DÉVELOPPEMENT DE LA SYMBOLIQUE VERBALE CHEZ L'ENFANT
Nous avons commencé par indiquer l'importance de la symbolique verbale et le mécanisme général de celle-ci.
Il importe de revenir maintenant à la formation de ce mécanisme.
La littérature de cette question comprend déjà un assez grand nombre de travaux, mais tous n'ont pas la même valeur pour la psychologie objective. Les recherches, comme celles de Frank, Meumann, Sikorsky, Frentzel, Lieder, etc., où le développement du langage est étudié en rapport avec les soidisant facultés physiques et les données de l'introspection, ne peuvent nous être de grande utilité. Ce qui nous paraît bien plus intéressant, ce sont les recherches purement documentaires, comme celles de Sully, Gutzmann, Ament, Fischer, Wundt, Stem, etc. A celles-ci il faut ajouter l'étude d'Eyger où le développement de la parole est traité en rapport avec la faculté d'imitation; ainsi que les recherches de Tracy et de Gompayré concernant le rôle des gestes, comme complément de la parole.
Les premières manifestations de la parole chez l'enfant consistent dans l'imitation de ce qu'il entend et dans l'émission spontanée de sons très simples composés d'une ou deux
syllabes. Ceux-ci servent à désigner des objets et des phénomènes qui ont quelque chose de commun entre eux.
Le développement se réduit tout d'abord aux progrès de l'articulation. C'est ce qui constitue le babillage de l'enfant, moyen tout à fait indifférencié de répondre à l'action du monde extérieur. Puis commence la distinction des syllabes, la formation des premiers mots et l'association de ceux-ci aux réactions sensorielles.
Extérieurement on peut distinguer ici trois phases : les cris, le babillage et la parole. Les cris ont été tout particulièrement étudiés par Giitzmann. Ce dernier s'est appliqué à enregistrer les mouvements respiratoires des nouveau-nés et a constaté l'incoordination complète de ceux-ci avec les cris. Il en conclut que les cris présentent une réaction primitive, antérieure à la coordination des mouvements respiratoires avec les mouvements du gosier, base de l'articulation verbale.
En ce qui concerne le babillage, ce dernier a depuis longtemps attiré la curiosité des psychologues. Il a été étudié par Preyer, Paul, Wundt, Sikorsky, Meumann, Stern et beaucoup d'autres. Des avis très différents ont été émis par eux sur l'origine de ce phénomène.
Pour quelques-uns, surtout pour Paul1 et WundU, le babillage est le produit d'une déformation de la langue par les nourrices, les bonnes et les parents mêmes de l'enfant. Pour d'autres, comme par exemple Ament, ce n'est pas un produit individuel, mais le résultat de l'expérience atavique qui se transmet de génération en génération par les nourrices et les mères.
Pour nous le babillage est un langage naturel et non pas appris aux enfants. En faveur de cette thèse on peut citer le fait qu'il a partout des traits communs qui se ramènent, en fin de compte, à la facilité d'articulation.
La plupart des sons n'ont qu'un rapport très éloigné aux objets qu'ils désignent. Il suffit qu'ils aient été émis et compris pour que la facilité de la répétition leur assure le retour dans les mêmes circonstances.