Lazoursky et Schipoff. Nevrol. Westn., 1900, n° i
de 1.200, ont été faites sur 5 sujets. Ces derniers devaient regarder, à travers la fente d'un écran, une bande de papier qui se déroulait sur un cylindre, présentant, l'une après l'autre, deux séries de tableaux composés de simples points. Le nombre des points était généralement de 3 à 14; quelques épreuves seulement ont été faites avec un nombre plus grand allant jusqu'à 20. Les tableaux se succédaient avec des intervalles variant entre 0,6 et 1,2 de seconde et les deux séries ne différaient généralement que d'un seul point. L'épreuve consistait à dire quel tableau était le plus grand et les résultats ont montré que les tableaux de la première série étaient généralement jugés au-dessous de leur grandeur par suite de l'effacement des traces cérébrales. Cependant l'erreur n'allait pas très loin, et même pour des séries de 14 tableaux il y avait encore des réponses justes (4,5 p. 100).
En ce qui concerne la grandeur des intervalles, les réactions visuelles semblent concorder avec les réactions auditives, car les intervalles de 0,6 sec. se sont montrés plus favorables à la reproduction que les intervalles de 1,2 sec.
La différence des organes récepteurs et de la concentration nerveuse des sujets. — Nous avons déjà dit que la reviviscence des traces cérébrales dépend grandement de leur origine sensorielle. Ainsi, par exemple, les traces des réactions olfactives et gustatives s'évoquent bien moins facilement que celles qui sont d'origine visuelle ou auditive. Mais ce n'est pas encore tout. Entre celles-ci on découvre également des différences assez notables, comme le prouvent les expériences de Munsterberg. Ce dernier présentait au sujet, dans une série, des chiffres accompagnés de couleur, dans une autre, des chiffres accompagnés de sons, et constatait que le nombre des erreurs pour la première n'était que de 20, 5p. 100, tandis que pour la seconde il se montait à 31, 6 p. 100. 11 en concluait avec raison que les traces auditives se reproduisaient moins bien que les visuelles1.
Malheureusement les expériences de Munsterberg n'étaient
1. Munsterberg. Zeilschr. f. Psych. d. Sinnesorgue, Bd I, 1908.
pas faites en nombre suffisant et l'organisation en était assez défectueuse, sans parler du fait que les simples sons ne peuvent pas être comparés aux couleurs. Gomme étendue et comme durée, il aurait mieux valu prendre des accords musicaux. Dans notre laboratoire des recherches analogues ont été faites par le Dr Schirmann l. 11 évoquait des traces sensorielles non pas directement, mais par l'entremise des réactions verbomotrices qui sont presque toujours associées à celles-ci. C'est-àdire, il présentait des séries de mots se rapportant chacune à une catégorie spéciale de réactions : visuelles, auditives, gustatives, olfactives, tactiles, thermiques, et à Tidéation abstraite.
Les sujets étaient au nombre de 30. Les mots, au nombre de 360, étaient présentés soit oralement, soit imprimés, à travers la fente d'un écran, soit des deux manières à la fois, pour renforcer l'impression. Ils se succédaient à la distance d'environ 1 sec. Après chaque série de 10 mots on faisait une épreuve de reproduction.
Outre les expériences de laboratoire l'auteur avait fait des recherches d'ensemble sur les enfants de trois asiles, sur les élèves de deux collèges et sur les jeunes gens d'un séminaire, en se servant du procédé visuel et du procédé auditif, comme dans les cas précédents.
Les résultats ont montré que le plus grand nombre de mots retenus revenait naturellement au procédé mixte. Le procédé auditif s'était montré ensuite meilleur que le procédé visuel, sauf pour les tout petits enfants qui saisissaient mieux par la vue. Chez les enfants d'âge scolaire le procédé visuel donnait également des résultats meilleurs.
