Un sentiment superficiel est celui qui disparaît sans laisser de traces ; un sentiment profond marque dans les annales de l'individu pour revivre au moindre appel. Cette nuance indique la quantité de polarisation laissée derrière elle par Tonde harmonique supérieure, son tribut payé à la mémoire. Les sentiments diffèrent entre eux quant à leur puissance polarisatrice, et l'intensité importe moins à ce point de vue que la saturation. On oublie, en effet, bien vite certains plaisirs et certaines douleurs vives mais mélangées de sentiments variés, tandis que l'on en retient de beaucoup moins intenses plus purs de mélange.

Nuances d'expansion : Il est enfin communément question de l*étroitesse ou de la largeur des sentiments. Trois degrés sont bien nettement caractérisés à ce point de vue et marqués dans le langage.

Au premier degré appartiennent les sentiments nés des relations de Tindividu avec lui-même comprenant les plar* sirs et les peines « égoïstes du bonheur et du malheur. Au deuxième degré répondent les sentiments qui accompagnent les relations de l'individu avec ses semblables où se trouvent toutes les nuances de Vamour et de la haine.

Le troisième et suprême degré enfîn correspond aux sentiments qu*éveillent en nous les relations des événements et des êtres entre eux : le beau et le laid^ le vrai et le fauXj le juste et Vinjuste,

Contrastes. — Contrastes spontanés : Un sentiment quelconque éveille inévitablement la pensée de son contraire. La preuve en est dans l'inséparable liaison qui en unit les locutions dans notre mémoire. Est-il besoin de citer des exemples : plaisir et peine, bonheur et malheur, bonté et méchanceté, louange et blâme, désir et satisfaction, etc., etc. ? Appelez autant de sentiments que vous en pourrez imaginer, et toujours la même vérité apparaîtra sous le couvert de termes désignant des sentiments exactement complémentaires, c'est-à-dire se neutralisant par le mélange en une teinte grise d'indifférence. Ce phénomène entièrement spontané est l'expression évidente d'une récurrence nerveuse identique à celle qui explique les contrastes en général.

Contrastes frappés : Un moraliste veut-il faire ressortir la noirceur d'un sentiment, il appelle à son aide, en réveillant par une image, le sentiment contraire ; c'est ainsi qu'il obtient des effets analogueà à ceux du compo-

siteur lorsque celui-ci fait chanter brillamment une voix en raccompagnant de ses contrastes, et à ceux du peintre lorsqu'il allume un ton en Tentourant de ses complémentaires. Je rappelle que l'accroissement d'efifet ainsi produit est expliqué en couleur et en acoustique par la superposition réciproque des notes d'un côté avec les réflexes de l'autre (p. 68, H6 et 386). La même explication s'impose pour le sentiment.

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