CHAPITRE VI
Inductions des Sensations
11 i. De l'analyse que nous avons faite des sensations, il résulte que ce sont des phénomènes qui ont des lois et des causes semblables aux lois et aux causes des autres phénomènes naturels ; (|ue ces phénomènes peuvent être ramenés à d'autres phénomènes
(1) Op. cit., pp. 72 et seq.
92 pSTCHOLOr.iB pnviiioLor.iQiiB
plus particuliers qui ont encore d;ins leurs parties leurs causes et leurs lois, et que, si on n'a pas encore trouvé une explicaUon exacte ou complète de ces phénomènes ou la loi qui les gouverne, ils no doivent pas cependant f^lrc exceptés du principe général. On trouve, en effet, des diflicultés semblables dans toute s«ùence naturelle, et l'elTort de l'invcsti^tion et de l'expérimentation tend à donner aux phénomènes des lois fixes et inaltérables.
Les causes générales auxquelles on peut ramener toutes les catises particulières sont au nombre de deux, comme je l'ai déjà dit (chap. IV ), et peuvent être comprises sous les noms de force extérieure ou monde extérieur, qui est la matière tout entière avec ses Iransfonnalions daas les phénomènes physiques cl chimiques, et à laquelle j'ai donne le nom de cause externe ; et de force psychique ou interne qui se manifeste ou se renferme dans la force nerveuse.
Tout phénomène, de ceux que j'ai appelé psychiques, se produit quand il y a concours de ces deux forces ou causes, dont la première ou cause externe est la force provocatrice, la seconde ou cause interne est la force coopérative. Il ne se produit jamais de phénomène psychique sans ce concours, et si quelquefois la cause extemcsemble manquer il faut l'aller chercher dans les excitations de nature pui-emenl physiologique, comme on l'a déjù dit, excitations qui agissent comme foi-cc provocatrice du phénomène psychique.
'Toutefois ces deux forces simples, que nous venons d'indiquer, peuvent subir des variations et des troubles nombreux, tant en qualité et en quantité que par les éléments nouveaux et perturbateurs qui peuvent entrer en action. Le phénomène psychique doit
lïfDUCTIOïfa DRS SENSATIONS 93
5** Excitation d'une certaine force appropriée aux conditions ûidividuellcs ;
G*' Nécessité pour les organes de n'ôtre pas à l'état d'épuisement par suite de l'activité antérieure.
Le phénomène psychique s'accomplit non pas à la périphérie excitée, mais dans Kîs centres nerveux ou psychiques. Ceux-ci s'appellent encore centres de conscience parce qu'ils sont sièges de conscience, ou mieux, pour ne pas caractériser pour le moment cette propriété du phénomène, parce que c'est dans les centres nerveux que les phénomènes deviennent conscients. Le processus nerveux, après l'excitation, se développe d'abord dans Icvs organes sensoriels externes, puis dans les fibres conductrices, et enfin dans les centres nerveux, dîms le cerveau proprement dit. Ainsi l'action physiologique ou la fonction provoquée commence à la périphérie dans les organes et s'accomplit dans les centres. Par suite ce ne sont pas ces derniers seulem(*nt qui sont la cause interne ; c'est tout le processus nerveux. L'analyse des sensations le montre clairement. 11 se forme sur la rétine une image de l'objet, et l'excitation rétinique se transmet par les nerfs opti(iues, qui subissent un (changement analogue. L'image rétinique dure un certain temps, plus longtemps que la présence de l'objet, (ît on en a conscience. Le processus est complet dans la totalité du système qui, va de la rétine aux centres. L'épuisement de la région olfactive ne se produirait pas si le processus sensationnel ne commençait pas à cet endroit même, et si le système tout entier n'était pas en action.