En ce qui concerne la nature sensorielle des traces, les différences se sont montrées en rapport direct avec la profession du sujet. Ainsi, par exemple, les mots qui se rapportaient à des impressions sonores, se reproduisaient mieux chez les personnes qui avaient une instruction musicale, les mots qui avaient un sens gustatif, chez les sujets qui s'occupaient de ménage, etc., etc. Ceci semble prouver que le développement
1. Schirmann. La mémoire visuelle, auditive et senso-motrice (en russe),
professionnel peut contrebalancer la nature et donner l'avantage à une catégorie de traces qui d'origine n'en a point. En fin de compte, tout cela s'est réduit à des différences purement individuelles qui se laissaient attacher aux types déjà connus: visuel, auditif, moteur, etc. Entre ceux-ci on peut établir encore des types intermédiaires : visuel-auditif, visuel-moteur, etc.
Alliotta distingue encore un type verbal et un type opposé à celui-ci, caractérisé par la tendance aux perceptions réelles1. Dans ses expériences il demandait au sujet : 1° de lire à haute voix des syllabes dépourvues de sens, 2° de les lire et articuler sans émettre de sons, 3° de lire sans faire un mouvement d'articulation et 4° de les écouter simplement. Le nombre des répétitions nécessaires pour reproduire les syllabes et la quantité des erreurs dans chacune de ces épreuves, devait renseigner sur le type auquel appartenait le sujet. Les résultats ont montré que, par rapport aux symboles verbaux, le type des réactions ne correspondait pas toujours au type général du sujet. Ainsi, par exemple, chez un visuel la reproduction des mots ne souffrait quelquefois point du défaut de lecture, parce qu'il n'appartenait pas au type verbal.
Dans chacune de ces catégories il distinguait les sous-types suivants classés dans l'ordre de leur fréquence :
1) Individus avec tendances aux perceptions réelles : type visuel-auditif, visuel simple, auditif simple, visuel-moteur, moteur-auditif et moteur simple. 2) Individus avec tendance aux perceptions verbales : type auditif-moteur, visuel-moteur, auditif simple, moteur et visuel-auditif.
A étudier l'importance des types sensoriels par la reviviscence des traces cérébrales, on se rend compte encore une fois qu'un grand rôle revient ici à l'influence des liens associatifs. Quel que soit le type du sujet, l'impression se conserve dès qu'elle peut s'accrocher à une trace voisine, et plus le lien est solide, plus la conservation devient durable. Gela fait que la faculté de reproduction pure est très difficile à étudier
i. Voir Compte rendu du Congrès de Psychologie à Rome, 1905.
et nécessite l'abandon de tous les tests qui ont un sens visuel ou jouent un rôle dans la vie pratique. Pour parer à cet inconvénient Ebbinghaus a inventé les séries de syllabes dépourvues de tout sens logique, dont il a été question plus haut. D'autres expériences l'ont amené à conclure que la parole liée, par exemple les vers, se reproduisent dix fois mieux que les syllabes isolées. On voit d'ici à quel point ce facteur peut contrebalancer l'influence du type sensoriel.
Une influence bien plus constante doit être reconnue à la concentration nerveuse du sujet. Cette dernière a été l'objet de nombreuses études et nous y reviendrons encore plusieurs fois. Én ce qui concerne la reproduction pure et simple, nous avons les expériences de Lange qui sont très concluantes à cet égard 1 . Elles montrent : 1° que les impressions relativement faibles gagnent beaucoup en netteté sous l'effet de la concentration nerveuse ; 2° que les fluctuations de la reviviscence correspondent tout à fait à celles de la concentration.
Bref, l'intérêt personnel est un facteur analogue à la disposition naturelle du sujet, également favorable à la fixation des traces cérébrales.
Action de l'âge, du sexe et de l'individualité. — Gomme facteurs externes on trouve encore l'âge, le sexe et l'individualité du sujet. En ce qui concerne le premier, les expériences de Wundt ont montré depuis longtemps que la faculté de reproduction est bien plus grande chez les adultes que chez les enfants. Beneke est du même avis, tout en faisant la réserve que cet avantage n'existe que dans la limite où les impressions antérieures peuvent servir de liens associatifs.
Jacobs, ayant étudié la faculté de reproduction des syllabes dépourvues de sens, a reconnu que celle-ci augmente avec l'âge de l'enfant2. Outre cela il a trouvé que la reproduction dépend beaucoup de la difficulté de prononciation.
M. B. Bourdon a également étudié l'influence de l'âge sur la