Egner. Exp. Stud. iib. d. Zeitsinn. Thèse
7. Schumann. Zur Psych. d. Zeitanschauung. Zeitschr. f. Psych. u. Phys. d. Sinnesorg, v. II, IV, X, XVII, etc.
8. Meumann. Beitrage z. Psych. d. Zeitsinns. Phil. Stud., vol. VIII, IX.
fait des impressions qui les limitent et l'appréciation des grands, du travail qui les remplit, il s'est appliqué à scruter ces rapports et s'est vu amené à des conclusions très intéressantes.
Ainsi, il a établi qu'un intervalle limité par la perception auditive de deux explosions paraît plus court que lorsqu'il est limité par la perception visuelle (deux étincelles) et beaucoup plus long que lorsqu'il est limité par deux contacts. Il a constaté plus loin qu'un intervalle limité par deux impressions de nature différente paraît plus long que lorsqu'il est marqué par deux impressions de la même nature. Pour un intervalle de 0,5" limité par deux sons, il a établi qu'à la répétition celuici paraît plus court que la première fois, etc., etc.
L'étude des grands intervalles s'est montrée plus difficile, mais là aussi Meumann a trouvé quelques faits d'une portée directrice. Gomme nous l'avons déjà dit, ce qui importe le plus ici c'est le travail qui remplit les intervalles, et il a reconnu que ce dernier agit en rapport avec les divisions qu'on y fait et surtout avec le rythme de sa marche.
En résumé, toutes ces questions restent encore ouvertes, mais les faits qu'on a dégagés caractérisent tout de même la perception du temps, comme relevant de processus réactifs.
Pour nous, cela ne présente aucun doute. Nous voyons un rapport direct entre l'appréciation du temps et les processus physiologiques, tels que le rythme de la respiration, ou, pour un laps de temps plus étendu, l'alternance du sommeil et de la veille. Nous voyons un rapport avec le nombre des réactions musculaires, avec le nombre des impressions reçues et, enfin, avec le nombre des associations qui se sont produites dans cet intervalle.
De ce point de vue il importe de signaler encore l'étude de M. Thury l. Celui-ci a fait ressortir, à côté de la concentration nerveuse, l'influence du tonus neuro-psychique. Le tonus positif fait paraître les intervalles plus courts, le tonus négatif, plus longs. Il a établi en outre que sous l'effet de l'habitude, le
i. M. Thury. L'appréciation du temps. Arch. de Psych., 1903, n° 6.
temps paraît plus court, comme aussi avec l'âge, la même durée de temps semblant plus longue dans la jeunesse que dans l'âge mûr.
Notons enfin l'observation de Binet, qui a trouvé que cela dépend aussi de la disposition volontaire de l'individu1.
Si on a envie d'en finir, le temps paraît plus long, dans le cas opposé, plus court qu'il n'est en réalité.
Ceci semble provenir en partie de la concentration nerveuse sur l'occupation qui remplit le temps, mais outre cela il y a là des facteurs affectifs dont le rôle est encore peu éclairci.
Sur le développement de la perception du temps et l'accession de ces divers facteurs dans l'ontogenèse de l'organisme nous sommes très peu renseignés. C'est une question qui est réservée à l'avenir. Quant à l'orientation dans l'espace, il est un fait d'observation courante que chez l'enfant, elle est très rudimentaire. L'enfant tend quelquefois les bras vers la lune, croyant pouvoir la saisir. L'appréciation du temps doit se développer encore plus tard, mais cela n'a pas encore été observé, ni décrit.
Appréciation générale des phénomènes neuro-psychiques ou « conscience de soi ». — En ce qui concerne l'appréciation générale des phénomènes neuro-psychiques, il faut distinguer deux choses : l'appréciation des processus organiques qui constitue la base physique de la personnalité et l'appréciation des réflexes associés qui est proprement ce qu'on appelle conscience de soi.
La première varie beaucoup selon que l'individu est bien portant ou indisposé. Comme la santé est caractérisée par un état d'équilibre qui n'agit pas sur la sphère sensorielle, le sentiment physique de la personnalité se réduit souvent à presque rien. Il ne s'accentue que lorsqu'il y a un écart de la norme, en bien ou en mal : sous l'effet d'un stimulant comme un bon repas, un bon vin, ou bien sous l'effet de la fatigue, du froid, etc.
Par contre, dans les états pathologiques il entre dans la
4. D. Binet. Note sur l'appréciation du temps. Archiv. de psych., 1902, n° 5.
personnalité de l'individu au point de modifier toutes ses manifestations. Dans certains cas les processus somatiques prennent une telle prépondérance que toutes les réactions en sont, pour ainsi dire, faussées.
C'est ce qu'on observe, par exemple, dans le cas d'un délire hypocondriaque.
Inutile d'ajouter que l'appréciation des processus organiques se traduit très nettement au dehors. Le moindre écart de la norme a un retentissement sur l'attitude générale de l'individu et sur ses actes. Dans les cas pathologiques cela va même si loin que les rapports normaux avec lui deviennent impossibles.