J 16. Cependant le phénomène sensitif, dans sa forme perceptive, se manifeste à l'extérieur. Ce qu'on nomme les images des objets n'apparaît que hors des centres conscients. Quelques sensations se font sentir sur les organes périphériques excités, comme la peau, les muqueuses. Le tact, la pression, la saveur des objets se font sentir sur la partie de la pc^au excitée, et sur la muqueuse de la langue. D'autres sensations présentent leur objet au delà des organes excités, dans l'cNspacc?. Telles simt celles de la vue et de l'ouïe. L'objet de la rision se voit hors de nous, et nous ne sentons l'ien sur la rétine ; de même les sons sont sentis au delà de l'organe ex(;ité dans la direction d'où partent les vibrations.
Certains psychologuc^s ont appelé locaHsalion la première forme, et excentricité ou projection, la seconde forme des sensations. La peau, organe de sensations diverses, localise, ou mieux fi,re à l'endroit excité la moditication qu'elle éprouve ; l'organe d(» la vu(^ cît celui de l'ouïe projettent au d(*hors les imag(»s rcprésenlativ(»s.
.Mais ces deux espèces de sensalions ont cr'la de commun, qu'elles rapportent à l'objet excitant la forme représentée.
J'appelle ce fait objectivation, (ît le produire, c'est objectiver, c'està-dire rendre objective la forme représentée qui i'M subjective. 117. Ceci demande une explication.
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Toute sensation est un phénomène, et ce phénomène s'accomplit dans les centres psychiques, par suite dans l'intérieur ou dau le si^et sentant. Le processus nerveux, de quelque façon qu'on considère la chose, est interne par rapport à la force extérieure qui excite et provoque le, phénomène. Cependant la représentation de l'objet est une image, une foi-me de l'objet, se produisant grùce aux processus nerveux, et que nous attribuons ordinairement et communément à l'objet mùine qui a provoqué hi sensation et cette représentation. La forme ou image de l'objet csl chose subjective, en tant que phénomène psychique; c'est un produit, un phénomène, comme tout phénomène psychique en générai. Par suite, hors de nous, hors du sujet, cette forme perceptive n'existe pas ; mais c'est de nous-mêmes que nous donnons et que nous attribuons l'image aux objets. C'est ce fait que j'appelle objectivalion de l'image.
Par. image ou forme représentative, j'entends non seulement l'image si claire et si distincte qu'on a dans la perception visuelle, mais toute qualité sensationnelle, son, couleur, odeur, saveur, température et ainsi de suite. Et objectiver signifie allrîbiier au corps extérieur la chaleur, la saveur, l'odeur, la couleur et les autres qualités. C'est Ift un fait non seulement ordinaire, mais naturel ; aucun homme, à moins de l'avoir appris, ne croit que les objets n'ont pas les qualités qu'il perçoit et qu'il sent ; aussi il lui parait étrange, pour lu première fois, d'entendre dire que les qualités qu'il attribue aux corps ne leur appartiennent pas.
1 18. Cette théorie qui semble si facile ïk exposer n'est pas facile ïi faire accepter au premier moment, parce que la multiplicité des qualitt^s perçues au moyen des divers sens, et même d'un seul sens, ne nous convainc pas que ces qualités ne sont pas dans les
sensoriel; l'œil est différent de Toreille, et vient se terminer dans des centres nerveux qui sont divei*s aussi, ou au moins distincts quant à leurs fonctions. La diversité des organes montre que Tun est apte à recevoir des impressions d'une nature donnée, un autre celles d'une nature différente. Ainsi les vibrations lumineuses peuvent exciter la rétine à la vision, mais non l'organe de Touïe, et \ice versa. On peut établir par suite que la sensation est fonction et de la fonction de l'action extérieure, et de celle des organes, tant extérieurs ou périphériques que centraux.
C'est ce qu'on peut représenter clairement par une formule se rapportant à la qualité de la sensation. En appelant S la sensation, q la qualité, F l'action externe appropriée, 0 l'organe sensoriel, on aura :
Sg= FO
La sensation^ au point de vue de sa qualité, est en fonction de la force excitatrice et de Vorgane excité.
