LES GRADATIONS DE LA SENTIMENTALITE
Gradation progressive.
De grandes différences existent entre les êtres animés au point de vue du développement des sentiments et la gradation peut en être établie avec facilité.
Les harmonies primitives de teinte : le plaisir, la peine, rindifférence, sont Tapanage de toutes les individualités, si rudimentaires soient-elles.
Quant aux nuances d'intensité, elles sont également communes à toutes les catégories d'individus; car, cela est évident, les émotions du sentiment le plus rudimentaire varient en intensité aussi bien que celles du sentiment le plus élevé.
Mais ici s'arrête le lien commun à toutes les individualités.
Les animaux inférieurs ignorent sans nul doute les nuances de saturation que seule rend possibles la multiplicité des compositions harmoniques élevées.
Les subtilités de l'attente et du contentement, en un mot, les nuances de temps^ cèdent pour les mêmes êtres
deyant les brutalités des convoitises immédiates et de la jouissance. Les perfectionnements de la mémoire, et avec eux les profondeur de la pénétration, vont également grandissant avec les différenciations d'une organisation supérieure.
G^est surtout enfin dans le champ des nuances d'expansion que l'on observe une gradation très caractérisée, et en voici Taperçu.
1* Les sentiments égoïstes du bonheur et du malheur, avec leurs variétés, se développent en raison de raffinement des sens ; ils sont multipliés par les progrès de la motilité individuelle et la variété des milieux qui en est la conséquence. Les sentiments égoïstes de Thuître fixée à son rocher [sont en retard sur ceux du poisson qui nage et ceux du poisson en retard sur ceux de l'oiseau qui, sachant à la fois nager et voler, a sondé les profondeurs de Tair comme celles de Teau.
2^ Les sentiments sociaux : amour et haine, croissent avec la facilité et la multiplicité des relations entre les individus. Comparez à ce sujet l'abeille ou la fourmi avec les espèces solitaires, l'homme des bois avec le citadin, la différence est énorme.
3** Le progrès ultime réside, sans contredit, dans les nuances d'expansion de la troisième catégorie, celles qui naissent, par l'effet, sur l'individu, des relations extérieures. Le vrai et le faux, le beau et le laid, le juste et l'injuste, le bien et le mal, en sont les termes absolument généraux. Mais les perfectionnements en ce domaine n'ont pas de limite, ils suivent les progrès de la science, de l'art et des mœurs ou de la législation, un champ dans lequel l'espèce humaine présente une supériorité inobntestée et dans lequel aussi, il y a, entre les hommes, des différences marquées xle races, dépeuples et d'individus.
L'antique Grèce a brillé, à ce point de, vue, d'un éclat merveilleux ; la plus pure gloire de notre pays est dans ses efforts pour en renouer la tradition.
Dégradation des sentiments.
On connaît aussi une dégradation des sentiments et celle-là fait Tobjet de la pathologie mentale.
Des obnubilations générales y représentent Tamblyopie de la couleur. Elles sont caractérisées par la disparition progressive des sentiments dans Tordre de leur développement. Le type en est fourni par les excès de la pression exercée sur la masse de Tencépliale, soit par du sang épanché, soit par de la lymphe en excès, soit même par des tumeurs. Les sentiments du beau et du laid, du vrai et du faux, du juste etde l'injuste, etc., disparaissent d'abord, et nous disons des sujets qu'ils sont indifférents aux choses extérieures ; ceux de la sociabilité s'éteignent ensuite et Ton dit que le malade ne reconnaît plus les personnes ; enfin le coma survient, dans lequel les sentiments égoïstes du bien-être et son contraire sont à leur tour étouffés. Les sentiments ont alors complètement disparu avec tout fonctionnement de Tintelligence supérieure.
Les altérations proprement dites du sentiment sont de deux sortes : d'exaltation et de dépression ; on les appelle manie et lypémanie (ou mélancolie) ; elles répondent aux exagérations de la sentimentalité dans les deux directions, celle du plaisir et celle de la peine.