Il n'en est pas de même pour les réflexes associés où l'appréciation est beaucoup plus difficile. Elle se fait généralement sous la forme d'un jugement sur ses facultés ou sa valeur morale. Il est vrai que chacun se rend compte, dans une certaine mesure, de la relative vitesse de ses associations, de l'exactitude des processus reproductifs et du caractère de son tonus neuro-psychique, mais l'appréciation générale est beaucoup moins sûre. Elle dépend beaucoup de la comparaison de ses actes, à soi, avec l'activité des autres, mais la base principale de l'appréciation est toujours fournie par les rapports au monde ambiant et l'expérience antérieure de l'individu.
Il est bien entendu que là aussi la faculté d'appréciation ne reste pas sans changement. Là aussi il faut reconnaître l'influence prépondérante des facteurs affectifs, notamment du tonus neuro-psychique. Lorsque celui-ci a un caractère positif, l'appréciation devient facilement exagérée ; lorsqu'il a un caractère négatif, elle tombe dans l'excès contraire qui est l'amoindrissement de la personnalité.
Contrôle objectif des témoignages sur les réactions neuro-psychiques. — Ceci nous amène à soulever la question générale du contrôle en fait d'appréciation des processus réactifs.
Nous avons vu qu'au-dessous d'une certaine limite 1 appréciation est peu sûre, si l'individu ne s'y applique pas d'une manière
spéciale. Mais il se peut aussi que ce dernier y oppose de la mauvaise volonté. Il s'agit de savoir si dans ce cas-là il n' y a pas moyen de s'en rendre compte, indépendamment de sa volonté.
A cela nous répondons d'une manière tout à fait affirmative. Ce moyen nous est fourni par les réflexes associés. On a vu qu'il suffit de combiner une impression visuelle ou auditive avec une excitation électrique pour que l'individu se mette à réagir à celles-ci, comme il réagit à cette dernière. Le réflexe ainsi associé se produit même s'il refuse de répondre au sujet de l'excitation. Ce n'est que dans les cas pathologiques, à la suite d'une lésion de l'organe ou d'une interruption des voies conductrices qu'il restera indifférent.
Le même procédé peut être appliqué à l'appréciation du seuil de la réaction, simple ou différentiel. Les expériences ont montré que pour les réflexes associés l'excitation peut être abaissée jusqu'à une limite qui correspond au seuil même de l'appréciation personnelle.
Il en est de même pour le seuil différentiel. Si le réflexe est établi en réponse à une excitation qualitativement différenciée, le minimum de la différence en force ou en qualité qui suffira pour le provoquer correspondra au seuil différentiel de l'appréciation personnelle.
Enfin, si la différenciation est de nature spatiale, comme cela a lieu pour la surface cutanée, on s'aperçoit que les limites spatiales de l'excitation qui produit le réflexe associé, correspondent exactement aux cercles de Weber, comme on les établit à l'aide des témoignages personnels. Autrement dit, entre les résultats de l'appréciation subjective et les conditions où se produisent les réflexes associés il existe une corrélation très étroite. Ceci a des conséquences pratiques du plus grand intérêt. Comme nous l'avons déjà dit, les sujets mis en observation refusent parfois de dire la vérité et simulent un état tout différent. Cela arrive aussi bien dans les laboratoires de psychologie expérimentale, que dans les hôpitaux et chez les juges d'instruction. La méthode des réflexes associés peut rendre ici de très grands services. Elle révèle infailliblement
si le sujet se trouve dans un état morbide (de catatonie et autres) ou bien si c'est un simulateur1.
Un autre domaine où elle est très bien applicable, est celui de la première enfance où le témoignage personnel est beaucoup trop incertain2.
Enfin, elle peut servir aussi à l'étude des animaux.
Ici, à défaut de témoignage direct, c'est même le seul moyen d'obtenir certaines données qu'il peut être utile de comparer avec l'activité réflexe de l'homme. C'est ainsi qu'on peut établir le seuil des perceptions chez les animaux, simple et différentiel.
En ce qui concerne les hommes, on peut obtenir par là une comparaison très intéressante entre l'état de santé et l'état de maladie où l'appréciation subjective est souvent douteuse.
Dans les maladies où la sphère neuro-psychique est gravement atteinte, l'altération de la personnalité se manifeste très nettement : les malades prennent des attitudes d'orgueil, de commandement ou, au contraire, d'humilité, et font des déclarations directes en ce sens. Dans l'état normal l'appréciation de soi varie moins fortement, mais, somme toute, il se produit souvent des phénomènes de la même nature. On le sait si bien que lorsqu'on veut apprendre quelque chose par l'interrogatoire direct de l'individu, on tient compte de la situation personnelle où on se trouve vis-à-vis de lui, et de la manière dont il envisage la question. Il se peut notamment que par le seul effet des circonstances, il se trouve porté à exagérer, ou à cacher quelque chose. Outre cela, l'appréciation de soi dépend beaucoup de l'équilibre neuro-psychique du moment. Cela fait que sans vouloir, le moins du monde, mentir ou cacher la vérité, on peut donner une appréciation tout à fait fausse. Les médecins le savent très bien, comme aussi les hommes d'expérience qui ont été un peu observateurs dans la vie. Dans ces cas-là, à défaut de contrôle expérimental tel que nous l'avons indiqué plus haut, il faut prendre en considération l'attitude