Si F devient F', on a:
c'est-à-dire que, si la force excitatnce varie, la sensation varie aussi ; l'organe ne variant pas, la qualité ne varie pas. Appliquons cette règle à des exemples. Soit comme force excitatrice la lumière, comme organe l'œil, la sensation est une sensation de lumière. Si on change simplement la lumière, si l'on prend par exemple une lumière verte au lieu d'une blanche ou d'une autre, alors la sensation varie, tout en restant la même qualitativement.
Si 0 devient 0\ on a :
Sr/' = F 0' ;
c'est-à-dire que, l'organe excité par une force appropriée que nous appelons toujours F variant, la sensation varie qualitativement. Si c'est, au lieu de celui de la vue, l'organe de l'ouïe qui est excité par des vibrations de l'air, la sensation est différente : c'est un son.
119. Ainsi la sensation, en nous manifestant l'objet extérieur, nous le fait apparaître comme une qualité. L'objet lui-même n'est qu'un élément en fonction de cette qualité, mais nous la lui rapportons entièrement. Si la force excitatrice est variable, la sensation est variable, sa qualité rest^mt la même. Les objets nous apparaissent colorés différemment parce qu<; hîs ondes lumineuses varient en nombre, on intensité, en rapidité, et que la modification résultante varie aussi. Ainsi, les sons sont aigus ou graves, faibles ou intenses selon le nombre, la longueur et la vit<îsse des vibrations de l'air. Connne les corps ont des pouvoii's réfringents divers, ils ont aussi des pouvoirs absorbants différents; par suite, d'après les rayons absorbés ou réfléchis totalement ou partiellement, les objets excitent les sens avec un certain nombre de vibrations lumineuses, d'une certaine intensité, simples ou composées, et on aainsi les différentes sensations
98 PSTCnOLOGIE PHYSIOLOGIQUE
(tes couleurs dans les corps. On en peut dire :mlant des sons ; mais ici les difTérences de sensations viennent de la densité plus ou moins grande du corps vibrant, de la composition dilTércntc d<-s éléments maiéricls, ot de la force de l'excitation.
Les sensations do tempéruiure dérivent de l'action ditTérenie des corps sur la peau. Un corps qu'on dit ciiiiud a naturellement un état moléculaire dillërcnt d'un corps Troid, et l'action de l'un doit être diirércnte de celle de l'autre.
Le tliermomèlre, qui indique l'élévation cl l'abaissement du mercure, indique les états différents du corps à diHérenies températures. Ici la température de notre peau entre aussi en action, et il en résulte une nouvelle variante, et une relativité plus gi-ande. Un rorps est froid si la température de l'organe est plus élevée, et rf';c?îproquemcnt.
Ce raisonnement peut s'appliquer aux saveurs et aux odeurs.
1-30. Mais où il se présente une grande difliculté, c'est quand il s'agit de la qualité des corps que l'on nomme étendue, et par suite de la forme, de la figvrc, de la résistance. J'examinerai à part la façon dont nous acquérons l'idée d'étendue, et comment on peut la percevoir ; je dis simplement ici qu'on l'obtient par la vue et les sensations musculaires combinées, et le tact, ou mieux par une association de perceptions et de sensations. D'apK'S le principe établi, l'étendue est un produit exprimé par la formule générale :
Sg = F 0 ; il ne devrait par suite y avoir aucun doute à affirmer que l'étendue est aussi une sensation que nous rapportons aux corps, mais qui ne s'y trouve pas telle ; de nic^me que la couleur des corps ne s'y trouve pas comme couleur, mais est une forme du iiiouvemeni, ou un mode
staiicO'dynamiques, et les attributs statiques. Dans les premières il fait rentrer les couleurs, les odeurs, les saveurs, etc., c'est-à-dire les sensations qui se produisent par une action sur Tobjet sentant ; dans ces sensations, Tobjet est actifs le sujet est passif . Si le sujet agit sur Tobjet, comme dans le tact, la pression, et si Tobjet réagit, alors l'attribut est staiico-dynamique . Quand, au contraire, le sujet seul est actif, et qu'il n'y a point du tout conscience de réaction de la part de l'objet, alors les attributs sont simplement statiques; ce sont les attributs se rapportant a l'espace (1). L'auteur fait remarquer cependant qu'il ne faut pas entendre les mots : statique, dynamique au sens mécanique, mais dans un sens beaucoup plus général. Les attributs statiques sont ceux qui appartiennent aux corps en tant qu'existant ; les attributs dynamiques sont les attributs des corps considérés comme agissant (2).
