‹ La psychologie objective;Chapitre 1 sur 145 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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PRÉFACE

Est-il nécessaire de présenter Bechterew au public français ? Gomme neurologiste, comme clinicien, certes non. Mais, cette fois-ci, il se trouve sur un terrain un peu différent, sur le terrain de la psychologie générale où les hypothèses sont nombreuses et l'entente plus difficile, surtout lorsqu'il s'agit d'une traduction.

L'œuvre qui est présentée aujourd'hui au lecteur français, peut sembler au premier abord un peu ardue. C'est pourquoi nous saisissons bien volontiers l'occasion d'en dire quelques mots. Ce qui nous vient aujourd'hui de réminent neurologiste russe, ce n'est pas seulement un essai personnel de saisir les phénomènes psychiques de leur côté objectif, c'est la mise au point de tous les efforts qui ont été faits dans cette direction. Ce livre est le manuel de la psychologie de demain... Car quelque opinion qu'on ait sur l'emploi de la méthode subjective et les avantages de l'introspection, personne ne saurait nier l'intérêt qu'il y a à saisir le côté objectif de ces mêmes phénomènes. On ne doutait que d'une chose : de l'extension de cette méthode à tous les phénomènes de la vie psychique. Le travail du professeur Bechterew donne à ces doutes un démenti éclatant. On trouvera ici le moyen d'engager des recherches objectives sur tous les points de la psychologie. A ce point de vue, le nouveau volume de Bechterew a sa place marquée d'avance dans toutes les bibliothèques.

BECHTEIIEW.

PRÉFACE

Mais ce n'est pas tout. Ce que nous voudrions signaler encore, c'est l'importance que présente Г extension de cette méthode aux phénomènes de Vidéation.

L'œuvre du savant maître de l'Académie de Saint-Pétersbourg présente en cela l'aboutissement d'une série d'efforts qui ont été plusieurs fois résumés et personnellement secondés par le traducteur du présent volume, M. Kostyleff, notre si distingué collaborateur.

Nous parlons ici des recherches sur le mécanisme cérébral des perceptions, de la mémoire, de la pensée abstraite, des rêves, etc., etc. Elle leur apporte un appui très précieux. Personnellement, nous nous sommes depuis longtemps ralliés à cette manière de voir.

Nous croyons avec Bechterew, d'accord, en cela du moins, avec Bergson, que la psychologie ne saurait s'attacher exclusivement aux faits de conscience. Loin de se limiter au domaine conscient, elle doit étudier tous les phénomènes qui se produisent en rapport corrélatif avec la vie mentale, que ces phénomènes soient conscients ou non ; comme le domaine de Fextra-conscient est infiniment plus vaste que le conscient, le domaine des recherches psychologiques s'enrichit ainsi d'un champ d'investigation immense et s'étend à toutes les conditions biologiques des manifestations de la vie neuropsychique dans sa plus large acception.

Nous avons trouvé très convainquantes les preuves qui font rentrer les phénomènes de la vie mentale dans le schéma des réflexes cérébraux L'œuvre de W. Bechterew fournit ici des arguments nouveaux du plus puissant effet. Dans cette partie, elle présente donc, en outre, un intérêt de la plus vive actualité, et nous sommes doublement heureux de féliciter l'auteur pour la synthèse des recherches objectives qu'il a faites avec tant de patience et d'érudition, et pour l'extension de celles-ci au domaine de l'idéation qui présente un si vif intérêt.

PRÉFACE

Dans le récent Traité international de psychologie pathologique que MM. Alcan et Lisbonne viennent d'éditer sous notre direction, nous avions ouvert un chapitre nouveau sous le titre de psychopathologie objective. M. le professeur Bechterew a bien voulu le traiter avec sa maîtrise habituelle, et l'accueil particulièrement favorable dont cette tentative a été l'objet, répond de celui qui est assuré au présent volume si nouveau et original. Nous sommes personnellement profondément reconnaissant au maître russe de l'honneur qu'il nous a fait en nous demandant de le présenter aux lecteurs français ; que MM. F. Alcan et Lisbonne reçoivent également l'expression de nos vifs remerciements pour leur bienveillant appui.

Villejuif, Janvier 1913.

Dr Auguste Marib.

La psychologie qui va être l'objet de notre étude, ressemblera peu à ce qu'on a, jusqu'à présent, compris sous ce nom. Le l'ait est que, dans nos recherches, il n'y aura pas de place pour les phénomènes subjectifs qu'on appelle généralement états de conscience. Jusqu'à présent on a compris comme phénomènes psychiques principalement les phénomènes conscients. La psychologie, dit W. James au début de son manuel, peut être le mieux définie dans les termes du professeur Ladd comme « description et explication des états de conscience ». Gomme états de conscience, dit-il plus loin, nous comprenons les sensations, les désirs, les émotions, les perceptions, les raisonnements, les décisions, etc. Leur explication doit naturellement comprendre l'étude de leurs causes et de leurs conséquences autant que les unes et les autres peuvent être certifiées1.

Ainsi, le principal objet de la psychologie, telle qu'on Га comprise jusqu'à présent, était le monde interne, le substratum de notre conscience, et comme ce dernier n'est accessible qu'à nous-mêmes, c'est l'auto-observation qui a été le principal moyen de l'investigation psychologique. Il est vrai que quelques auteurs ont introduit dans la psychologie la notion des processus inconscients, mais ce fut toujours d'une manière incertaine, en les rapprochant des phénomènes

i. W. James. Text-book of Psychology, 1892, p. 1.

BECHTEREW.

conscients, comme si ces derniers y étaient simplement latents. L'existence même des processus inconscients est loin d'être généralement admise. Nous n'allons pas énumérer ici toutes les manières d'envisager ce problème. On en trouvera un aperçu détaillé chez le Dr Cesca1, sans parler des études plus anciennes de Lewis, Hamilton, Mill et autres. Disons simplement qu'à côté des auteurs qui reconnaissent l'existence des processus inconscients, il y a toute une série d'autres qui les excluent tout à fait de la psychologie. Ziehen, par exemple, comprend sous le terme de psychique « tout ce qui est donné à notre conscience et rien que cela ». Le psychique, dit-il, se confond tout à fait avec le conscient. Nous ne pouvons même pas nous imaginer ce que peut être une sensation ou une perception inconsciente. Nous ne connaissons ces dernières qu'autant qu'elles sont conscientes. Les soi-disant processus inconscients ne sont, d'après lui, pas autre chose que des processus matériels qui aboutissent à un acte psychique ou conscient. La notion même d'un acte psychique inconscient lui paraît vide de sens2.

Netchaeff est également persuadé qu'il est impossible d'admettre « une activité psychique qui serait littéralement inconsciente ». Si l'on parle quelquefois de phénomènes inconscients, cela n'a, d'après lui, qu'un sens très vague3.

L'auto-observation est donc généralement considérée comme étant la source principale de la psychologie, et cette dernière se trouve réduite à l'étude des phénomènes de conscience.

L'expérience a pourtant montré que l'auto-observation ne suffit point, même pour se connaître soi-même. Les recherches d'Ebbinghaus sur la mémoire * ont prouvé que certains phénomènes qui accompagnent la reproduction des syllabes, persistent longtemps après leur disparition de la conscience

1. G. Cesca. Ueber die Existenz von unbewussten psychischen Zustânden. Vierteljahresschr. /'. wiss. Philos., 1885, Bd IX.

2. Ziehen. Leitfaden der physiol. Psychologie, VII0 Aug., 1906.

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