Binet et Henri. La mémoire des mots. Année Psych
et de tout facteur personnel. Quant à la reproduction des phrases, celle-ci révélait l'avantage des mots qui avaient le plus d'importance et cela en rapport avec l'âge des enfants. Quelquefois les mots étaient remplacés par des synonymes, emprunt tés au langage journalier et les phrases plus longues étaient même tout à fait altérées.
Certains auteurs voient la cause des différences dans la concentration nerveuse du sujet, d'autres les expliquent comme un résultat de la discontinuité des processus neuro-psychiques. Les expériences faites dans notre laboratoire (Dr Schirmann) semblent confirmer l'une et l'autre de ces thèses. Une série de
10 mots était rarement reproduite tout entière. Dans la plupart des réponses il y avait des mots omis ou changés de place. Quelques-unes étaient remplacés par dessynonymes. Les premiers et les derniers mots étaient mieux retenus que ceux du milieu, ce qui semble dû, d'un côté, à un plus grand effort de concentration et, de l'autre, à une plus grande fraîcheur des traces. Notons encore que chez la plupart des sujets la reproduction commençait avec les derniers mots de la série, se prolongeait avec les premiers et finissait avec ceux du milieu.
L'action du temps sur la reviviscence des traces cérébrales. — En ce qui concerne l'influence du temps sur la reviviscence des traces cérébrales citons tout d'abord les recherches systématiques et étendues qui ont été publiées par Khadji-Denkow1.
11 en ressortait que la reproduction ne varie pas en rapport direct avec le temps écoulé, mais que si le temps augmente en progression arithmétique, la reproduction s'affaiblit en progression géométrique. L'auteur constatait en outre que la reproduction des mots est sujette à des variations qui ne semblent pas être accidentelles. Nous reviendrons encore à cette étude, lorsqu'il sera question de la reviviscence des impressions externes en rapport avec le temps. Pour le moment il importe de relever le fait que cela n'a pas été établi pour toutes les catégories de réactions. La littérature abonde en recherches sur certaines
i. PMI Slud., XV, 4900.
réactions plus favorisées, tandis que d'autres ont été tout à fait négligées. Tel est, par exemple, le cas des réactions olfactives et gustatives. Certains auteurs affirment que les traces de celles-ci ne peuvent se conserver qu'un temps relativement court. No-us pensons, quant à nous, que c'est encore loin d'être prouvé et que ce problème mérite un examen approfondi.
En ce qui concerne les mouvements passifs, ils ont été étudiés chez nous par le Dr Joukowski à l aide d'un appareil construit pour mesurer l'extension et la contraction des muscles de l avant-bras l. Les résultats ont montré que la reproduction en est assez exacte lorsque les intervalles de temps ne dépassent pas 2 minutes. A cinq minutes d'intervalle l'exactitude baisse déjà de moitié.
0. Schneider a fait des recherches sur les mouvements actifs du poignet. La main du sujet était fixée à une planchette exactement adaptée à la paume et aux doigts, de manière à ne pouvoir bouger que dans l'articulation du poignet. Sous la planchette se trouvait un crayon à l'endroit fixé par la terminaison de l'index. La main était ensuite posée sur une feuille de papier divisée en millimètres carrés, et le sujet devait faire un mouvement jusqu'à l'endroit où se trouvait un arrêt. Après quoi ce dernier était enlevé, la main, amenée dans la position initiale, et le sujet, invité à répéter le même mouvement sans arrêt. Les répétitions ont été faites avec des intervalles allant de 0,5 à 15 minutes. Malheureusement l'arrêt avait été fixé d'une manière arbitraire, la vitesse de mouvement n'était pas toujours la même et les résultats ont été moins concluants qu'on ne croyait 2.
Les recherches de Falfc sur la reproduction des mouvements actifs ont été faites avec un appareil et une méthode qui nous paraissent également peu sûrs3. Nous les signalons par conséquent, sans entrer dans les détails.
Un intérêt bien plus considérable revient aux expériences
t. Joukowski. Obozr. Psyck., 1899, n° 5.
2. 0. Schneider. La mémoire des mouvements actifs. Thèse (en russe), Dorpat, 1894.