W. Bechlerew. Westn. psych. (en russe), 1910, n
2. W. Bechterew. Recherches objectives sur le développement de l'activité neuro-psychique dans la première enfance. Westn. psych. 1909 et éd. sep.
BECHTEREW.
générale de l'individu et y rapporter exactement la réaction qu'on veut juger.
Mais la corrélation des processus réactifs avec l'appréciation de soi ne se borne pas à l'expression verbale. Elle est beaucoup plus profonde et peut être saisie bien avant dans la concentration nerveuse, comme aussi dans les réactions de toute autre nature. En ce qui concerne la première, l'observation montre que tout effort de concentration s'accompagne d'une tension nerveuse qui, pour le sens interne, correspond à un certain degré de l'attention. Dans les mouvements instinctifs il se produit un essor nerveux qui se perçoit intérieurement comme un besoin ou un désir. Il en est de même pour les émotions dont nous avons étudié l'expression mimique. Dans la colère il se produit un mouvement interne qui, d'après le témoignage personnel, correspond au désir d'attaquer l'ennemi. Le sentiment de l'orgueil s'accompagne d'un redressement qui correspond au désir d'être au-dessus des autres. Le sentiment de la douleur entraîne une défaillance physique qui, subjectivement, se traduit par une sensation d'abaissement. Dans la crainte il se produit une contraction interne qui semble motivée par le désir d'éviter le danger. La joie est caractérisée par un relèvement de l'énergie physique qui vajusqu'à faire sauter en l'air et, subjectivement, se traduit par un cours plus rapide des associations. La tristesse s'accompagne au contraire d'un abaissement de l'énergie qui fait parler de faiblesse, d'oppressions, etc.
11 est clair que, dans tout cela, la corrélation entre les processus réactifs et l'appréciation de soi est on ne peut plus complète.
On peut être sûr que lorsque les mouvements mimiques et leurs concomitants internes auront été produits comme réflexes associés, on trouvera une corrélation aussi complète de leurs seuils à celui de l'appréciation subjective qu'il a été trouvé pour les réflexes simples et l'appréciation interne de ceux-ci.
Il en est de même, sans aucun doute, pour les réactions complexes qui constituent l'esthétique, la morale ou la religion.
Prenons, à titre d'exemple, un jugement esthétique. L'effet d'un tableau ou d'une statue est certainement très complexe,
mais on y distingue bien, au commencement, un mouvement d'imitation qui s'accompagne d'une émotion spécifique. Celleci est quelquefois à peine marquée et se trouve bien vite noyée dans le flot des réflexes associés, mais le mouvement peut tout de môme être saisi. Ainsi, par exemple, une ligne violemment brisée détermine un mouvement en zig-zags de la main et, en même temps, un état spécifique d'inquiétude.
Inutile d'ajouter que oette impression ne peut guère être durable. Dans un tableau il y a trop de lignes, de contours, de couleurs, etc., pour que d'autres éléments ne viennent à leur tour, fixer la vue. C'est ce qui fait, que les œuvres d'art produisent souvent une impression où on ne se débrouille qu'avec peine. Mais à les étudier de plus près on trouve que toutes ces impressions ont, à leur base, des réflexes analogues.
Dans l'appréciation d'une œuvre musicale on découvre aussi facilement des mouvements d'imitation. Ainsi, par exemple, un temps très rapide entraîne des mouvements également rapides de la main, les sons hauts, un redressement du corps, les sons bas, un abaissement, etc. Ces mouvements s'accompagnent, pour le sens interne, d'une émotion correspondante sthénique, asthénique, mixte, etc.
Dans le domaine des réflexes symboliques cette corrélation est plus difficile à saisir, mais cela ne tient qu'à l'insuffisance de nos moyens d'observation. Prenez n'importe quel jugement. Vous y trouverez, précédant la décharge verbale, un travail de reproduction dont le mécanisme nous échappe, mais qui se traduit, comme on dit, par un « balancement de la volonté ». Dans les réflexes personnels qui ont la forme d'un acte, on l'observe comme un « mouvement de préparation » ou « d'hésitation », c'est-à-dire comme un phénomène d'inhibition dans les centres cérébraux.
En résumé, l'appréciation de soi se développe en corrélation çtroite avec les réflexes cérébraux et ne peut faire défaut que lorsque ceux-ci rencontrent un obstacle sur .leur voie. Cela fait que les réflexes associés présentent un moyen excellent de contrôle et une main-mise directe sur la base organique de la personnalité.