Cette division me semble fort inutile si l'on veut apprécier la valeur des sensations et décider si les propriétés des corps existent ou non dans les corps. L'activité du siyet ne peut être niée même dans ces sensations que l'auteur rapporte aux qualités dynamiques ; on ne peut pas nier non plus l'action des corps sur les organes, même dans les sensations pures d'espace. Il y a dans ces sensations une activité plus grande de la part du sujet, mais on y retrouve toujours l'action des corps eux-mêmes sur le sujet, action sans laquelle la force subjective elle-même ne pourrait se déployer. Nous traiterons cette question en son lieu.
Quant à ces qualités dites primaires, et qui sont permanentes, dans lesquelles 1 activité du sujet l'emporte sur celle de l'objet, ou même se produit seule selon Spencer, est-il nécessaire qu'elles existent dans les corps telles que nous nous les représentons? En aucune façon. S'il eu était ainsi, il y aurait là un fait inconciliable avec les résultats scientifiques auxquels nous sommes arrivés sur la nature de la sensation; c'est-à-dire que la sensation nous donnerait la réalité du monde extérieur dans sa vérité objective, et, ce qui est plus grave, qu'en certains phénomènes , comme pour les qualités secondaires, elle nous induirait en erreur, tandis qu'en d'autres, comme pour les qualités premières, elle nous manifesterait la vérité. Il se produirait encore ceci que la sensation, qui est un phénomène intérieur, serait un fait objectif dont nous aurions connaissance, et que la forme et la nature de l'objet seraient représentées comme dans on ne sait quel réceptable passif. Il est connu, au contraire, qu'il y a là de la part du sujet une activité très grande, plus grande même qu'en toute autre sensation, qu'il y a même une association de sensations diiïérentes, parmi lesquelles les sensations musculaires; le résultat de celte activité et de ce complexiis de sensations doit
(1) Priticiples of Psychotogy, vol. II, chap. xi et suiv. part. VI.
(2) Ibid., p. 165.
Sergi. 7
98 PSTCnOLOGŒ PHYSIOLOGIQUE
élrc un produit qui n'est pas l'objet mais qiïe l'on attribue à l'objet.
Des diffërcntes inductions scientifiques sur la nature du monde extérieur, il résulte que c'est un complexus de forces, ou, si l'on veut, une force se manifestaDt d'une façon varice selon les transformations diverses de la matière dont cette force est la manifestation. Et de la même façon que lalumière, la chaleur, etc., sontdcs manifestations de forces, agissant différemment sur les êtres organisés, et provoquant des sensations diverses dans les animaux doués de sensibilité spécifique ; ainsi l'action moléculaire variée qui constitue la masse ou les corps (action réciproque des molécules elles-mêmes, et action sur les organes sensoriels des êtres sentants), produit une autre forme et une autre espèce d'excitation, laquelle provoque l'activité de l'être sentant, par suite d'une sorte d'inertie des corps mêmes, el fait connaître un autre phénomène particulier, que l'on rapporte à l'étendue et il tous ses attributs.
Ainsi, rétendue, la figure, la forme, les positions, la résistance, ne sont autiv chose, considérées objectivement, que des forces differentes dans leur action, d'où la différence des sensations. Après cette conclusion, je ne ferai aucune distinction enti-c les qualités premières et secondes, parce que, objectivement, toutes se réduisent à des forces en action et qu'une difTcrcnce du plus au moins dans l'activité du sifjel ne change pas la nature de la chose.
