V.— SENSATIONS MUSCULAIRES
111. Les mouvemcnls enlrainenl avec eux des sensations et des perceptions, ou en d'autres termes, en mouvant une partie du corps ou tout le corps, nous avons la perception de ce mouvement et de ta partie mue. La perception toutefois ne se borne pas là, elle s'étend ù la connaissance de la force ou de l'énergie employée, à la direction, à la rapidité du mouvement lui-même.
Par quel moyen ou par quels nerfs peut-on avoir la perception ou la sensation du mouvement?
Comme on sait, un mouvement est produit par les contractions musculaires; les muscles sont directement excités par les nerfs moteurs et centrifuges; pourtant, suivant quelques-uns, on trouve dans les muscles mêmes des oerfs sensitifs.
Est-ce par ces nerfs sensitifs que nous avons la notion du mouvement que nous exécutons? Bain croit que le sentiment musculaire dérive du courant centrifuge qui stimule les muscles à l'action (1). Certains physiologistes, parmi lesquels Wundt, semblent d'accord avec lui. Ce dernier admet que la mesure de la force dépensée dans le mouvement a son siège dans l'innervation centrale ; et il distingue, par suite, le mouvement proprement dit de la force qui le produit, en montrant que la mesure de celte force ne correspond pas toujours au mouvement effectif et réel. La preuve
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viennent d'excitations externes sur les muscles mêmes, comme quand on est transporté en voiture, en barque, à cheval, ou quand une partie du corps est mue par une autre. Outre cela il y a un certain état des muscles qui est leur tension^ état naturel, qui devient moindre après un long exercice : alors se produit la fatigue. En réalité, on n'a pas sensation de cette tension musculaire, au lieu qu'on a la sensation de la fatigue, sensation qui constitue une peine ou une douleur. Dans les mouvements passifs, il y a sensation, mais non de la force employée, parce que en réalité il n'y a pas de force employée. C'est dans l'exercice actif des parties du corps que la sensation est la plus grande.
113. Bain distingue trois modes dans cet exercice musculaire: le premier est Veffort ou le moment de la force employée pour vaincre une résistance. Le second consiste dans la continuation de l'effort, et peut s'appliquer tant à la tension qu*au mouvement. Le troisième est dans le mode particulier au mouvement, c'est la rapidité de la conc^entration musculaire répondant à la rapidité du mouvement du membre. Ces distinctions sei^ent pour faire connaître les qualités des choses extérieures, et pour former notre notion du monde extérieur (1). Ainsi on a la notion de résistance, d'extension, d'espace,'de temps par le concours des autres sensations, principalement de la vue et du tact. 11 faut encore remarquer que les sensations, pour pouvoir prendre un grand développement par leur côté perceptif, ont besoin des mouvements et de la sensation des mouvements, comme on l'a déjà montré dans les phénomènes de la vue et comme on le montrera mieux dans la suite. Nous avons déjà vu que le poids est mieux estimé au moyen des mouvements musculaires que par la simple pression.
Les muscles peuvent, par leur exercice, nous causer du plaisir ou de la douleur ; mais c'est là un autre côté du jphénomène, la tonalité ou \vi partie effective do, la sensation, qu'il ne convient par d'étudier ici.