Il y a un argument qui m'a paru toujours très concluant à ce sujet. Bien que l'étendue avec ses attiibuts nous soit donnée par le tact et par la vue, si l'on prend séparément l'étendue donnée par la vue, elle n'est pas identique à celle qui dérive du tact, quoique pour nous, dont le tact et la vue agissent toujours simultanément, cette dillérence ne soit pas appréciable. C'est ce qui est aflirmé el démontré
par les agents externes : contraction de Tiris et fermeture immédiate (les paupières, en présence de la lumière du soleil ou d*une lumière artificielle, quand elle a une certaine intensité ; contraction musculaires des parties du corps excitées par un contact fort ou aigu. On voit, dans tout cela, que la sensation ne sort pas encore du sujet, car il n'y a pas de mouvements volontaires. Mais avec Thabitude des excitations, avec les mouvements qui commencent à se manifester volontairement, Tétre sentant commence à définir et à déterminer les sensations, et par suite à les séparer. Ce phénomène dépend du développement des organes, tant périphériques que centraux. Le développement physique va avec le développement psychique ; en effet, rétat des organes dans le nouveau-né n'est pas Tétat des organes dans Tadulte ; il continue à être embryonnaire pendant quelque temps. Avec la séparation et la détermination des sensations, la dih'érenciation se produit dans la conscience, et cette différenciation devient la distinction claire, et la diversificration des sens et des sensations éprouvées. Le phénomène de la sensation, complexe à sa naissance, commence aussi à se dédoubler en deux phénomènes différents, ton ou partie affective, et représentation ou perception. Dans ce dédoublement, l'être sentant exerce son activité et extériorise en quelque sorte le phénomène proprement dit p<;rception. C'est une espèce d'activité que j'appellerai réflexe , par(*c qu'elle retourne vers Tobjet qui Ta excitée et à peu près par les mêmes voies (1).
Ce fait général est analogue à ce qui se produit en particulier dans la vision. L'objet visuel projette des rayons qui, par le chemin le plus court, se réunissent au foyer sur la rétine, en formant les lignes de vision et les points de Vimage sur cette même rétine. Dans la vision droite de l'objet, il y a une projection inverse des points de l'image rétinienne vers l'objet ; alors se forment les lignes de mire qui ne coïncident pas avec celles de vision, mais qui en sont à une distance négligeable. Par la ligne de mire, on observe l'objet dans le champ visuel. Je dis que c'est là une objectivation de l'image rctim'enne beaucoup plus claire que les autres objectivalions comme celle des sons, et que c'est un produit ou un résultat naturel de l'activité perceptive qui extériorise le phénomène.
Cette objectivation est plus claire dans les sens plus perceptifs, comme la vue et l'ouïe, dans lesquels la représentation n'est pas troublée par le plaisir ou la douleur. Toutefois, dans d'autres sens, cette représentation n'est pas séparée des modifications locales survenues dans l'organe excité, (!omme dans la peau et dans les muqueuses. Par suite, le fait de séparer et de détacher en quelque sorte la modification et celui d'attribuer la sensation éprouvée à l'objet sont postérieurs dans les sens du tact, du goût et de l'odorat
(1) Cfr. Livre II, chap. ix, el l'ouvrape ci!é plus haut. Tooria/isiotof/icaf ctc^ rlop. iv-v.
100 PSYCHOLOGIE PBTSIOLOGIQDB
et primiiifs dans ceux de la vue et de l'oufe. El il n'est pas douteux que ces deux derniers sens, considérés par leur côté représeolatif, ne se développent avant les autres.
S'il en est ainsi, l'illusion que toute qualité sentie se trouve dans les corps telle que nous ta sentons, est naturelle, les sens étant tels. Par suite aussi la difficulté que nous avons à croire le contraire, a une série de raisonnements ne vient pas nous aider à corr^r i'illu^on et l'erreur, n'est pas moins naturelle.
Mi. L'action des agents naturels comme la lumière, la cbateur, le mouvement, outre qu'elle stimule les organes appropries à des sensations déterminées, peut encore produire des excitations en dehors de ces mt>mes oignes. .Alors les effets doivent être différents ; et s'il ■y a des sensations, elles doivent être diverses. Ainsi la lumière a une grande influence sur les êtres oi^aniqucs, non seulement dans la vie de relation, mais aussi dans la vie végétative, et elle excite réellement les forces de l'organisme qui, quand la lumière manque, se trouve dans un état de dépression ou d'activité moindre. Ceci est vrai non seulement des animaux, mais encore des plantes. Pour les lus comme pour les autres, sauf quelques rares exceptions, le sommeil est propre à la nuit. Les sensations particulières que l'on peut éprouver par l'influence de la lumière ne sont pas très claires ni loitjonrs conscientes parce qu'elles ne sont pas localisées ni individualisées, mais qu'elles se rapportent, au contraire, comme sentiment de la vie organique, à l'étal général de l'être sentant.
On pourra dire à peu près la même chose de l'action de la tempe-. Riture ; pourtant, dans les températures extrêmes, les sensations qui en dérivent sont suffisamment claires, et sont bien distinctement r:i|.|>o!t."vs il Iriir i;ius,' iimiuVliatr. Vnr rliiilnir ,Ar,>,siv,> cl un
est encore, comme enveloppe ou tégument général de Tétre vivant, approprié à sa défense et à sa conversation, le siège de sensations diverses, qui peuvent être rapportées à Torganisme entier. Le goût et Todorat sont aussi, à Torigine, des sens se rattachant spécialement à la vie organique, et qui, dans l'état actuel, participent à la vie de relation et à celle de nutrition.
123. De toutes les recherches faites sur les sensations, il résulte encore que la sensibilité a des limites, qui varient avec les individus. Ces limites peuvent être déterminées, absolument, pour les deux excitations extrêmes maxima etminima, et relativement, par la méthode de diflcrence. C'est seulement dans les sensations de son et de vue qu'A est facile de trouver les limites extrêmes; dans les autres, on ne peut que trouver la diflérence à [>eine perceptible.
Dans le son le plus bas perceptible, le nombre des vibrations par seconde est de 16 à 30 ; dans le plus haut, de 36,000 à 38,000.
Pour la vue, la couleur qu'on peut regarder comme limite inférieure, c'est le rouge, une des couleurs extrêmes du spectre visible ; la limite supérieure, c'est le violet ou Tautre couleur extrême du spectre coloré, c'est-à-dire, pour le rouge. . . . 450 billions,
pour le violet .... 790 billions de vibrations par seconde.
Ceci est pour la qualité. Pour Tintensitc, on a pu trouver aussi, au moyen de la méthode de différence, une limite d'excitation, et une constante de différence, dite constante de la relation, qui constitue la limite relative de différence de la même sensation perceptible. Il est bien entendu que cette limite et cette constante ont une valeur moyenne approximative. Wundt (I) propose le tableau suivant :
Constante de la relation. — Limite minima d'excitation
Tact ~ Pression de 0,0i)2 - 0,05 Gramme (Aubert).
TpmnppQtiipp ^ P""r "ne tempt-ralure de la peau de 18" 4 C.
I t?mperaiure ~ environ = \/S» (Wel)er).
^pnc Tniictf«ii1*iîppc ^ Contraction de muscle interne droit de TumI
c>cii5» luuscuiaiM !» — environ 0,004 m. m. (Wundt).
^ { Tranche de liège de 1 m. m. d'épaisseur du poids
dOn -^ de i niilligr. tombant sur une plaque de verre
«^ à 91 m. m. de distance (Schalhaûlt).
I iimÎMPp ^ Lumière environ 300 Tois plus Taible que celle